| concours

21.08.2010

PREFORMATION (ou le règne de la désinformation !!!)

La Belgique n’est pas prête d’avoir un gouvernement ! !

La Belgique, après avoir inventé le surréalisme est en train de nous administrer une jolie démonstration :

UN GOUVERNEMENT NE SERT PAS A GRAND-CHOSE !

Voilà une paie maintenant que sa bavasse ferme. Après la mission de l’informateur Bart de Wever, ça fait un moment que Di Rupo se décarcasse ! Quand il a présenté son premier rapport – vide d’ailleurs à Bébert II, le royal vibreur lui a demandé « d’approfondir » !!

Et, depuis, Elio creuse ! Et voyez sa dernière réaction : après le « cri » de Munch, le Cri de Mons !!

Autant dire que ça fouette, les nénettes !

Tout ce week-end a été consacré à mettre tout ce petit monde en tas, ils ont fait : Pouf, pouf, ce ne sera pas toi qui sera premier ministreuuuuuuuuuuuuuuu !!!

Rien, que dalle, nib, néant total !!

Voyez ce qu’en dit l’agence locale : Belga

» Préformation: « On est très très très loin d’un accord »
Belga 15.08.10 – 11:50

Le préformateur Elio Di Rupo et les présidents des sept partis pressentis pour soutenir une réforme de l’Etat (N-VA, PS, CD&V, CDH, SP.A, Ecolo et Groen!) se retrouvaient ce samedi. L’objectif est crucial : concilier les points de vue des Francophones et des Flamands.

Ce samedi matin, quatre réunions thématiques se sont tenues. Elles portaient sur le marché de l’emploi, la justice, les soins de santé ainsi que Bruxelles et l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Cette convocation des réunions thématiques faisait suite à la présentation, mercredi soir, d’une note orale par le préformateur Elio Di Rupo et aux réactions qu’elle a provoquées. Des divergences d’appréciation et de vue sont apparues entre les
présidents des quatre partis flamands. La N-VA et le CD&V considèrent que les propositions formulées par le préformateur sont insuffisantes.

Les quatre partis flamands se retrouvaient donc ce samedi matin pour se mettre d’accord. Selon certaines informations, cette réunion aurait permis de rapprocher les différents points de vue.


Place alors à la réunion plénière dès l’après-midi. Les sept partis seretrouvaient tous autour de la même table.

Un climat très tendu

(Ndlr : souligné par nous)

Selon des sources proches des sept partis, l’ambiance n’était pas au beau fixe en ce samedi après-midi. Devait-on y voir un signe d’inquiétude?
Peut-être… par rapport au rapprochement entre les partis flamands sur les dossiers de la santé, de l’emploi et de la fiscalité. Mais une question se pose: dans quel sens ce rapprochement s’est-il fait? Dans le sens de la N-VA? Peut-être car c’est bien la N-VA qui a gagné les élections. Il est donc difficile pour les autres partis flamands de ne pas s’aligner sur les positions de la N-VA dans les dossiers communautaires. La N-VA veut les leviers du pouvoir et pas seulement l’argent lié aux transferts des compétences.

Cette situation a eu des conséquences sur l’agenda de la journée. La réunion plénière, prévue en début d’après-midi, a été reportée de plusieurs heures.

Les Francophones se sont d’abord concertés. Puis Elio Di Rupo a rencontré en tête à tête Bart De Wever. On ne sait pas ce qui s’est passé lors de cette réunion. Bart De Wever a-t-il mis la pression pour obtenir des concessions?

On joue en tous cas « à échec ou pas de la mission de préformation ».

Certains négociateurs étonnent au niveau de leur comportement

Personne ne s’attendait réellement à ce que la N-VA saute de joie à la première proposition du préformateur en matière de réforme de l’Etat. Mais autour de la table, nous dit-on, la N-VA ne dit pas grand chose, voire rien du tout. Bart De Wever est resté muet sur BHV. La N-VA ne fait pas de proposition et d’autres partis s’en plaignent, comme le SP.A et le CD&V qui font eux des propositions sur différents dossiers.

A ce stade, trois observations s’imposent. Premièrement, la N-VA a en fait observé chacun des acteurs qui a déposé toutes ses cartes sur la table.
Deuxièmement, la N-VA bénéficie du rapprochement des partis flamands. Dès lors, le cas échéant, la N-VA ne serait pas la seule à dire « non » en cas d’échec éventuel. Et troisièmement, ce climat permet de faire monter les enchères.

Aucun doute à ce stade: « on est très très très loin d’un accord », selon une source proche des négociateurs.

La réunion plénière s’est terminée ce samedi à 22 heures. Les négociateurs se retrouveront ce dimanche à 14 heures.

Belga

En fait, la réunion n’a pas commencé à 14h mais à 15h 30 : http://www.lalibre.be/actu/elections-2010/article...

Au motif, Ô combien sérieux qu’on était le 15 août et qu’il fallait laisser le temps au flamands de rentrer de la messe … et aux francophones de se « refaire la cerise » après des heures au bistrot à boire de la kriek lambic sachant que, pour Onkelinkx, c’était de « la Bécasse » !


La première question qui se posait semblait être : faut-il, weye ou nenni, empêcher Elio d’aller chez le roi !! http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/60264...


N’ayant pas que ça à foutre, je vous conseille de lire les commentaires de lecteurs de La Libre qui répondent à la question : http://www.lalibre.be/forum/10/1172/que-vous-insp...

C’est savoureux comme un mélange de waterzoi et de moules-frites !

A l’heure où j’écris ces lignes, il y a déjà 634 réactions, ce blog n’y suffirait pas !!

Il n’en reste pas moins que nos voisins belges nous administrent la preuve qu’un gouvernement n’est pas absolument nécessaire et qu’un ramassis d’irresponsables qui « administrent les affaires courantes » suffit amplement !!

Van Rompuy, quand il va chez le roi, il se déguise !


Une proposition Elio !


Hé byye s’t’elle ci !! In v’la quo yeunne !!

16.05.2010

SOCIALISER LES BANQUES

Socialiser les banques

Les plus anciens lecteurs de ce blog savent bien que, depuis octobre 2007, on y trouve presque tout sur le sujet : des turpitudes de KBC à Dexia en Belgique, De Baudouin Prot (le pro ?) à celles de la Caisse des Dépôts en France ; du feuilleton Fortis au feuilleton Natixis, des errements de la Bancassurance américaine dans l’affaires des subprimes à la faillite islandaise …

Quand on a mené toutes ces analyses, il vient un moment où l’on ne peut s’empêcher de ce poser une question évidente : que faire des banques ?

Faut-il les soutenir ? Les réformer ? Les laisser crever quand ça va mal ? Ou même, comme nous l’avons emprunté à Siné, les pendre par leurs couilles en or ?

Rien de tout cela à mon avis. Pourtant les propositions ne manquent pas ! Certains veulent « déprivatiser » les banques et ajoutent : « nationaliser d’abord puis socialiser ».

N’avons-nous donc rien compris, rien appris de notre passé bancaire ?

En France, les banques furent privatisées à partir de 1981, elles ne furent jamais socialisées ! Dire cela, c’est donc en revenir à un marxisme mal digéré qui pense qu’il suffit de remettre en cause la propriété pour qu’enfin tout s’arrangeât ! Ou c’est revenir superficiellement à Proudhon et gueuler en chœur : « La propriété c’est le vol » !! Nous devons savoir dépasser la colère légitime inspirée par les agissements du système bancaire et REFLECHIR. Si possible en voyant plus loin que le bout de notre nez.

REFLECHIR, c’est d’abord tenir compte des enseignements du passé ! La nationalisation ne mène à rien d’autre qu’au transfert de la propriété privée vers le pouvoir d’une technostructure irresponsable !

Notre réflexion ne peut non plus rester coincée entre deux impératifs contradictoires :

-      Le premier, qui démontre tous les jours, que ce qui touche à nos intérêts communs ne peut être laissé à des intérêts privés,

-      Le second qui, dans le discours dominant, explique que la nationalisation, c’est la catastrophe !

I – PAS DE SOUMISSION AUX INTÉRÊTS PRIVES :

Ce que démontre surabondamment la période actuelle c’est que la soumission aux intérêts privés ne peut durer.

-      Cette soumission permet tous les chantages : « Sauvez-moi ou vous allez beaucoup souffrir» disent les banques quand elles vont mal !

-      « Une taxe réduirait les fonds propres dont le niveau conditionne la solidité et la capacité à accorder des prêts des banquesSi l’on va trop loin, on va rendre le crédit plus rare et plus cher » claironne à tous les vents (et à ses « Echos ») Baudouin Prot Président à la fois de BNP-Paribas et de la Fédération bancaire française.

-      Et, bien sûr, nos « pouvoirs publics » cèdent ou cèderont.

-      Il ressort de tout ceci que ce système n’est pas amendable et qu’il faut en changer.

CAR POURTANT :

-      Nous savons tout maintenant de la crise des CDO. Les CDO, ce sont les collateralized debt obligation, en français : « obligation adossée à des actifs »). Ils sont l’un des aspects les plus importants de la « libéralisation des échanges » initiée dans le cadre de la Mondialisation et de la Globalisation financière qui l’a accompagnée. Le CDO est donc une structure de titrisation d’actifs financiers de nature diverse. En l’occurrence, en 2008, il s’agissait de crédits hypothécaires, les « subprimes ».

  • Nous savons que les banques ont menti, à commencer par Lehmann Brothers qui a fini par en crever, par elle-même d’abord et par l’aveuglement néolibéral de G.W Bush.

  • Nous savons que les agences de notation qui font encore la pluie et le beau temps aujourd’hui ont été en-dessous de tout ! Les agences de notation financière ( Moody’s, Standard & Poor’s, Fitch, etc.) ont pendant plusieurs années donné la meilleure notation financière (AAA) aux placements de type CDO avant de se rendre compte subitement qu’il fallait brutalement l’abaisser. Des années durant, ces agences de notation financière se sont contentées de collecter les données communiquées par les créateurs des titres financiers: les organismes de crédit immobilier dans le cas des ABS (asset-backed security , ou « valeur mobilière adossée à des actifs » en français), les rehausseurs de crédit pour l’émission des CDO, et les banques dans le cas des contrats d’échanges censés protéger contre le risque de non remboursement, appelés CDS (Credit default swaps).

  • Nous connaissons les conséquences :

  • les marchés boursiers européens avaient tous perdu plus de 20%. La crainte d’une sous-capitalisation globale et durable du système bancaire, néfaste à l’économie, avait entraîné dès l’été 2008 une crise de solvabilité, suivie à partir du 6 octobre d’un krach boursier d’autant plus profond qu’il intervenait après un an de baisse régulière de la bourse. En France, l’indice CAC 40 avait perdu 22% de sa valeur en une seule semaine, du 6 au 10 octobre.

  • La crise avait entraîné depuis le début 2008 une raréfaction progressive et de plus en plus importante du crédit bancaire à travers le monde, ce qui avait aggravé le ralentissement économique en cours. Le krach boursier de la semaine du 6 au 10 octobre avait accompagné de très mauvais indicateurs économiques pour le mois de septembre, en Europe comme aux États-Unis.

  • Tout le monde avait réagi pour éviter le « credit crunch » et, contrairement à 1929, cela avait marché car il existait un élément nouveau dans le paysage, un élément capital : les banques centrales.

MAIS A QUEL PRIX ?

Aux États-Unis, l’État s’est résolu, contre tous ses principes, à procéder à la nationalisation au cas par cas d’établissements en difficultés, après avoir fait voter en deux temps début octobre 2008 le plan Paulson, avec un succès, disons d’estime pour être poli ! Ce plan prévoyait que l’État rachète 700 milliards de dollars américains d’actifs à risque. Mais ça n’avait pas suffi, loin s’en faut !

En Europe, les différents plans nationaux annoncés autour du week-end des 11-12 octobre se chiffraient à 1 700 milliards d’euros, comprenant des garanties de refinancement, mais aussi des mesures de recapitalisation-nationalisation, dont le détail était annoncé au Royaume-Uni fin d’octobre 2008.

Au total, ce sont des milliers de milliards de dollars qui ont été claqués dans l’affaire.

-      POLITIQUEMENT CELA SIGNIFIE :

  • Que le monde entier a socialisé les pertes,

  • Que, maintenant, on nous redemande de privatiser les profits, n’est-ce pas Monsieur Prot !

  • Que les enseignements de cette crise, c’est aussi que, face à la nécessité, il n’y a pas de tabou.

  • Or, nous sommes dans une situation de NECESSITE ABSOLUE ! BRISONS DONC LE TABOU !

II – SOCIALISER LES BANQUES :

-      Je les entends bien leurs cris d’orfraie ! « Sauvez moi ou je vous fais mourir » ! « Ne me touchez pas ou vous allez en pâtir » ! Ces menaces ne sont pas des menaces en l’air : elles sont réelles et vraies. Faut-il « désespérer Billancourt » pour autant ? NON ! Il faut et il suffit d’admettre une bonne fois pour toutes que, en économie capitaliste, le secteur bancaire détient de facto une partie des intérêts supérieurs de la communauté des citoyens, qu’il a les moyens objectifs d’obliger cette communauté à lui accorder tout ce qu’il demande : la conclusion simple, logique et sans tabou, c’est qu’il doit REVENIR A LA COMMUNAUTE DES CITOYENS !

-      Il suffit, pour s’en convaincre, de voir où mène le système actuel : les plans de rigueur pour les citoyens, 750 milliards d’euros pour ceux qui ont spéculé sur la Grèce. Si c’est l’hiver pour la grande masse, c’est Noël pour d’autres !

-      Et cela va continuer !

  • Avec les retraites, par exemple ! Intéressant le parallèle entre la question de retraites et la crise actuelle ! Selon les prévisions communément admises, le problème se chiffre à 30 milliards d’euros dans vingt ans ! Oui, est alors ??

  • Nous réduirions les retraites de plus pauvres en les contraignant à bosser jusqu’à la mort, nous augmenterions les cotisations, nous ….STOP ! Tout ça pour ça ? Pour 30 misérables petits milliards d’euros alors que nous venons d’en trouver 750 sous le pas d’un cheval ?

  • ON SE FOUT DE QUI ? Un cheval de retour, oui !

Comment ne pas voir qu’il est urgent de mettre tout ce petit monde qui s’entend comme larrons en foire au pas une bonne fois pour toutes ?

-      SOCIALISER COMMENT ?

  • Evidemment sans indemniser ! Depuis le temps qu’ils nous volent, ça suffit !

  • Vous m’objecterez qu’il y a des « petits porteurs » ! Oui, et alors ? Il y a aussi des éléphants blancs mais cela ne constitue pas la majorité du genre ! Et puis, si « petit porteur » il y a, il est complice, le petit ! Alors, il est légitime qu’il trinque ! Mais surtout, il faut arrêter de légitimer les turpitudes des « gros » par l’existence, réelle ou suscité, de « petits ». Laissons cela à un antique PCF moribond !

  • Socialiser suppose une démarche citoyenne massive et c’est bien le plus difficile à réaliser, ne nous leurrons pas.

  • Socialiser suppose une démarche plus large qui englobe toute la vie de la société et qui se résume en un mot : AUTOGESTION.

Alors, je vous vois venir, les Cassandre ! Illusion, utopie, irréalisme…ben tiens ! Vous n’avez rien d’autre à m’opposer ?

Je n’ai qu’une réponse à vous faire : pour vous, pour vos enfants, pour vos petits enfants, le temps est venu de l’utopie ou de la mort sociale programmée !

Guy Dutron

07.12.2009

BONNES FETES DE FIN D'ANNEE ET BON DEBUT 2010

 

noel_084[1]

 

noel_077[1]

 

VIVE  SAINT ELOI  « PUSS’KI  BWOI  PUSS’KI LA SWOI »

(en bon françois, traduit du wallon, plus il boit plus il a soif)

************************************************

            Le 1er décembre est en effet dans toutes les régions sous influence de la tradition catholique romaine, une journée de réjouissance pour tous ouailles du saint patron saint Eloi, les travailleurs du fer et de la terre, les gens des usines sidérurgiques, les agriculteurs, les agents des chemins de fer, des fabriques de fer, et dans ma région d’origine (ndlr :Vallée de la Sambre, Entre Sambre et Meuse), il est clair que cette journée fut pendant quasi deux siècles synonyme de jour férié tant elle concernait une majorité de travailleurs.

            Vient ensuite sainte Barbe qui pendant plus de 100 ans concernera les mineurs, et toujours  les gens des métiers de la construction, les gens de secours comme les pompiers etc, si vous ajoutez à cela pour les gosses et les jeunes hommes fonctionnaires (après les nanas de 25 balais encore libres le 25 nov à la sainte Catherine) qui le 6 décembre honoreront saint Nicolas, vous comprendrez aisément que cette période des « Fêtes Patronales » fut en période de  plein emploi, une large période de répétition, avant la semaine de noël et de nouvel-an.

            Tout fout’l’camp comme on dit de façon imagée, donc en période de récession, en période de crise ? Tiens oui, quelle crise ??? Donc pour les travailleurs, qu’ils soient actuellement au chômage, en maladie, au revenu d’insertion  en Belchique, ou au RMI en France, il leur reste à peine  leurs yeux pour pleurer, et commencer à stresser pour évaluer leur chance de bien finir cette putain d’année qui n’en finit de publier la liste des augmentations des prix des biens et des services…

            Bref, comme disait Pépin, y’a pu pon d’yares (y’a plus d’sous), les fins de mois sont dures et ne parlons pas des fins d’années, avec l’aspect moral en plus des Fêtes d’hiver, c’est encore plus dur à supporter…

            Mais est-ce pareil pour tout le monde ?

            Sommes-nous tous logés à la même enseigne ?

            Poser la question c’est un peu y répondre !!!

            NON et NON nous ne sommes pas tous dans les 36èmes dessous, et il en est même qui s’en sortent plutôt pas mal, il suffit de voir comment les banques récompensent leurs actionnaires, comment elles soignent leurs grand timoniers et déjà on ressent une réelle discordance avec le traitement infligé au citoyen ordinaire que vous êtes, vous et moi…

            De pompeuses soirées à Monaco en croisière sur la grande bleue, le train de vie de celles dont on avait privatisé les profits pour ensuite renationaliser les pertes vont plutôt pas mal, et elles se permettent même le luxe pour certaines, bien qu’ayant été sauvées par l’argent public de refuser d’octroyer des bonus d’intérêts octroyés par les lois de réhabilitation qu’elles  n’auront pourtant qu’à récupérer ensuite des caisses de l’Etat… Incroyable, immoral, inadmissible, pour moi c’est une raison suffisante pour en appeler à la renationalisation de tout le secteur bancaire et à la mise en camps de travail (réels) de tous ces dirigeants inciviques, traîtres à la nation et aux citoyens que nous sommes.

            Quand à cette date du 1er décembre 2009, je crois bien que pour nous, citoyens profondément Européens, mais pas preneurs de cette Europe que l’on nous impose à partir de ce jour, sera une date historiquement funeste, désastreuse. Dans 20ans, 30ans, qui sait 50ans, après de durs et longs combats réussira-t-on à inverser le cours des choses, mais en attendant commence pour nous une longue et pénible galère, un combat quotidien pour une véritable Europe des peuples et des cultures, une Europe qui balaiera le traité de Lisbonne qui est dans sa lettre et son esprit a été majoritairement rejeté par trois pays lors de leur référendum en 2005 et 2008, la France, la Hollande et l’Irlande… Ce qui avec la règle de l’UNANIMITE, est suffisant à le rendre nul et non avenu.

            L’Histoire (avec un grand H) oubliera bien vite le duo de nuls qui dirigeront les débats les 5 premières années (un sombre flamand manieur du sabre et du goupillon et une laborieuse rosbif dont tout le monde ignorait jusqu’à l’existence avant sa désignation), choisi par les amis du vicomte Davignon et ses amis du moulin de la Galette (trilatérale, bilderberg and cie) vaillamment défendus par  le nouveau duo rive droite, rive gauche du Rhin pour donner le change d’une légitimité politique.

            En réalité, cette équipe de gens habitués à vivre couchés va se contenter de permettre au grand capital de maintenir sa chape de plomb sur le presque demi milliard d’européens que nous sommes, de poursuivre son détricotage des modèles de services publics que certains de nos pays avaient mis plus de deux siècles à construire patiemment, de détruire lentement mais sûrement tous les mécanismes sociaux de protection (santé, chômage, pensions, etc…)  que nos grand parents ont arrachés par des luttes âpres et souvent inhumaines.

            C’est cela la vraie signification de cette date inoubliable pour nous, enfants de l’après 2ème  guerre mondiale, jeunes grévistes de mai 68, militants syndicalistes, politiquement engagés à gauche, à la gauche de la gauche et même aussi qui partout où nous le pouvons engagés pour le progrès de l’humanité…

            Ce 1er décembre 2009 est et restera pour moi, né un 24 septembre 1950, la plus moche des dates à retenir, le jour le plus sombre de mon combat social et politique celui de la capitulation en rase campagne de tous nos idéaux, de toutes mes valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, de Justice, de Solidarité, nous entrons dans l’ère de la déshumanisation sur une grande échelle et la lutte plus que jamais va devoir s’organiser à un moment où nos moyens seront moins forts, moins favorables à la mobilisation.

            Je mesure aujourd’hui combien sont coupables les porteurs de cette 3ème voie qui en pleine période de force et de puissance nous ont appelés à freiner la lutte des classes (celle du bas vers le haut), ils nous ont endormi, ils nous ont menti, ils se sont servi, et pendant ce temps là,  les tenants de la lutte des classes du haut vers le bas ont tissé leur toile, ont placé leurs gens, et nous sommes maintenant ficelés, bâillonnés et bien malin celui qui aujourd’hui pourra nous dire comment nous arriverons à sortir la tête de l’eau, autrement que par la violence…

            Vivre debout ou vivre couché, bien souvent cette phrase fut galvaudée, mais aujourd’hui elle prend toute son ampleur, toute sa réalité, mes forces physiques ne sont plus ce qu’elles furent mais ma lucidité est encore là je m’engage donc devant vous qui me lisez en cette période de mise en place funèbre pour le monde du travail de tout le continent européen, à rester au maximum aux côtés de ceux qui décideront dans le courage et l’abnégation de se battre pour rester debout.

Le combat va être difficile, à nous de nous organiser car si il est vrai que nous avons moins de moyens que ceux d’en face, il est aussi vrai que nous sommes et de très loin beaucoup plus nombreux qu’eux, il nous reste donc à savoir une fois pour toute unir nos forces, coordonner nos luttes pour que morceaux par morceaux nous sauvions ce qui peut encore l’être et posions des actes novateurs de reconstruction de ce qui aura été irrémédiablement détricoté par les conservateurs anti sociaux de ce pouvoir capitaliste en déclin.

            OUI APRES LE CAPITALISME IL Y A AUTRE CHOSE.

            CET AUTRE CHOSE C’EST NOUS.

            NOUS C’EST LE PEUPLE.

            NOUS C’EST LA CULTURE EUROPENNE.

            NOUS C’EST LA VIE APRES LA MORT DU CAPITALISME.

            VIVE L’EUROPE DES PEUPLES ET DES CULTURES.

 

 

JOYEUX NOËL  ET  BONNE ANNEE  2010.....A TOUTES ET TOUS

 

03.11.2009

6 GRANDS LONGS MOIS D'ABSENCE

2009-09-1117__ro__ZA__Dutron Pierre (MM)

 

 

Bond'jou att'tertousses,

Ida branmin cauront du pinser, "pourmi il est mour, on nél wé pu, on n'intin pu parlé di li"...

Sa ces pou les siennses ki n'sont au courant ed'rin du tout, les siennses qui dormen'te au coin di l'estuve éyé ki en'sé tenne au courant ed'rin du tout...

In effet d'javo ed'sus un site del twèle un activité débordante éyé des contacts fourt intéressant ké djé mis à profit pour combatte d'in aut'fasson...

ces vrai, in'y'a'yeu les élesstions (pidje à con) du 7 dé juin éyé çà na rin kand'ji, seule satifaction pour mi, les bleusss ons'ti confirmé din l'oppozition, ces toudi çà ed'pri et sa yeu f'ra les pids ed vouloir bouffer du roug'je à tous les r'pas ...

Donc edsus live di tiesse (facebook pour les analphabètes) yn'ya des groupes pour el république di Wallonr'ry'ie, pou li r'tour des fourons in république di Wallonr'ry'ie, pou li RPW etc etc.... éyé sa yé four lu pas tout'saurtes di d'jins éyé cé sa ki comte...

in v'la li preuve:

http://www.facebook.com/home.php?#/group.php?gid=168868681173

http://www.facebook.com/home.php?#/group.php?gid=160271515312

http://www.facebook.com/home.php?#/group.php?gid=17033600234

 

Dji voz'y souwètes el binv'nues att'tertousses éyé surtout layiez un signe dé vo passad'jes ed'sus ces group' là ...

Pour continuer en français pour les purs et durs d'outre quièvrain,  nous n'avons pas chômé non plus sur le plan économique et social et notre combat anticapitaliste, altermondialiste, objecteur de croissance, a été activement mené au sein de l'association  du coquelicot du hainaut (france et wallonie), cela a donné au printemps 2009 la création du mouvement RESEDA dont voici d'ailleurs le lien toujours sur facebook et celui sur la toile en direct:

http://www.facebook.com/home.php?#/group.php?gid=59872019855

http://dutron.wordpress.com/

Nous sommes donc loin d'être inactifs et nous pouvons dire que sommes même hypercatif car entre temps, avec notre ami Riton de la capitale libre européenne, nous avons créé ceci:

http://rassemblementpopulairewallon.wordpress.com/

et ce site n'est pas mal non plus, et nous vous accueillerons à bras ouverts...

 

Alors pourquoi cet article aujourd'hui nuit du 2 au 3 novembre ???

2 nov : au soir nuit de pleine lune

3 novembre : fête de  Saint Hubert, patron des Chasseurs, nous sommes donc toujours sur le terrain et chasser une nuit de pleine lune, pour débusquer une bête noire et la flinguer, il n'y a rien de plus excitant...

Pierre Dutron.

22.03.2009

NOUVELLES PROPOSITIONS ECONOMIQUES

gauche2[1]

 

Au-delà de la relance et de la régulation économiques,

la géopolitique

Par Domi Taddei

Rien n’est plus stupide en apparence que le clivage apparu dans la préparation du G 20 de Londres entre supporters, anglo-saxons, de la relance, et partisans, Allemagne et France en tête, de nouvelles régulations : non seulement, parce qu’il vaut mieux avoir deux jambes pour marcher, mais surtout parce qu’aucune des deux démarches ne peut réussir sans l’autre.

Supposons une relance aussi massive qu’on voudra, dans le cadre d’une dérégulation néolibérale inchangée, si ce n’est de façon cosmétique : sans doute les sommes astronomiques injectées seront dépensées une fois, freinant d’autant la chute de la demande mondiale, c’est-à-dire de tous les pays et de presque tous les secteurs d’activité. Mais aucun effet multiplicateur, base de la théorie de Keynes, ne pourrait se produire : les entreprises bénéficiaires de ces commandes n’iraient certainement pas, pour autant, se lancer dans une nouvelle vague d’investissements, facilitant la « divine » reprise de la croissance !

Car leur défiance actuelle ne repose en rien sur un soudain pessimisme irraisonné, mais sur le fait qu’après en avoir bénéficié, souvent de manière éhontée, ils ont déjà payé, et pour certains très cher, leur confiance longtemps aveugle, dans l’ancien système délabré. Rationnellement, ils se dépêcheraient donc de mettre les recettes provenant des dits « plans de relance » (qu’il vaudrait mieux appeler plans de sauvetage), à l’abri (dans des bons du Trésor, l’or ou le foncier), et l’activité mondiale s’enfoncerait de plus en plus dans une dépression du type des années 30 ou du Japon des années 90.

Or, l’opération de relance massive ne pourrait être indéfiniment renouvelée, même en supposant une connivence des banques centrales en faveur d’une création monétaire illimitée. Il n’y a qu’un seul tabou en matière de dette publique, c’est d’arriver au moment où celle-ci devient incontrôlable, parce que l’on ne peut emprunter assez pour rembourser les dettes préexistantes : das la plupart des pays européens, nous en sommes encore éloignés, mais au rythme actuel, nous n’avons que peu d’années devant nous. Autrement dit, la vulgate keynésienne, brutalement redécouverte par les pays anglo-saxons, relève évidemment des conditions nécessaires (encore faudrait il choisir des dépenses sociales écologiques suffisamment justes et efficaces, pour avoir un minimum d’efficacité), mais ne constitue en aucun cas une condition suffisante.

De son côté, le catalogue de nouvelles régulations proposées notamment par les pays d’Europe continentale peut paraître relever des meilleurs intentions, même si, quand on observe le passé encore récent de ceux qui le prônent, il paraît relever de ces paroles d’ivrognes qui, une fois dessoulés, ne se souviennent même plus des promesses extravagantes prononcées en plein crise. Vraiment Berlusconi, Sarkozy et Barroso, pour n’en citer que trois, seraient donc les apôtres de la future soumission des marchés ? Au demeurant, incapables de s’entendre entre eux sur un minimum de régulation crédible de la zone euro, quelle est leur autorité politique, c’est-à-dire intellectuelle et morale, pour faire valoir une régulation mondiale crédible ?

A part envahir Andorre (c’est le co-prince qui serait surpris), le Lichtenstein et peut être la Suisse, c’est un remake de « la souris qui rugissait » qu’ils proposent au reste du monde. Mais supposons même que les anglo-saxons, et plus précisément Wall Street et la City se laissent convaincre de la nécessité de régulations internationales, qui leur ferait perdre de fait le rôle hégémonique dans l’accumulation financière mondiale, comment espèrent-ils que la demande privée puisse durablement repartir en l’absence d’une forte relance des commandes publiques , vis-à-vis desquelles ils adoptent un comportement de passagers clandestins, chacun comptant bénéficier des commandes du voisin ?

Le seul argument de Madame Lagarde (« la remontée des stocks, d’ici à quelques mois ») révèle un nouveau sommet inconnu d’incompétence. Bien entendu, il faut de nouvelle règles, plus audacieuses que celles qu’ils proposent – nationalisation partielle des entreprises renflouées, avec entrée au conseil d’administration des représentants de l’Etat et des syndicats, de telle sorte que la privatisation des pertes puisse préparer une éventuelle nationalisation des gains : là, il y aurait effectivement une véritable « refondation du capitalisme »… -, mais il faut aussi une relance sociale et écologique sur laquelle l’Union européenne est très en retard sur la Chine et les Etats-Unis.

Dès lors que les deux stratégies tronquées qui s’opposent ont toutes les chances de déboucher aujourd’hui, au sommet du G20 ou ailleurs, sur un accord (car il en faut tout de suite, sous peine d’une nouvelle aggravation du dévissage), basé sur les plus petits dénominateurs communs : le minimum de régulation consenti par les anglo-saxons versus le minimum de relance accepté par les européens, le tout assorti de la promesse de faire mieux lors du prochain sommet, à la fois parce qu’il faut faire bonne figure sur la sempiternelle photo de famille et par ce qu’en bonne politique, il ne faut jamais insulter l’avenir, surtout par les temps qui courent,… de plus en plus vite.

En réalité, il faut bien comprendre que le retard tragique pour les millions de victimes, qui sont les mêmes que ceux des années de la folie spéculative, pris sur un nécessaire changement de paradigme repose sur des difficultés subjectives faciles à comprendre – in fine, les dirigeants actuels vont devoir se soumettre ou se démettre – et objectives, qui méritent une analyse plus approfondie, car ces dernières posent la question du futur ordre mondial et des stratégies réalistes qui peuvent y conduire.

Une nouvelle donne mondiale

Le principal point commun aux tenants des deux stratégies est le rôle qu’on s’apprête à faire jouer au Fonds Monétaire International (FMI), et plus généralement aux institutions financières internationales (IFI). Ceci est nécessaire pour les tenants de la relance, parce qu’en dehors des 4 grandes zones monétaires (dollar, euro, yuan et yen) le reste du monde ne dispose pas de moyens de financement autonome : toute politique de fuite en avant les conduirait à l’effondrement de leur monnaie et à la banqueroute. Outre la question politique et éthique que cela poserait, il y a depuis quelques semaines, la prise de conscience que des relances, même continentales, ne peuvent réussir dans un contexte d’effondrement d’une autre partie du monde pour des raisons qui ne sont pas seulement économiques. Il faut donc augmenter au plus vite les moyens d’intervention du FMI, qui sont déjà presque épuisés avec les quelques sauvetages déjà mis en œuvre ces derniers mois en Europe (de l’Islande aux pays de l’est) et en Afrique, notamment. La mesure d’urgence la moins compliquée est celle de la vente d’une partie du stock d’or du FMI (un huitième, début mars) : poursuivre celle-ci ne soulève aucune autre difficulté que d’éradiquer ce qui reste de « métalliste » dans la tête des conservateurs américains, qui ont ici 100 ans de retard sur Lénine !

Mais cet expédient utile ne permettra évidemment pas de financer la relance dans le reste du monde, hors des grandes zones énoncées ci-dessus : quid des masses nécessaires, s’il s’agit de renflouer le Royaume Uni, décidément mal en point, sans parler des plans de développement humain et de sauvegarde environnemental, bien identifiés par les organismes internationaux du système des Nations unies et les ONG ? C’est ici que la création de Droits de Tirages Spéciaux, c’est-à-dire d’une monnaie mondiale immédiatement disponible, apparaît comme la seule mesure susceptible de financer une relance réellement orientée vers le développement durable et les populations les plus défavorisés. De plus, son rôle d’alerte dans les politiques macroéconomiques serait renforcé et le caractère antisocial des conditions de ses prêts serait aboli.

Encore faut-il redéfinir les structures de pouvoir de l’ensemble du système financier international et, concrètement que les USA acceptent de renoncer à leur hégémonie, pour la remplacer par un véritable multilatéralisme équilibré, en particulier vis-à-vis des pays émergents : pour l’instant, B. Obama a admis que la réforme prévue du FMI soit avancée. Mais, évidemment, ceci ne préjuge pas un seul instant de la nature et de l’ampleur des réformes qu’il pourrait accepter dans le domaine économique comme dans d’autres et, encore moins de celles qu’il pourrait faire ratifier par le Congrès américain. On ne doit jamais oublier qu’au lendemain de la première guerre mondiale le Président américain Wilson, initiateur de la Société des Nations, n’a jamais pu en obtenir la ratification par son Congrès, ce qui a favorisé la montée des mouvements d’extrême droite dans la décennie suivante, ou, du moins garder présent à l’esprit ce formidable paradoxe de la puissance américaine : une hégémonie mondiale, conduite par des élus provinciaux. Et, puis, dans l’histoire universelle, il n’y a guère d’exemple qu’une puissance impériale accepte sans heurt de passer du leadership au partnership…

Quoiqu’il en soit c’est, au lendemain du G20 de Londres, bien plus que pendant celui-ci, que la nature profondément géopolitique de la crise de la mondialisation financière va commencer à apparaître au grand jour.

Domi Taddei

21 Mars 2009

 

 

09.03.2009

GUEULER C'EST BIEN !!! PROPOSER C'EST MIEUX ...

écraserlecapital

 

UNE REGULATION MONDIALE LEGITIME ET EFFICACE .

 

 

Face à la crise de la mondialisation, caractérisée par une hégémonie US sans partage et une accumulation financière sans rêgle, quelle issue ?

 

Celle-ci ne doit pas être le retour à un fractionnement du monde, évidemment lourd des pires conflits. Les drames humains, les urgences écologiques et les risques géo-militaires, nous le rappellent dramatiquement tous les jours : nous n’avons qu’une seule planète, dont nous sommes tous solidairement responsables. C’est pourquoi, l’altermondialisme n’est pas un anti-mondialisme, mais l’actualisation permanente du vieil internationalisme humaniste d’un Jaurès : il en partage les valeurs fondamentales, mais il ne considère ni la nation, ni aucune autre sorte de souveraineté comme pertinente pour réguler l’emboîtage de communautés de vie et de destin, qui forment autant d’entités politiques différenciés, de la planète jusqu’au quartier et au village, en passant par les continents, les nations et les pays.

 

Elle ne peut espérer, à un horizon crédible, la mise en place d’un gouvernement planétaire, dont l’utopie humaniste est hors de portée, même si nous ne devons pas cesser de promouvoir l’idéal d’une citoyenneté mondiale. Par contre, à défaut de convaincre toutes les puissances et toutes les consciences de faire « du passé, table rase », on peut espérer (devant les risques de propagation de crises en tout genre), peut être plus vite qu’on ne le croit parfois, constituer une large alliance pour proposer une nouvelle régulation mondiale, légitime et efficace. Celle-ci devrait s’appuyer sur la Charte des Nations Unies, la Déclaration Universelle des droits de l’homme et les valeurs essentielles de paix, de solidarité internationale, de développement durable et de diversité culturelle, en s’appuyant sur tous les efforts sincères de coopération mondiale et régionale, qui ont pu être menés depuis 60 ans. Pour cela, les institutions existantes ne doivent pas être niées dans leur principe, car elles ont vocation à créer les conditions d’une régulation concertée et anti-hégémonique des grands problèmes mondiaux. Mais, elles doivent être aujourd’hui critiquées, sans relâche et sans complaisance, pour leur absence ou leur insuffisance de légitimité et, par là-même d’efficacité, ce qui suppose, moins leur disparition que leur transformation. 

 

Il faut donc que le mouvement altermondialiste et ses alliés syndicalistes et intellectuels sachent convaincre la conscience universelle, qu’entre régression et utopie, il est possible de définir une autre régulation mondiale, à la fois légitime et efficace, compte tenu de ce que l’efficacité ne pourra résulter que de sa nouvelle légitimité, fondée sur la promotion des droits humains et des libertés. Cette nouvelle régulation ne peut reposer que sur une stratégie de transformation des institutions existantes. Mais, en même temps, elle est toute autre chose qu’une simple addition de réformes ponctuelles, qui seraient l’affaire de technocrates et d’experts internationaux, et elle a besoin, pour réussir, de la participation du plus grand nombre des citoyens du monde, de leurs mouvements sociaux et culturels, de leurs organisations syndicales et de leurs élus légitimes, qu’ils soient nationaux ou locaux. Ce sont, eux tous, qui doivent s’emparer, en toute circonstance désormais, des principes essentiels d’une nouvelle régulation mondiale, légitime et efficace, et de toutes les conséquences qui en découlent.

 

Cette nouvelle régulation pourrait reposer sur 10 principes essentiels, dont découlent autant de conséquences concrètes :

 

Les institutions économiques, financières et commerciales sont subordonnées aux instances politiques légitimes.

 

Conséquences concrètes : L’intégration des institutions économiques mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE), dans le système des Nations Unies, doit être effective. Ceci signifie le respect de leur Charte, de la Déclaration Universelle ; des procédures de décision conformes (cf. infra) ; la définition de leur rôle et leur contrôle par les instances légitimes (Assemblée Générale et Conseils de Sécurité : cf. infra).

 

Ces instances assurent une répartition multilatérale équitable des ressources et des richesses à tous les peuples du monde.

 

Conséquences concrètes : La création d’un Conseil de Sécurité économique, social, culturel et environnemental (2 ESC, en anglais). Il serait composé de 10 membres renouvelables tous les 10 ans (dont 2 pour l’Afrique, 1 pour l’Amérique du Nord, 1 pour l’Amérique latine, 3 pour l’Asie, 2 pour l’Europe, et 1 pour et l’Océanie), comprenant les pays (ou groupements les plus importants de chaque continent) et de 15 autres membres, élus tous les 2 ans, par l’Assemblée Générale. Chaque membre représenterait un Etat ou un groupe d’états (tel que l’Union Européenne). Ce « 2 ESC » se substituerait aux différents clubs de pays riches du type G7, G8, G20, etc. Le PNUD, la CNUCED, la BRI et l’OCDE lui sont rattachées.

 

En cas de conflits entre les normes édictées par diverses agences spécialisées, le 2 ESC arbitre, après avis de l’assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale (cf. infra).

 

Toutes ses décisions doivent être prises, suivant le principe de double majorité et à l’exclusion de tout droit de veto : elles ne sont validées que si elles sont adoptées par une majorité de ses membres, représentant la majorité des populations des pays membres, ce qui garantit un équilibre entre les pays les plus peuplés et les moins peuplés.

 

La société civile et les mouvements sociaux mondiaux doivent être associés de façon permanente à toutes les décisions des instances mondiales

 

Conséquences concrètes : La création d’une Assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale, réunissant les représentants des organisations patronales, syndicales, culturelles (représentant les milieux artistiques et scientifiques) et environnementales, ainsi que les ONG humanitaires. Celles-ci devraient être obligatoirement consultées, avant toute décision de l’Assemblée Générale et des Conseils de Sécurité. Elle dispose d’un pouvoir d’initiative, pour demander à l’Assemble Générale et aux conseils de sécurité de délibérer sur toutes les questions qui leur semblent le justifier et des moyens d’études du PNUD, de la CNUCED et de l’OCDE.

 

La primauté de l’Assemblée Générale des Nations Unies

 

Conséquences concrètes : L’Assemblée Générale a seule pouvoir, pour édicter des normes et des recommandations, à son initiative, ou à celle de l’Assemblée économique, sociale et environnementale. Toutes ses décisions sont prises, suivant le principe de double majorité.

 

La question d’un Parlement mondial élu au suffrage universel (suivant un principe de représentation logarithmique, qui garantit la place des pays de toute dimension) mérite ici d’être débattue, sans toutefois constituer aujourd’hui un préalable à l’ensemble de la stratégie avancée.

 

Régulation mondiale et séparation des pouvoirs

 

Conséquences concrètes : Les conseils de sécurité prennent toutes les décisions d’application, qui découlent des principes de la Charte et des résolutions de l’Assemblée Générale. De son côté, la Cour Pénale Internationale doit disposer d’une compétence universelle et obligatoire, englobant l’ensemble des tribunaux ad hoc, et d’une totale indépendance, à l’égard des autres instances mondiales, comme des états nationaux. Ses jugements sont assortis de sanctions, dont l’exécution relève, suivant les cas, de l’un et/ou l’autre des conseils de sécurité (opérations militaires et/ou sanctions économiques) ou d’une compétence universelle d’application des instances judiciaires de tous les pays membres.

 

Légitimité et cohérence de l’ensemble de la régulation mondiale

 

Conséquences concrètes : Le conseil de sécurité rapproche sa composition et son mode de décision de ceux du « 2 ESC », en vue de leur fusion. Les pouvoirs de sanction appartiennent aux deux conseils de sécurité, dans leur domaine respectif de compétences.

 

Le monopole de l’utilisation légitime des forces armées appartient à l’ONU

 

Conséquences pratiques : L’ensemble des forces armées, mises à la disposition d’organisations internationales ou mondiales (Otan, casques bleus, etc.) sont regroupées et placées sous la seule responsabilité du conseil de sécurité des Nations Unies.

 

Le financement du développement durable est assuré par l’émission de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) et de taxes globales

 

Conséquences pratiques : Le Fonds Monétaire International, agence spécialisée de l’ONU, applique les normes édictées par l’Assemblée Générale, ainsi que les décisions du « 2 ESC », prises après délibération de l’Assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale. En particulier, il offre, par une émission suffisante de DTS, le financement de l’ensemble des projets de développement durable, ainsi que l’annulation de la dette des pays pauvres, en relation avec les banques régionales de développement. Il peut mettre en place une fiscalité sur les mouvements internationaux de capitaux, en particulier sur les plus spéculatifs et les plus déstabilisateurs d’entre eux et les transactions financières, ainsi que sur les activités polluantes. Il contribue à une évolution raisonnée des parités monétaires, par une contribution équilibrée des pays et zones excédentaires et déficitaires. 

 

Les échanges de marchandises (biens et services) sont régulés dans une perspective de développement durable de la planète et de justice pour tous les peuples

 

Conséquences pratiques : L’organisation mondiale du commerce est assurée par une  agence spécialisée de l’ONU, qui exerce des compétences déléguées, et met en place, en tant que de besoin, des politiques régulatrices, afin que l’élargissement des échanges assure le développement des biens publics mondiaux, la sécurité alimentaire et sanitaire de tous les pays membres, ainsi que leurs activités émergentes, de même que l’ensemble des missions assurées par les autres agences spécialisées : droit du travail, protection de l’enfance, préservation de l’environnement, action culturelle, etc.   

 

Stratégie pour un développement planétaire durable

 

Conséquences pratiques : La préparation des délibérations environnementales, de portée mondiale, est faite conjointement par les deux assemblées générales. Après délibération de l’assemblée économique, sociale, culturelle et environnementale, les normes sont adoptées par l’assemblée générale. Le « 2 ESC » est chargé de leur mise en œuvre, avec l’ensemble des agences spécialisées (FAO, OMS, BIT, UNICED, etc). Il établit une fiscalité écologique sur les émissions de CO2 et les déchets nucléaires : le produit de celle-ci sert pour une part à indemniser les travailleurs pénalisés par cette fiscalité et pour partie à mettre en place des activités de substitution.

 

Dominique Taddei

08 – 03 - 2009

 http://dutron.wordpress.com/

 

01.03.2009

ENCORE UNE ARNAQUE DU CHEVALEIR BLANC CAROLO !!!

dyn002_small150_150_150_jpeg_58196_6569194bea1901c1cf49929179a1ceb9[1]

 

Le coin des bouquins à ne pas acheter : « Le bel avenir du socialisme » de Paul Magnette  Ministre « socialiste » belge !!

 

Editions Luc Pire - Politique

Entretiens avec Jean Sloover

(donc ce n’est même pas lui qui l’a écrit !!! quelle arnaque !!!)

 

Franchement, cher lecteurs, j’en ai lu des conneries dans ma vie mais là, je viens de tomber sur un summum ; on aurait dû lui refiler un César ce soir à moins que la « Canard » ne lui décerne « La noix d’Honneur » !!

Heureusement, le César, c’est une autre belge, super celle-là, qui l’a eu : Yolande Moreau !! L’honneur belge est sauf !

 

Dés la présentation du livre, on comprend la « manip » ! Magnette est un surfeur !! Son bouquin, c’est un ramassis de poncifs éculés et ils se sont mis à deux pour cloquer un coup de Ripolin légèrement rouge par là-dessus !!

 

Et il surfe à merveille sur les modes actuelles le Magnette ; citations du pensum de son éditeur :

 

« En politique, les idées vont et viennent. Pendant plus de trente ans, nous avons subi un discours libéral simpliste, qui nous assurait que l’État social était un échec, que le marché se régulait lui-même, que le réchauffement climatique était un phénomène naturel, et que la fracture Nord-Sud était une regrettable conséquence de la mondialisation.
Aujourd’hui, les dégâts causés par cette politique, dont la crise financière n’est qu’une étape de plus, ont commencé à faire vaciller ces certitudes arrogantes…… » 
Vous avez là toute la langue de bois sociale libérale classique en un clin d’œil !! La crise, le climat, le tiers-monde ….. On continue ??

 

« Car en politique, la protestation morale ne suffit pas, et la résignation est fatale. Rendre la finance éthique et responsable, délimiter et encadrer le marché, orienter la production vers une économie verte et solidaire, soutenir toutes les catégories de la population pour les faire adhérer à ce grand projet, ces ambitions appellent un travail politique colossal, qu’il faut entreprendre sans attendre ». Et allez donc !! Faut-y vous l’envelopper ? Un p’tit coup de « finance éthique », une couche de peinture verte, un coup pour la solidarité ….roulez jeunesse !! C’est-y pas moderniste ça Madaaaaame ???

Né en 1971, un bébé requin donc, Paul Magnette a d’abord été professeur de science politique à l’ULB, avant de devenir Ministre (PS) wallon de la Santé et de l’Action sociale, et Ministre (PS) fédéral de l’Energie et du Climat. Père de trois enfants, il vit à Charleroi, et il assure qu’il ne pourrait vivre nulle part ailleurs….. Une carrière fulgurante d’apparatchik !!

 

On le comprend, le jeune loup !! On le sait bien pourquoi il ne peut vivre ailleurs !!

Quand le Bourgmestre et tous ses adjoints (socialistes) de Charleroi se sont retrouvés en tôle (à Jamioulx pour être précis), c’est lui qui fut dépêché par la direction du PS pour nettoyer les Ecuries d’Augias Carolos !! En bon « commissaire politique » local, il est donc tout désigné pour essayer de reprendre la ville perdue pour cause de népotisme, de détournements en tous genres…. On vous en passe et des meilleures !!

 

Ecoutez donc parler l’effronté dans une interview à La Libre.be :

« Sur les questions d’éthique, nous sommes le plus en pointe comparés aux autres partis socialistes européens… » ; ça ne mange pas de pain de le dire mais je connais un paquet de copains belges qui vont se bidonner sec en lisant ça !! Ethique en toc, mon p’tit père !!

« Je me sens beaucoup plus proche d’un Strauss-Kahn qui est un vrai social-démocrate …» ; ça au moins, c’est vrai ! Strauss-Kahn est un vrai social démocrate !!

Question de La Libre : Strauss-Kahn, c'est la gauche caviar, ça...

« Ah non ! Pas du tout ! Si vous prenez la question de sa fortune personnelle, peut-être, ... »  Ha bon ? T’as des infos, Popaul ??

En réponse à une question sur les affaires :  Après Charleroi et Huy, je ne pense pas que nous soyons plus touchés que les autres partis. Là, les amis, on en pisse dans son froc !!

Dernier détail, son interview dans « La libre.be s’intitule : Magnette: "Oui, je suis un intello. Et alors ?" …Ben, très franchement, on n’a pas remarqué !!

Cours, camarade belge, le PS est derrière toi !! Et il est en campagne !!

Contrairement à notre pratique habituelle du « coin des bons bouquins », cette fois, nous ne vous donnerons pas le prix de « l’œuvre »!!

Comme disait jadis Harakiri, ce bouquin, ne l’achetez pas, volez-le !!

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

28 Février 2009

http://dutron.wordpress.com/

 

19.02.2009

CRISE FINANCIERE ON NE VOUS DIT PAS TOUT !!! NOUS OUI

billets[1]

 

SEPT PAYS  EUROPEENS

SONT-ILS  CANDIDATS

A  LA  FAILLITE ?

 

La toxicité des dettes des banques européennes risque d'écraser un certain nombre d'états de L'UE et pourrait représenter un danger systémique pour l'ensemble du système bancaire européen, selon un mémo confidentiel rédigé par la Commission européenne et dévoilé par le Daily Telegraph.

 

“The toxic debts of European banks risk overwhelming a number of EU governments and may pose a “systemic” danger to the broader EU banking system, according a confidential memo prepared by the European Commission.”  By Ambrose Evans-Pritchard and Bruno Waterfield. Last Updated: 6:34PM GMT 11 Feb 2009

 

Le Daily Telegraph du 11 février, parlant d'un document confidentiel de la commission européenne, annonce que ce document parle d’un risque systémique majeur pour l'ensemble du système bancaire européen. "Les estimations des dévaluations d'actifs attendues suggèrent que le coût budgétaire à supporter par les Etats pourrait être très élevé" affirme le document préparé lors d'une réunion confidentielle des ministres des Finances.

 

            Le Journal Suisse “Le Temps” reprend des analyses du même ordre :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/c5c59722-ecbc-11dd-b87c-1c3fffea55dc/Dettes_des_Etats_leuro_%C3%A0_l%C3%A9preuve_du_feu

 

 

Pour certains États membres, les gouvernements pourraient avoir à recapitaliser les banques en urgence. Problème : dans certains pays, le secteur bancaire est totalement surdimensionné et les Etats ne seraient plus à la hauteur.

 

Au moins sept pays de l'UE candidats à la faillite

Aucun pays n'est cité précisément, il ne fait guère de doute que les candidats à la faillite sont l'Irlande, le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas, l'Autriche, la Suède et la Grande-Bretagne.

Interrogés par le quotidien britannique, les responsables européens se sont refusés à tout commentaire. Mais il semble clair, selon le Telegraph, que Bruxelles se préoccupe au plus haut niveau du risque de faillite des États les plus faibles face à la conjoncture.

Le Fonds monétaire international (FMI) aurait récemment alerté l'UE sur l'absence d'un véritable prêteur de dernier ressort dans la zone euro. Le FMI a aussi déclaré que les banques européennes étaient presque autant  exposées (75%) aux actifs toxiques que leurs homologues américaines, mais que le gouvernement US avait été bien plus prompt à prendre la mesure du phénomène, investissant 738 milliards de dollars contre seulement 294 en Europe.

Et pan, sur le bec de notre si brillant ex-président de l’Europe !

Conjoncture catastrophique

Faut-il ajouter à ce sombre tableau que les banques européennes sont exposées pour 1600 milliards de dollars aux créances douteuses de l'Europe de l'Est, de plus en plus considérée comme "l'Europe du Subprime".

Autre problème spécifique : les dettes des entreprises européennes représentent déjà 95% du PIB, contre seulement 50% pour les Etats-Unis.

Au bord de l'asphyxie...l’Europe ???

Le document de l'UE souligne également le "réel danger d'une course aux subventions entre les Etats membres" qui pourrait porter atteinte à l'unité du marché européen et qui conduirait à une explosion des déficits budgétaires : 12% pour l'Irlande et près de 10% en Espagne et en Grande-Bretagne pour l'année 2009 !

En France, nous n’en sommes (officiellement !) qu’à 4,4 % de notre PIB mais ces informations et ces développements expliquent peut-être les réactions européennes hostiles aux aides consenties au secteur automobile. Mais, comme General Motors prévoit de se désengager de quatre gros sites européens … nous allons voir ce que feront les autres.

Lire : http://dutron.wordpress.com/2009/02/17/crise-de-l%E2%80%99automobile-americaine-general-motors-se-prepare-t-il-a-la-faillite/

 

Plus que jamais, nous sommes revenus dans les années 30, vraisemblablement en plus grave et, après une phase de concertation lors du dernier G20, le « chacun pour soi » des années 30 commence à pointer son nez …avec toutes les conséquences que l’Histoire nous enseigne.

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

19 Février 2009

 

 

01.01.2009

SUPERBE ARTICLE DE LA COORDINATION DU HAINAUT

Après une année 2008 de crise économique et financière Bilan et perspectives bonne année de crise aggravée en 2009

 

Cet article a pour objet de faire un rapide bilan de l’année 2008 écoulée et de voir les perspectives qui s’offrent à nous pour 2009. Forcément, on ne traite pas ces questions en quelques lignes, cela donne un article un peu volumineux dont nous excusons par avance auprès de nos lecteurs.

 

Le bilan de 2008 :

 

AU PLAN BOURSIER L’ANNUS HORRIBILIS !

 

L’indice CAC 40 de la Bourse de Paris a clos la pire année de son histoire : -42,68%. La perte annuelle est la plus forte jamais enregistré par l’indice depuis sa création en juin 1988. La précédente baisse annuelle record remonte à 2002 (-33,8%). Un recul presque aussi fort que l’indice Eurostoxx des 50 principales valeurs de la zone euro (-44,28%). Francfort, qui a fermé ses portes mardi, a accusé une perte annuelle record de 40,4% de même que Londres (-31,5%).

 

Avec une perte de 53,7 % sur l’ensemble de l’année, soit 97,69 milliards d’euros partis en fumée, l’année 2008 se révèle être la pire année jamais observée pour le Bel20, l’indice-vedette de la Bourse de Bruxelles. L’action Fortis a perdu près de 95 % de sa valeur en un an.

 

Aux Etats-Unis, La Bourse de New York s’est effondrée en 2008, l’indice Dow Jones lâchant 34% sur l’ensemble de l’année et réalisant sa pire performance depuis 1931, même si la dernière séance a été gratifiée mercredi d’une hausse des indices.

L’indice RTS de la Bourse de Moscou a dégringolé de 72,4% en 2008. Il ne s’agit pas en 2008 de la pire performance annuelle de l’indice russe, qui avait déjà plongé de 85% lors de la crise financière de 1998, marquée notamment par une dévaluation du rouble.

En dépit d’un léger rebond ces derniers jours, la tendance générale pour 2008 en Asie est des plus moroses, avec une chute annuelle de près des deux-tiers (-65,5%) pour la Bourse de Shanghai, soit la plus forte baisse de ses 18 ans d’histoire.

Les principales places financières d’Amérique latine ont toutes lourdement chuté depuis l’éclatement de la crise en septembre. La Bourse mexicaine des valeurs a perdu 24,1% au cours de l’année, alors que l’indice Merval de la bourse argentine a dégringolé de 49,9%.

Le seul point positif de cette sinistre année boursière et financière c’est que la gigantesque bulle financière née de la globalisation financière qui accompagnait la Mondialisation a perdu à peu près 50 % de sa masse ; c’est toujours ça de pris !!

AU PLAN ECONOMIQUE EN AVANT VERS LA RECESSION !!!

Au Japon : La production industrielle s'est effondrée de 8,1 % en novembre par rapport à octobre, a annoncé vendredi 26 décembre le gouvernement. Il s'agit de la plus sévère chute de la production depuis que les statistiques à ce sujet ont commencé à être publiées, en 1953.

Une forte dégradation de la production industrielle était largement attendue, après l'annonce lundi de la plus sévère contraction des exportations de l'histoire économique du Japon (-26,7 % en novembre sur un an). Mais les économistes ne prédisaient en moyenne pour novembre qu'une baisse de la production de 6,7 % et le gouvernement, encore plus optimiste, de seulement 6,4 %. Sur un an, la production japonaise s'affiche en repli de 16,2 %, a précisé le ministère de l'économie. Toujours en novembre, les livraisons de produits industriels ont chuté de 8,4 % par rapport à octobre, et les stocks ont augmenté de 0,7 %.

En Chine : Plus les semaines passent, plus le gouvernement chinois admet que l'impact de la crise financière mondiale va être dur : il y a quelques semaines, le premier ministre Wen Jiabao l'avait reconnu, affirmant que les prévisions initiales étaient trop optimistes.

Mercredi 24 décembre, le patron de la puissante Commission nationale pour la réforme et le développement, Zhang Ping  a prévenu que la crise était en train de s'étendre des zones côtières industrialisées et exportatrices aux régions intérieures. Il a ajouté que, désormais, les grandes entreprises étaient aussi touchées après le choc subi par les PME, notamment au coeur du "miracle" économique chinois, la province de Canton.

Vendredi, c'était au tour du président de la Commission de supervision économique, Li Rongrong, d'appeler les entreprises d'Etat à veiller à maintenir la "stabilité de leurs effectifs" en une période de hausse du chômage. Les bénéfices des industries chinoises ont plongé durant les onze premiers mois de l'année, surtout ceux du secteur public qui ont chuté de 14,5 %, selon les médias officiels. "L'impact de la crise financière sur notre économie ne doit pas être sous-estimé, la situation en 2009 sera grave et les difficultés nombreuses.

En Europe : les mauvaise nouvelles tombent les unes après les autres :

Entre 600 000 et 1 million de chômeurs de plus prévus en 2009 en Allemagne,

La carte de France ressemble de plus en plus à un carte des plans sociaux et les premiers chiffres montrent une hausse du Chômage qui n’est hélas pas prête de s’arrêter.

Partout ailleurs, c’est pareil la seule question qui se pose n’est plus de savoir si le monde va connaître une récession généralisée en 2009, ceci est sûr !

La question est de savoir si nous connaîtrons une récession ou une « grande dépression » et malheureusement, tout concourt à envisager cette seconde solution comme possible.

Ceux qui bavardent devant les caméras ou dans les gazettes sur la reprise en 2010 ou, pourquoi pas au second semestre de 2009 sont soit des incompétents soit, comme notre Lagarde Nationale des adeptes de la méthode Coué !

ET L’EURO DANS TOUT CECI ???

CURIEUSEMENT, PERSONNE N’EN PARLE !!

Notre monnaie unique fête pourtant aujourd’hui son dixième anniversaire.

Notre devise a été introduite le 1erjanvier 1999 à zéro heure, quand les monnaies nationales des pays participants, alors au nombre de 11, cessèrent d’exister à part entière et devinrent de simples subdivisions de la monnaie européenne.

Les billets et les pièces des monnaies nationales ont continué à être utilisés dans leurs pays respectifs, jusqu’à l’introduction des nouveaux billets et pièces le 1er janvier 2002.

Malgré toutes les critiques que nous faisons sur Maastricht et que personne n’ignore, on peut se demander se qu’il se serait passé si l’Euro n’avait pas existé.

Au lieu des interventions massives des banques centrales – dont la  BCE – que nous avons connues et qui ont eu le mérite d’éviter un véritable « Crédit Crunch », s’il n’y avait pas eu l’Euro, n’aurions nous pas connu ses « dévaluations compétitives » qui furent la plaie des années 30 dont la situation peut se comparer à bien des égards à la situation actuelle.

Nous avons d’ailleurs un signe évident de ce risque, c’est la situation de la Grande Bretagne.

La Grande Bretagne n’est pas dans la Zone Euro : à la création de l’Euro, le 1 –1 – 1999, il fallait 1,40 € pour acheter une livre sterling ; dans un premier temps, la monnaie britannique n'a cessé de se réévaluer, atteignant 1,73 euro en octobre 2000. La question était à l’époque : à quand la livre à 2 euros ? Aujourd’hui les deux monnaies sont à parité !

Cela signifie que Gordon Brown laisse filer sa monnaie ! La livre a perdu 13 % de sa valeur par rapport à l'euro depuis le 1er décembre et 25 % au cours de l'année 2008. Elle cotait, mardi 30 décembre dans la matinée, 1,0313 euro, après être tombée lundi soir jusqu'à 1,0198 euro.

Si on est gentil, on peut dire qu’il ne s'agit peut-être pas d'une politique totalement délibérée. Gordon Brown a dit que « le cours du sterling n'était pas son affaire ».

Les marchés se détournent de la livre pour deux raisons. Tout d'abord, la politique de baisse des taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre, plus brutale que celle de la Banque centrale européenne, devrait se poursuivre l'an prochain. Ensuite, l'état de l'économie britannique est plus grave encore que celui de la zone euro.

Les dernières données confirment la détérioration de la situation économique. Le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni s'est contracté de 0,6 % lors du troisième trimestre, selon le Bureau national de la statistique. Pour la City, le déclin que l'on devrait observer au quatrième trimestre 2008 puis au premier trimestre 2009 devrait être bien pire.

C’est donc dans l’indifférence générale que la Slovaquie devient aujourd’hui le 16éme pays de la Zone Euro ; la vedette c’est la Tchéquie qui prend la présidence de l’Europe.

La vérité, au plan économique, c’est que les pays développés sont, soit en recul pour les économies émergentes, soit en récession profonde pour les vieux pays développés.

Les perspectives ne sont guère réjouissantes pour une raison très simple : malgré les plans de ceci ou de cela, les plans de « relance » à moitié poudre aux yeux comme le nôtre, une chose manque pour que les choses changent : LA CONFIANCE !!

Alors que faire ?

Sur ce point, notre camarade Dominique Taddei qui produit toujours analyses et propositions depuis sa Corse natale (merci Domi !) a publié en Novembre un texte important dont nous allons publier des extraits ci-dessous.

Ce texte s’intitule : « Pour une relance altermondialiste , sociale et écologique à tous les niveaux ». Le texte complet est disponible sur simple demande par mail à g.dutron@yahoo.fr.

Que dit Dominique ?

« Nous sommes en 1933

La question essentielle n’est pas celle de la récession, phénomène cyclique transitoire. C’est celle de la dépression et de la déflation. Autrement dit, personne ne sait jusqu’où l’économie productive va chuter, mais surtout personne ne peut prétendre sérieusement qu’elle pourra redémarrer d’elle-même : dans les années 30, il fallut une seconde guerre mondiale ; au Japon, à partir de la crise financière de la fin des années 80, plus de dix ans et, encore la croissance n’est-elle timidement repartie, que parce que le reste de l’Asie et du monde connaissait une forte croissance. »

Déjà, sur ce constat, nous sommes d’accord !

Venons-en aux propositions :

Un plan de relance social et écologique

Pendant que s’ouvre, à partir de la première réunion du G20, la nécessaire négociation pour un nouveau système économique et financier, la première urgence est la relance de la demande, partout dans le monde. Il ne s’agit plus de sauver seulement les banques, mais l’ensemble de l’activité économique. L’urgence est désormais admise et commence (depuis début novembre) à être mise en œuvre (USA, Chine, Allemagne, Russie, Royaume Uni, pays pétrolier)), mais elle pose trois questions essentielles :

 -  la première est celle que ces relances soient aussi coopératives que possible. A tout le moins, elles doivent absolument éviter, à la différence des années 30, de chercher à repasser le mistigri de la crise au reste du monde. Il est légitime de vouloir protéger les producteurs nationaux, quand ils produisent pour le marché intérieur (en raisonnant à l’échelle continentale), mais il est inadmissible de continuer à les subventionner quand ils exportent et tentent de prendre des parts de marché à leurs concurrents. Ceci signifie le caractère prioritaire d’un système mondial multipolaire, où l’OMC et le FMI, réformés et soumis à la charte des Nations Unies interdiraient, pour la première, toute forme d’aide aux exportations et, pour le second, toute manipulation de changes, par une intervention conjointe avec les pays dont la monnaie se réévalue.

 -  La deuxième question, est celle de la nature de ces politiques de relance. C’est ici que les choix politiques font toute la différence ; la droite préférera les dépenses militaires et sécuritaires. Or, cette relance ne pourra trouver la base citoyenne nécessaire pour rétablir la confiance sans laquelle les dépenses privées ne repartiront pas, que si elles correspondent aux aspirations du plus grand nombre, c’est-à-dire que si elles répondent aux urgences sociales et écologiques incontestables. Ceci peut revêtir un caractère différent suivant les continents et les pays – en France, il faudrait commencer par le relèvement des minima sociaux (pour la même somme, ce sont par nécessité leurs prestataires qui dépensent le plus et le plus vite) ; la construction de logements sociaux et des mesures drastiques d’économies d’énergie, qui anticipe sur l’après Kyoto ; les dépenses de santé, d’éducation et de recherche -, à la condition qu’ils agissent de manière complémentaire.

Le financement d’une relance de la demande mondiale

 - La troisième question est celle de son financement. Pour atteindre sa pleine efficacité, il doit être à la fois budgétaire et monétaire.

- Sur le plan budgétaire, la suppression de tous les allègements et exonérations consentis depuis 10 ans aux 5% les plus aisés de la population doit être immédiat : 5% est évidemment un pourcentage arbitraire, mais qui a été validé, après un grand débat démocratique, par la majorité de la population dans le plus puissant pays du monde. Le retour à une fiscalité rigoureuse (excluant toute forme de « niche », qu’il faut laisser aux chiens) en faveur de l’impôt progressif et de droits de succession, réduisant dans le même temps les cotisations salariales et les plus injustes des impôts locaux, doit compléter ce retour à un système authentiquement redistributif.

Ceci suppose notamment qu’en Europe, on commence par constater honnêtement que, compte tenu des circonstances évidemment exceptionnelles d’ailleurs prévues par le texte, le pacte de stabilité est caduc : on pourra d’ailleurs négocier un nouveau Pacte de coopération économique et social (PACES), soumis à la délibération de l’ensemble des citoyens, comme le demande le collectif des associations du GH, puis à l’approbation de l’ensemble des électeurs européens, lors du renouvellement du Parlement.

- Sur le plan monétaire, la question est très simple pour l’ensemble des pays qui ont accumulé des masses d’exo-dollars. Elle l’est tout autant pour les USA, qui profitant, au moins encore pour un temps, du privilège de monnaie de référence du dollar, vont se permettre un déficit d’au moins 8% de leur budget et se dirigent vers un taux d’endettement de 100%.

A la vérité, la question ne se pose que pour l’Europe et l’ensemble des pays hors G 20. Pour la première, un plan massif d’emprunts de la Banque Européenne d’Investissement, libellé en euros, doit venir financer l’ensemble des pays les moins avancés de la zone, les autres pays, dont la France, par le truchement de la Caisse des Dépôts, empruntant pour leur propre compte. Pour l’ensemble des autres pays du monde, avec leurs gigantesques besoins dans les domaines alimentaires, sanitaires, écologiques, d’infrastructures, d’éducation, etc., la création des moyens de financement ne peut être mise en œuvre que par un FMI, complètement transformé.

En fait, l’instrument existe – les droits de tirage spéciaux, inventés au tournant des années 70 pour faire face aux besoins de l’administration Nixon – et il peut être mis en œuvre du jour au lendemain par simple décision du conseil d’administration, comme l’avait proposé le prix Nobel J. Stieglitz au lendemain du 11 septembre. Ces DTS devraient être mis à la disposition des banques régionales de développement, avec la participation active, aux côtés des gouvernements nationaux de l’ensemble des sociétés civiles et des ONG concernés, afin de minimiser les risques de mal gouvernance et de corruption.

On objectera que tout cela est terriblement inflationniste. La double réplique va pourtant de soi : premièrement, si nous sommes en 1933, du fait des politiques néolibérales et monétaristes, l’inflation potentielle est moins grave que la déflation effective ; deuxièmement, l’effet de relance doit être transitoire : dès lors que l’économie réelle commencera à se rapprocher de son potentiel de production, le mix de politique budgétaire et monétaire devra être plus équilibré, et il suffira alors que la masse salariale revienne à son pourcentage des années 70 et qu’ensuite le pouvoir d’achat des salaires progresse au rythme des gains de productivité. Bien entendu, le nouveau système économique et financier mis en place, en réponse à cette grande crise de l’impérialisme, doit être pérenne au plan mondial.

En réalité, plus qu’une question théorique ou technique, c’est la question géopolitique de la composition du FMI, qui est désormais prioritaire. La première réunion du G20 a admis cette nécessité. Il faut aller désormais plus loin, en intégrant l’ensemble des institutions économique mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE,…) dans le système des Nations Unies, lui-même rénové, et le respect scrupuleux de sa charte.

Voici donc des propositions cohérentes que nous ne pouvons que partager et soutenir, en premier lieu en les intégrant sur notre blog mais aussi, en interrogeant tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir.

C’est le vœu que nous formons pour 2009.

Une année de crise, certes, mais dont il pourrait sortir un mieux être pour l’Humanité.

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

Premier janvier 2009

 

 

 

20.12.2008

BONNES FETES DE FIN D'ANNEE (MALGRE TOUT)

noel_077[1]

noel_084[1]dyn006_original_231_232_gif_2601562_9f5c8877bcb0f0c3c5ad4c23fb5332b2[1]

 

TiteMinnyGifNoel7[1]

 

boune année

 

Fin d'année morose et teintée de gris pour celles et ceux dont le seul revenu est le fruit d'un travail de plus en plus menacé par les restructurations, rationalisations et autres délocalisations... Chômage, précarité seront les cadeaux dans la hotte du père noël 2008, heureusement que nous n'y croyons plus depuis belle lurette.


Si l'on ajoute à la recession économique, les agressions quotidiennes à notre nature et donc à notre santé (ogm, antenne hertzienne, rejet polluant etc), c'est avec des souliers de plomb que nous allons réveillonner, mais de grâce, ne vous déchaussez pas dès le début de l'année 2009, gardez vos godasses à bouts de sécurité aux pieds, pour mieux encore botter les fesses (j'allais écrire le cul !!!) de ceux qui sont les vrais responsables de notre situation...


Le capitalisme et ses nombreux valets du monde boursier, bancaire et, ET bien entendu politique, soyez impitoyables avec la droite et intraitable avec la prétendue "gauche" d'autant plus avec la bande au noeud papillon italobelche, qui en plus en ce début de millénaire est virée au royalisme, on aura donc tout vu en matière de renoncement de nos valeurs de gauche, républicaine, laïque et solidaire......


Fêtons donc un max, tant que nous pouvons encore le faire, mais gardons toujours à l'esprit que nombreux d'entre nous, sont ceux qui ne savent plus le faire parce qu'ils n'en ont pas ou plus les moyens, pensons à eux et agissons pour qu'un jour toutes et tous sans exception nous puissions faire la fête de la victoire de l'HOMME sur l'argent.

17.11.2008

POUR UNE RELANCE ALTERMONDIALISTE SOCIALE ET ECOLOGIQUE

SUR LA CRISE ECONOMIQUE MONDIALE :

POUR UNE RELANCE ALTERMONDIALISTE, SOCIALE ET ECOLOGIQUE

A TOUS LES NIVEAUX

PAR DOMI TADDEI

 

 

Résumé 

 

Le pire de 1929 sera sans doute évité : nous sommes en 1933. Le pire de la décennie suivante doit aussi être évité : il y va de la démocratie et de la paix dans le monde. Pour cela, il faut prendre en compte ce qui a réussi au milieu des années 30 et à Bretton Woods en 1944 et les dépasser pour assumer les exigences altermondialistes, sociales et écologiques de notre temps.

 

A cette fin, il faut tout à la fois mettre en œuvre un plan de relance de la demande mondiale, sociale et écologique et refonder le système financier et monétaire mondial ; pour financer l’ensemble, il faut à la fois recourir à une fiscalité réellement redistributrice et à la création monétaire.

 

 

Le pire de 1929 a été évité 

 

On doit et on peut sauver d’urgence le système bancaire : l’effondrement en chaîne de toute l’économie avec ses drames sociaux et ses métastases d’extrême droite est au coin de la rue. En même temps que cela, le moins qu’on puisse attendre des gouvernements qui, partout dans le monde, tentent d’assurer ce sauvetage, c’est qu’ils mettent en place toutes les mesures de contrôle et de régulation pour que cela ne puisse plus se reproduire. Ils prétendent vouloir le faire ; le mouvement social doit les harceler pour qu’ils tiennent parole, en s’appuyant sur le nouveau rapport de force qui s’est brutalement établi. Pendant de longues années et peut être des décennies, tous les investisseurs potentiels ne risqueront à nouveau leur argent que s’ils ont la quasi-certitude de ne pas mettre leur épargne dans des « affaires » dopées par la spéculation : pression de l’opinion publique et bon sens économique sont désormais alliés contre toutes les aventures et les féodalités financières. Cet assainissement drastique des mœurs de la finance est la première condition pour que l’offre de crédit puisse être restaurée. Mais désormais, c’est la demande de crédit qui menace de s’effondrer. Or, il est plus facile d’empêcher un âne de boire que de le forcer !

 

Nous sommes en 1933 

 

La question essentielle n’est pas celle de la récession, phénomène cyclique transitoire. C’est celle de la dépression et de la déflation. Autrement dit, personne ne sait jusqu’où l’économie productive va chuter, mais surtout personne ne peut prétendre sérieusement qu’elle pourra redémarrer d’elle-même[1] : dans les années 30, il fallut une seconde guerre mondiale ; au Japon, à partir de la crise financière de la fin des années 80, plus de dix ans et, encore la croissance n’est elle timidement repartie, que parce que le reste de l’Asie et du monde connaissait une forte croissance.

 

Un plan de relance social et écologique

 

Pendant que s’ouvre, à partir de la première réunion du G20, la nécessaire négociation pour un nouveau système économique et financier, la première urgence est la relance de la demande, partout dans le monde. Il ne s’agit plus de sauver seulement les banques, mais l’ensemble de l’activité économique. L’urgence est désormais admise et commence (depuis début novembre) à être mise en œuvre (USA, Chine, Allemagne, Russie, Royaume Uni, pays pétroliers[2]), mais elle pose trois questions essentielles :

 

* la première est celle que ces relances soient aussi coopératives que possible. A tout le moins, elles doivent absolument éviter, à la différence des années 30, de chercher à repasser le mistigri de la crise au reste du monde. Il est légitime de vouloir protéger les producteurs nationaux, quand ils produisent pour le marché intérieur (en raisonnant à l’échelle continentale), mais il est inadmissible de continuer à les subventionner quand ils exportent et tentent de prendre des parts de marché à leurs concurrents. Ceci signifie le caractère prioritaire d’un système mondial multipolaire, où l’OMC et le FMI, réformés et soumis à la charte des Nations Unies interdiraient, pour la première, toute forme d’aide aux exportations et, pour le second, toute manipulation de changes, par une intervention conjointe avec les pays dont la monnaie se réévalue[3].

 

* La deuxième question, est celle de la nature de ces politiques de relance. C’est ici que les choix politiques font toute la différence ; la droite préférera les dépenses militaires et sécuritaires. Or, cette relance ne pourra trouver la base citoyenne nécessaire pour rétablir la confiance sans laquelle les dépenses privées ne repartiront pas, que si elles correspondent aux aspirations du plus grand nombre, c'est-à-dire que si elles répondent aux urgences sociales et écologiques incontestables. Ceci peut revêtir un caractère différent suivant les continents et les pays – en France, il faudrait commencer par le relèvement des minima sociaux (pour la même somme, ce sont par nécessité leurs prestataires qui dépensent le plus et le plus vite) ; la construction de logements sociaux et des mesures drastiques d’économies d’énergie, qui anticipe sur l’après Kyoto ; les dépenses de santé, d’éducation et de recherche  -, à la condition qu’ils agissent de manière complémentaire.

 

Le financement d’une relance de la demande mondiale

 

* La troisième question est celle de son financement. Pour atteindre sa pleine efficacité, il doit être à la fois budgétaire et monétaire.

 

- Sur le plan budgétaire, la suppression de tous les allègements et exonérations consentis depuis 10 ans aux 5% les plus aisés de la population doit être immédiat : 5% est évidemment un pourcentage arbitraire, mais qui a été validé, après un grand débat démocratique, par la majorité de la population dans le plus puissant pays du monde. Le retour à une fiscalité rigoureuse (excluant toute forme de « niche », qu’il faut laisser aux chiens) en faveur de l’impôt progressif  et de droits de succession, réduisant dans le même temps les cotisations salariales et les plus injustes des impôts locaux, doit compléter ce retour à un système authentiquement redistributif.

 

Ceci suppose notamment qu’en Europe, on commence par constater honnêtement que, compte tenu des circonstances évidemment exceptionnelles d’ailleurs prévues par le texte, le pacte de stabilité est caduc : on  pourra d’ailleurs négocier un nouveau Pacte de coopération économique et social (PACES), soumis à la délibération de l’ensemble des citoyens, comme le demande le collectif des associations du GH, puis à l’approbation de l’ensemble des électeurs européens, lors du renouvellement du Parlement[4].

 

- Sur le plan monétaire, la question est très simple pour l’ensemble des pays qui ont accumulé des masses d’exo-dollars. Elle l’est tout autant pour les USA, qui profitant, au moins encore pour un temps, du privilège de monnaie de référence du dollar, vont se permettre un déficit d’au moins 8% de leur budget et se dirigent vers un taux d’endettement de 100%[5].

 

A la vérité, la question ne se pose que pour l’Europe et l’ensemble des pays hors G 20. Pour la première, un plan massif d’emprunts de la Banque Européenne d’Investissement, libellé en euros, doit venir financer l’ensemble des pays les moins avancés de la zone, les autres pays, dont la France, par le truchement de la Caisse des Dépôts, empruntant pour leur propre compte. Pour l’ensemble des autres pays du monde, avec leurs gigantesques besoins dans les domaines alimentaires, sanitaires, écologiques, d’infrastructures, d’éducation, etc., la création des moyens de financement ne peut être mise en œuvre que par un FMI, complètement transformé[6].

 

En fait, l’instrument existe – les droits de tirage spéciaux, inventés au tournant des années 70 pour faire face aux besoins de l’administration Nixon – et il peut être mis en œuvre du jour au lendemain par simple décision du conseil d’administration, comme l’avait proposé le prix Nobel J. Stiglitz au lendemain du 11 septembre. Ces DTS devraient être mis à la disposition des banques régionales de développement, avec la participation active, aux côtés des gouvernements nationaux de l’ensemble des sociétés civiles et des ONG concernés, afin de minimiser les risques de mal gouvernance et de corruption.

 

On objectera que tout cela est terriblement inflationniste. La double réplique va pourtant de soi : premièrement, si nous sommes en 1933, du fait des politiques néolibérales et monétaristes, l’inflation potentielle est moins grave que la déflation effective ; deuxièmement, l’effet de relance doit être transitoire : dès lors que l’économie réelle commencera à se rapprocher de son potentiel de production, le mix de politique budgétaire et monétaire devra être plus équilibré, et il suffira alors que la masse salariale revienne à son pourcentage des années 70 et qu’ensuite le pouvoir d’achat des salaires progresse au rythme des gains de productivité. Bien entendu, le nouveau système économique et financier mis en place, en réponse à cette grande crise de l’impérialisme , doit être pérenne au plan mondial.

 

En réalité, plus qu’une question théorique ou technique, c’est la question géopolitique de la composition du FMI, qui est désormais prioritaire. La première réunion du G20 a admis cette nécessité. Il faut aller désormais plus loin, en intégrant l’ensemble des instituions économique mondiales (FMI, Banque Mondiale, OMC, BRI, OCDE,…) dans le système des Nations Unies, lui-même rénové, et le respect scrupuleux de sa charte.

 

La balle est donc précisément dans le camp de la prochaine administration Obama. Pendant quelques semaines, le magnifique symbole qu’a représenté son élection peut lui permettre d’imposer à l’opinion et surtout à l’establishment américains, ce que n’a jamais fait dans l’histoire un pouvoir hégémonique, accepter de passer pacifiquement d’un leadership à un partnership. Formidable bond en avant de l’humanité ou retour à la banalité belliciste : les africains n’auraient finalement eu pour seule satisfaction que la réussite d’un de leurs émigrés de la deuxième génération.

 

Pour mener à bien, une telle stratégie de transformation mondiale, le temps est venu de constituer un large front progressiste mondial, capable de réussir là où les fronts populaires d’antan échouèrent.  

 

Domi Taddei

 

Relayé par :  -coordination gauche Alternative du Hainaut,

-       Le « réseau RPW »  (6 blogs)

 



[1] Les modèles de prévision demeurent corrects dans leurs structures, mais les paramètres chiffrés qu’ils utilisent sont obsolètes, puisqu’ils sont calculés sur la moyenne des résultats antérieurement observés, qui correspondent à des comportements collectifs qui ont qualitativement changé : en particulier, l’aversion pour le risque a augmenté brutalement et durablement. Ce changement n’est pas de degré, mais de nature. Il représente une non linéarité sytémique, dont ne peuvent rendre compte des modèles, linéaires par construction ; en termes imagés, les animal spirits ont fait un virage à 180 degrés.

[2] C’est à cette aune que l’imposture des discours de Sarkosy et de Barroso éclate : ils prétendent donner des leçons au reste du monde, mais soutiennent dans les faits des budgets de rigueur ! 

[3] Rappelons que si un pays est limité par le montant de ses réserves de change, quand sa monnaie se dévalue, il dispose de moyens illimités quand cette monnaie est très demandée : de nos jours, la « planche à billets » est électronique et il suffit d’un clic (c'est-à-dire d’une volonté politique) pour refuser sa réévaluation, et par là-même le danger de dumping monétaire, qui est le pire de tous puisqu’il peut atteindre des pourcentages quasi illimités en quelques jours.

[4] Sur le contenu possible d’un tel PACES, cf. l’avis adopté par le Conseil Economique et Sociale en 2003

[5] Il est formidablement comique de voir que ces mesures se préparent à Chicago à quelques centaines de yards du plus grand rassemblement au monde de Prix Nobel, tous plus monétaristes les uns que les autres. Ayant moins d’humour, nous autres en France, quand on voulait mettre fin à l’Ancien Régime, on ramenait Louis XVI de Versailles à Paris !

[6] Comme pour l’ensemble des autres institutions internationales, si on en conserve les sigles, c’est par simple commodité, parce qu’on doit montrer que l’avenir est à une coopération multipolaire et non aux replis souverainistes et parce qu’on doit pouvoir atteindre plus vite ainsi les but recherchés qu’en repartant de zéro.

12.11.2008

A QUI DE PAYER LA NOTE !!!

"Les camarades de la "Coordination Gauche Alternative du Hainaut (ndlr.Hainaut français), publient les textes ci-après adapté à propos de la crise économique et financière en cours de déroulement.
Nous ne pouvons que soutenir ce shéma de propositions qui vise à replacer l'homme et notre société humaine à une place où le respect de l'être humain, et de ses activités sont nettement mieux garanti, et où de nouvelles responsabilités de gestion planifiée lui sont confiées. La société du FRIC tout puissant doit cesser, à nous de le proposer, à nous de l'organiser.
Merci donc pour ce texte, merci pour cette contribution essentielle, à un moment où nos institutions Wallonnes et Européennes vont évoluer, nous avons de solides propositions à avancer face aux conservateurs ultralibéraux et leurs collaborateurs de classe que sont les sociaux "dit" démocrates. Les voici ci dessous énoncées, merci de bien les analyser pour mieux encore, avec nous les soutenir et proposer."

 


 
Crise économique : le système capitaliste explose, changeons de système ; ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise.

 

 

Quand la Bourse allait bien…

 

Pendant des années de spéculation effrénée, le marché avait raison, c’était la loi suprême mise en avant par nos gouvernements de droite comme de gauche et par l’Union Européenne, jusqu’à l’écrire dans le projet de Constitution européenne et dans l’actuel Traité de Lisbonne, malgré les refus massifs des peuples consultés.

Pendant ces 20 dernières années, la part des profits dans la richesse produite a augmenté de dix points de PIB (180 milliards) au détriment des salaires. Nos gouvernements nous ont répété qu’il n’y avait pas d’argent pour augmenter les salaires, revaloriser les minima sociaux, garantir les retraites, développer les services publics et répondre aux besoins sociaux.

 

Quand la Bourse s’effondre…

 

D’un seul coup, le système capitaliste reposant sur la suprématie absolue de la finance explose, avec les faillites en cascade et le rachat des banques et fonds d’investissement par les gouvernements, américain d’abord, et maintenant européens : d’un seul coup, de l’argent, il y en a, jusqu’à 700 milliards aux Etats-Unis, pris dans les poches des contribuables (alors que quelques milliards de dollars suffiraient à assurer l’accès de tous à l’eau et aux moyens de base d’existence).

Combien en faudra-t-il en France ? Qui va payer ?

 

Ce n’est pas à nous de payer pour LEUR CRISE !

 

Pour nous, il ne s’agit pas replâtrer le système sur le dos des contribuables ! Ce système qui mène la planète à l’abîme, qui ne fait que développer les inégalités, les émeutes de la faim, la misère des uns alors que les profits des autres sont faramineux, ce système a fait la preuve de son incapacité à répondre à nos besoins, aux urgences sociale et écologique de la planète !

 

IL FAUT CHANGER DE SYSTEME !!!

 

La transformation sociale et écologique est une nécessité impérieuse, elle est à notre portée (ex de l’Amérique Latine) : imposons la !

Sur la crise financière, nous avons des propositions alternatives :

- Arrêter toutes les privatisations et renationaliser les services publics privatisés; l’eau, l’air, les ressources non renouvelables doivent être traités comme biens publics inaliénables, non privatisables, gérés publiquement et démocratiquement

- Créer un « bouclier social » par le maintien et l’augmentation des salaires et minima sociaux, afin que la part de richesses qui va aux travailleurs soit proportionnelle aux gains de productivité ; arrêt des expulsions locatives, moratoire sur les loyers et prêts relais, extension de l’assurance chômage (sécurité sociale professionnelle)

- Créer un pôle public bancaire et monétaire, supprimer les paradis fiscaux, interdire la spéculation sur les produits agricoles et matières premières

Plus généralement, nous sommes, par exemple en France, pour la constitution d’un pôle financier public qui apportera une contribution majeure au financement et à la réorientation du crédit vers les activités socialement utiles. Il devra être au minimum constitué de la Banque de France, de la Caisse des dépôts et consignations, du Groupe Caisses d’épargne, du Crédit foncier, de la Banque postale, d’OSEO (financement des PME), d’UBI-France (aide aux entreprises sur les marchés étrangers), de la COFACE (Assurances crédit et investissement domestiques et internationales, gestion de créances, prospection et information commerciale), de la CNP (qui devra redevenir le service public « témoin » du marché de l’assurance de personnes) et de l’AFD (l’Agence française de développement est au cœur du dispositif français de l’aide publique en faveur des pays pauvres. Sa mission : participer au financement du développement.). Ces réformes urgentes serviront ainsi d’exemple aux autres Etats Européens, en matière de gestion financière saine et d’intérêt social général.

-         Au niveau de l’agriculture, ce pôle public bancaire devrait aussi favoriser des coopératives de type nouveau, la constitution de circuits courts pour lutter contre la désertification rurale et la mainmise des concentrations capitalistiques de l’agro-alimentaire, le financement des AMAP, les projets se référant au concept « produire local pour consommer local », le soutien à l’agriculture biologique. L’orientation de l’alimentation collective (cantines scolaires et autres) devrait tendre à promouvoir ces circuits courts et l’agriculture biologique.

-      Le tout ayant pour objet une nourriture saine et tout en  maintenant des emplois locaux.

- Redéfinir les institutions financières internationales afin de permettre la stabilité financière, des mécanismes redistributifs des richesses, et l’annulation de la dette du Tiers-Monde. Au minimum, ces institutions devraient être de type G20 augmenté d’une représentation de l’ONU et des forums sociaux mondiaux

- Rappelons brièvement que, très récemment, au moment des émeutes de la faim, le Docteur Jacques Diouf, prêchait dans le désert pour obtenir 30 milliards dollars pour les plus pauvres de notre monde.  Jacques Diouf est le directeur général de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, (FAO) et, ces 30 milliards, nos dirigeants mondiaux ne les lui ont pas donnés. Aujourd’hui, ils osent donner des milliers de milliards de dollars aux spéculateurs !

- Mettre en place au niveau international trois types de taxes : sur l’ensemble des transactions financières ; sur les profits des multinationales ; sur les émissions de carbone et les déchets nucléaires. Taxer les dividendes à 50%

- Développer des travaux d’intérêt général tels que les infrastructures de transports en commun, l’isolation des bâtiments et l’habitat écologique, les énergies renouvelables.

 

28.10.2008

QUESTION REPONSE

CES 25 , 26  &  27 OCTOBRE  LA  LIGUE  WALLONNE  DE BRUXELLES  SEMBLE AVOIR LANCE SUR BASE DU FICHIER  DES SIGNATAIRES DE  L’APPEL A DES ETATS GENERAUX DE  WALLONIE ( ???) UNE LARGE CONSULTATION SUR LA BASE d4UNE QUESTION QUE VOICI PLUS BAS, SUIVENT EGALEMENT LES TROIS EPISODES DE LA REPONSE ARGUMENTEE DE MILOU RIKIR , LA REPONSE DE  PIERRE DUTRON  PRESIDENT DU R.P.W. , ET ENFIN CELLE DU « COQUELICOT DU HAINAUT » (HAINAUT FRANÇAIS).  BONNE LECTURE ET LA SUITE AU PROCHAIN NUMERO

 coqbuveur

Objet : L'engagement de la Ligue wallonne de Bruxelles asbl

 

Chère Madame,

 Cher Monsieur,

Voulez-vous bien donner votre point de vue, par courriel, sur la Belgique de demain ? Comment la voyez-vous ?

-          Une Belgique fédérale ?

-          Une Belgique confédérale ?

 

Nous vous remercions de votre participation à l’action d’information de la Ligue wallonne de la Région de Bruxelles.

 

Nous vous prions de croire, chère Madame, à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.

 

Raymond Watrice

Secrétaire de la Ligue wallonne de la Région de Bruxelles asbl

 

 

 

Messieurs,

Chers amis wallons,

 

À votre question, il me paraît aujourd'hui qu'aucun militant wallon sincère et conscient des réalités ne peut répondre autrement que par le souhait ardent que la Belgique n'ait plus de demain du tout. Le seul espoir du Peuple wallon est dans la disparition totale de cet État fantoche qui n'aura jamais réussi à être un pays. L'eût-il pu, d'ailleurs ?

Donc, il va de soi que la question que vous posez n'a, en l'occurrence, aucun intérêt. Une Belgique fédérale serait un véritable "sur-place" et donc, à terme, la première ébauche d'une régression et d'un retour à la Belgique unitaire. Une Belgique confédérale, quant à elle, ne serait que l'annonce de la disparition à terme. Autant faire l'épargne de tout ce temps perdu (avec ce qu'il représentera d'argent et de souffrances pour notre Peuple) et aller carrément à l'indépendance qui est la seule solution de courage. La Wallonie et les Wallon(ne)s doivent enfin s'assumer et cesser de rejeter continuellement les torts sur d'autres : hier la Belgique, aujourd'hui la Flandre, demain Paris ou l'Europe.

Vive la Wallonie, libre, indépendante et républicaine dans l'Union Européenne !

 

Bien à vous,

Salut et Fraternité !

 

Milou (Émile) Rikir

10, rue Sous-les-Roches

B-4500 HUY

WALLONIE

************************************************************

"Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie,

Beaucoup d'internationalisme y ramène.

Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale,

Beaucoup de patriotisme y ramène"

 Jean JAURÈS

Vive la Wallonie, libre, indépendante et républicaine

Cher Monsieur,

 

Je vous remercie pour votre très pertinent avis.

Permettez-moi une question complémentaire : souhaiteriez-vous le rattachement à la France, un retour à la mère-patrie ?

Je publierai votre avis sur le blog de la Ligue wallonne accessible via : http://liguewallonnebruxelles.skynetblogs.be

Bien cordialement

Raymond Watrice

Secrétaire de la Ligue wallonne de la Région de Bruxelles

Cher Monsieur,

Cher Ami wallon,

 

La France n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais notre mère-patrie. Que je sache (et je suis historien), hormis Tournai, Barbençon, Philippeville et Mariembourg, les provinces formant actuellement la Wallonie n'ont plus dépendu de la France depuis le traité de Verdun (France qui, d'ailleurs, n'existait pas avant cette date). Hormis l'épisode révolutionnaire et impérial (1795-1814), nous n'avons jamais été français. Certes, ce furent là (partiellement) des heures de gloire, mais je ne vois nullement en quoi cela nous autoriserait à parler de "mère-patrie". Et, sinon, pourquoi ne pas réclamer aussi la ré-annexion à cette pseudo-"mère-patrie" des Pays-Bas, de la Toscane, du Latium, du Piémont, du Valais, de la Catalogne, de l'Allemagne du Nord-Ouest, de la Cisrhénanie ou... de la Flandre, toutes régions qui firent partie du Grand Empire ???

 

La Wallonie est ma seule patrie. Tous les annexionnistes français pourront tâcher de me convaincre du contraire, je connais l'histoire de mon pays (et ne m'amuse pas à la traficoter) et cette histoire n'est pas française. Quant à l'aspect linguistique, je n'oublie pas que jusque la seconde guerre mondiale, la première langue parlée par la majorité des Wallonnes et des Wallons (c'est-à-dire son peuple travailleur, pas la bourgeoisie "frankeûpheûne"), dans leur vie de tous les jours, c'était l'une de nos langues régionales, n'en déplaise à tous ceux qui nient cette réalité du Peuple wallon. Et que ces langues sont toujours bien vivantes, n'en déplaise à la retebefe et au Swâââr belgo-aernoudtien-bruxellois.

 

Tout cela étant écrit, je n'en suis pas moins un partisan des meilleures relations possibles avec notre grande soeur. Mais dans l'indépendance et le respect mutuel (ce qui ne sera nullement aisé de la part de la grande soeur en question, qui a toujours une fâcheuse tendance à se prendre pour le boeuf alors qu'elle n'est même plus grenouille).

 

Inutile, après cela, de vous préciser que par ailleurs, je ne suis nullement gaulliste (si cela était jamais votre prochaine question).

 

Bien à vous,

 

Salut et Fraternité !

 

 

Milou (Émile) Rikir

10, rue Sous-les-Roches

B-4500 HUY

WALLONIE

************************************************************

"Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie,

Beaucoup d'internationalisme y ramène.

Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale,

Beaucoup de patriotisme y ramène"

 Jean JAURÈS

Vive la Wallonie, libre, indépendante et républicaine !


Cher Monsieur,

Je suis quelque peu surpris par votre message. Je suis originaire de Morville (rattaché à Florennes), commune de l’arrondissement de Dinant-Philippeville. C’est tout naturellement que j’ai fait mes études secondaires à Dinant.

Que pensez-vous des marches napoléoniennes en Entre Sambre et Meuse (Florennes, Biesmerée…) ? Ne sont-elles pas l’expression d’un souhait d’un rattachement à la France ?

Bien cordialement.

Raymond Watrice

 

 

Cher Monsieur,

Cher Ami wallon,

 

Puisque nous en sommes aux souvenirs historiques, autant vous le dire : je suis "bonapartiste", passionné de l'histoire politique et administrative du Grand Empire français. Cela ne fait pas de moi un Français. Cela fait de moi un partisan de l'Empereur (pas du militaire, mais du grand organisateur institutionnel). Je suis d'ailleurs en phase de réalisation d'un ouvrage sur cette question, avec un historien français. Et j'apporte mon concours à un doctorant français pour sa thèse sur les députés au Corps législatif du Consulat, de l'Empire et des Cent-Jours. C'est vous dire, notamment, que je ne suis pas un ennemi de la France (contrairement à ce que certains annexionnistes ne manqueront pas de vous dire).

 

Les marches napoléoniennes de l'Entre-Sambre-et-Meuse sont effectivement le souvenir d'un moment de gloire. Nous n'avons pas ici à Huy ce type de nostalgie, mais nous avons toujours notre Chaussée Napoléon, qu'aucun régime n'a pu faire disparaître ; la Ville de Huy – comme Liège – fête le 14 juillet (même si cela est moins solennel et populaire que dans la Cité ardente, mais tout de même plus que le 21 juillet qui n'intéresse que les autorités constituées). Mais je vous signale que, dans d'autres régions d'Europe qui firent ou non partie du Grand Empire, il y a aussi pareilles commémorations et attitudes. Savez-vous que, parmi les troupes "reconstituantes" des grandes batailles napoléoniennes, ce sont aujourd'hui les... Russes et les Anglais qui sont parmi les plus fervents adorateurs de l'Empereur. Cela n'en fait ni des Français, ni des partisans de l'annexion de leur pays à la Fille aînée de l'Eglise !

 

Parmi les régions qui ont le plus "fêté" Napoléon depuis 1999 (date du début des manifestations du bicentenaire de sa prise du pouvoir), l'Argovie, le Tessin ou Saint-Gall ont été en pointe, mais pas le Valais. Les historiens "hollandais" sont à la pointe du progrès pour ce qui est de la mise en lumière des archives de la période "Bonaparte" mais c'est la République française "une et indivisible" qui a singulièrement brillé par son absence des célébrations d'Austerlitz. La même France qui – très sélective de son passé – ne se met que depuis un an à enfin assurer la mise en ligne sur Gallica (site que vous devez connaître, je l'espère) de textes importants de la période impériale, qu'elle préférait jusque-là occulter. La Bibliothèque nationale de France (et les autorités "républicaines" derrière elle) y ont été contraintes par le succès rencontré par la mise en ligne de ces ouvrages sur Google Livres, outil américain exceptionnel que les Jacobins français toisaient du haut de leur supériorité insufférable.

 

Il me semble que vous confondez tout. Être francophone, être un partisan convaincu de la défense de la langue française (ce que je suis, mais pas dans le sens de ce repaire de la bourgeoisie orléaniste et de la noblesse légitimiste – devenues gaullistes après avoir été pétainistes – qu'est encore l'Académie française), cela ne conduit pas fatalement à être annexionniste. Heureusement ! Il est encore une masse de Wallonnes et de Wallons qui se sentent de chez eux, de Wallonie, de ce petit bout de terre enclavé entre l'Allemagne et la "Frâânce éternelle". Et qui ne voulaient pas, ne veulent pas et ne voudront jamais devenir Français.

 

Je ne regarde plus jamais aucun journal télévisé "belge" depuis maintenant près de vingt ans, je ne parcoure "Le Swâââr" belgo-bruxellois qu'à la recherche des nécrologies (pour mon travail) et des mots croisés (pour la détente). Pour le reste, je suis un abonné au "Monde" depuis 1975 et je ne regarde que les chaînes françaises. J'adore la culture française, la littérature française, la cuisine française et je déteste la "coca-cola-culture" qui nous vient d'outre-Atlantique. Je suis un passionné, depuis très longtemps, de l'histoire de France, ma soeur est naturalisée française et mes neveux et nièces sont français, à défaut de pouvoir être Occitans.

 

Mais en quoi tout cela ferait-il de moi un Français ? La langue ? La langue n'est rien si elle n'est pas rattachée à autre chose. Cette autre chose, c'est la Patrie. Et ma Patrie, c'est la Wallonie, aucune autre. Oui, je ne m'en cache pas, ne m'en suis jamais caché, je suis un nationaliste wallon. Et un nationaliste de gauche (anciennement d'extrême-gauche, puisque je fus un temps communiste et que, si je continue à travailler en tant qu'archiviste pour le Centre des Archives communistes en Belgique, j'ai complètement rompu depuis plus de dix-sept ans avec cette idéologie absurde et criminelle).

 

Vous me dites être de Morville, village qui n'a jamais appartenu à autre chose, depuis le Moyen âge, qu'au comté de Namur, bailliage de Bouvignes-sur-Meuse. J'aimerais assez qu'à part le bref épisode (dans l'histoire d'un pays, que sont – 1795-1815, dans le cas de Morville – vingt années ?) révolutionnaro-impérial, vous me montriez en quoi votre village serait "français", hormis l'imposition progressive, par l'État et la bourgeoisie belges, de la langue française. Que je sache, le comté de Namur, depuis 843 jusqu'en 1794, fit partie de la Lotharingie, de la Francie (mot dérivant de "Franken", et non de "France") orientale puis du Saint-Empire Romain de la Nation germanique. Où est la France dans tout cela ? Nous avons été annexés au "Royaume des Pays-Bas" de 1815 à 1830. Ces quinze brèves années justifieraient-elles que se crée aujourd'hui, à l'aube de la disparition de la Belgique, un "mouvement pour le retour aux Pays-Bas" ? Certes pas, cela serait absurde, comme l'est cette revendication d'une annexion à la France, portée à bout de bras par tout ce que la Belgique "frankeûpheûne"  compte de nostalgiques de la Belgique de grand'papa (RTBf, Le Swâââr et autres belgo-bruxelloiseries) et par certaines officines – proches d'un certain quai d'Orsay ou d'une certaine place Beauvau – de la République.

 

Toutes les discussions que j'ai eues et que j'aurai encore avec les rattachistes de toutes chapelles tournent autour de cette question : tous se réfèrent uniquement à la période 1795-1814 pour justifier un pseudo-"retour" à ce que vous appelez bien erronément la "mère-patrie". Mais l'histoire, la vie économique et sociale, la culture, les "racines" en un mot, de notre Peuple ne se résument pas à ces vingt ans. Quant à moi, je ne fais l'impasse sur aucune période de l'histoire de mon Peuple. Nous avons été indépendants, dans le cadre d'une structure impériale allemande assez lâche (mais néanmoins beaucoup moins "lâche" que ne le prétendent certains rattachards, à la sauce Gendebien, par exemple), pendant près de neuf cents ans. Et cela ne compterait pour rien par rapport à vingt ans d'annexion à la France "une et indivisible" (le genre de formule ridicule qu'adorent les Jacobins de tous poils) ???

 

Enfin, je reste – philosophiquement parlant, s'entend – un fédéraliste, partisan des théories institutionnelles inspirées de Proudhon. Ce qui a été expérimenté en Belgique n'est nullement et n'a jamais été le fédéralisme, mais simplement un processus lent (et "flamand") de destruction de cet État improbable. Mais nous avons devant nous un grand oeuvre : la constitution d'un État fédéral européen, dans laquelle la Wallonie aura toute sa place comme État constitutif républicain, indépendant et souverain, aux côtés de l'Irlande, de la Slovaquie, de la Pologne, de la Bretagne, de la Corse ou de la Catalogne.

 

Voilà la réalité. Elle n'est pas faite de mythes ou de souvenirs de temps plus ou moins glorieux.

 

Bien à vous,

Salut et Fraternité !

 

Milou (Émile) Rikir

10, rue Sous-les-Roches

B-4500 HUY

WALLONIE

************************************************************

"Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie,

Beaucoup d'internationalisme y ramène.

Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale,

Beaucoup de patriotisme y ramène"

 Jean JAURÈS

Vive la Wallonie, libre, indépendante et républicaine !

 


AYANT RECU LA MÊME QUESTION VOICI MA  REPONSE SUR LA 1ère QUESTION

 

 

Objet : REPONSE A VOTRE QUESTION

 

Bonsoir,
 
Plus de belgique du tout et cinq entités souveraines de l'Europe Economique à savoir:
(par ordre d'importance):
Une République de Flandre indépendante.
Une République de Wallonie indépendante.
Une ville de Bruxelles Libre et Européenne au statut de région capitale Européenne.
Une Région Allemande de Wallonie, avec un statut de région souveraine d'Europe.
Un condominium des Fourons avec une gestion bilingue absolue (Flandres/Wallonie) et un droit renforcé des minorités.
A noter que dans cette perspective, il est souhaitable que les droits sociaux et médicaux des anciens belges soient préservés( ONP-INAMI-ONPTS-ONAFTS etc), c'est pourquoi des accord multilatéraux devront être adoptés et organisés afin de  prévoir un maintien des droits précédemment acquits, par une gestion commune des droits et des bénéfices sociaux correspondants aux cotisations des intéressés, pour la suite, le financement étant assuré par les paiements par chaque entité au prorata des populations et des revenus de celle-ci  par un système basé sur la solidarité et la répartition proportionnelle des richesses générées.
 
Pour d'autres matières, je pense que la situation actuelle semble se dessiner pour des alliances entres Bruxelles, Wallonie et région Allemande, qui si elle se concrétise pourrait alors amener cette  nouvelle zone comme la plus porteuse de  l'ancienne belgique avec un PIB de loin supérieur à la Flandre, et peser d'un poids politique bien supérieur aussi avec la place forte de Bruxelles capitale européenne.
 
Dans cette guerre que veut la flandre, elle risque d'y perdre bien plus que d'y gagner, car avec un gros 10% de néerlandophones recensés sur bruxelles(en baisse chaque année), comment peut elle encore croire qu'elle va garder bruxelles comme capitale flamande? C'est surréaliste et le moment venu personne ailleurs qu'en flandres ne pourra rester sur cette idée...
 
Voilà ce que je penses et souhaite pour l'avenir de cette Belgique qui pour moi n'a jamais  été un "pays" au sens ethnologique et anthropologique du terme, mais tout au plus un "Etat" artificiel fabriqué par le puissances européennes du début du 19ème siècle et qui ne doit sa richesse qu'à une exploitation scandaleuse de l'ex congo belge par Léopold II, Vandervelde n'avait-il pas surnommé le cinquantenaire "L'arche des mains coupées" mais de cela personne encore en Belgique n'ose vraiment en parler.
J'espère que vous oserez publier in extenso mon propos car je ne crois pas que vous aurez beaucoup de solutions comme celle qui y est exposée, mais je pense que cela doit être porté à la connaissance de vos visiteurs sur la toile.
 
Pierre DUTRON  Président du RPW

 

AYANT  RECU LUI AUSSI CETTE QUESTION VOICI LA REPONSE DE GUY DUTRON

POUR  « LE COQUELICOT DU HAINAUT »  GAUCHE ALTERNATIVE DU HAINAUT (AVESNOIS – CAMBRAISIS)

 

Bonsoir Monsieur,

Je ne sais pourquoi vous m'interrogez.
Certes j'ai signé l'appel des Etats généraux de Wallonie, par solidarité Wallonne surtout.

Je suis militant politique en Wallonie Française : Le Hainaut français.  Je suis aussi économiste, militant syndical SOLIDAIRES, écrivain, j'aime l'histoire (voir mes livres qui sortent dans ma signature électronique) .....n'en jetons plus !!

Mon analyse de la Belgique, c'est qu'elle est, depuis l'origine  un pays artificiel.
Que toute son histoire : le XIX éme siècle de la grandeur wallonne, la guerre de 14, l'entre-deux guerre et l'émergence du nationalisme flamand, la guerre de 39-45, la question royale, les mentalités respectives et le rôle de l'église ....Je n'en finirais plus !!

Tout, à mon avis, a contribué à éloigner l'un de l'autre walons et flamands.
La vie politique belge avec ses travers, sa corruption, etc. ont également joué un rôle.

Je pense donc, après analyse de toutes ce données, que la solution efficace n'est ni un fédéralisme ni un confédéralisme mais une séparation avec une Flandre Indépendante et une Fédération Wallonie Bruxelles indépendante.

Les deux entités sont également viables dans une Europe Fédérale des Régions encore à construire.

De toute manière, après les NON français, néerlandais et Irlandais, l'Europe est en panne. Il faudra bien un jour se résoudre à "faire quelque chose" !!

C'est pour cette raison que nous avons publié, avec mon frère Pierre, président du Rassemblement Populaire Wallon un "Manifeste pour une Europe Fédérale des Régions" que vous pourrez lireen cliquant sur le lien ci-dessous qui vous permettra d'accéder au blog de notre collectif Gauche Alternative Sambre-Avesnois:


MANIFESTE EUROPÉEN POUR L’EUROPE FÉDÉRALE DES RÉGIONS L’EUROPE DE LA DECROISSANCE !

 

26.09.2008

LE RESEAU R.P.W. GRANDIT

Vive_la_Wallonie_libre[1]

LA  FAMILLE GRANDIT

LE « RESEAU AUSSI »

 

UNE SERIE DE BLOGS SE REJOIGNENT

ET FORMENT SUR INTERNET:

UN RESEAU R.P.W.

 

Depuis le 21 juillet se sont regroupés, les blogs suivants:

http://rpwthuin.skynetblogs.be   (arrondissement de thuin et secrétariat national)

http://larepubliquewallonne.vip-blog.com    (animée par un collectif de toute la wallonie)

http://wallonie.vip-blog.com        (de notre haynaut occidental)

http://deniselegros.skynetblogs.be     (province de liège, arrondissement de huy-waremme)

http://pierredutron.skynetblogs.be    (blog personnel du président, souvent politique)

A partir du 27 septembre, se joint à nous le blog d’un très jeune militant républicain  Wallon  (18 ans en juillet 2009) de la province de Luxembourg. Bienvenue à toi Hervé et longue vie dans le combat wallon pour la liberté et la dignité de notre patrie et de son peuple.

http://res-publica-walonia.fr.gd   (blog de Hervé Julien de Marche en Famenne)

 

 

Ces blogs qui unissent leurs efforts s'échangeront dans la fraternité et la joie d'un combat militant commun, sans contraintes, des articles et des informations, des photos et se feront des commentaires à volonté, de façon a rendre  leur contenu mutuel toujours plus vivant, toujours plus performant dans la poursuite du combat wallon pour l'indépendance de la Wallonie, et la création d'une république Wallonne.

L'adhésion au RPW des animateurs de ces blogs n'est même pas requise, ils sont libres d'en être ou non, libérés de leurs engagements stériles,  il est de toute façon plus important qu'ils portent haut et fort les revendications et positions du RPW, que de perdre du temps à des réunions  qui débouchent sur des résultats électoraux de l'ordre de 0,50% comme ce fut le cas en 2007 !!!

Le RPW, parti de la vrai liberté, individuelle et non économique, n'exige même pas que ses communiqués soient tous publiés "obligatoirement", il demande avec insistance aux membres du  "réseau RPW" de les publier, sans que cela ne trouble leur propre fonctionnement.

Portes et fenêtres ouvertes que souffle un vent de fraîcheur:

- pour une république Wallonne;

- pour une Europe fédérale des régions d'Europe souveraines;

- pour une société altermondialiste;

- pour une société de la décroissance industrielle face aux agressions environnementales;

- pour une société anticapitaliste internationaliste;

Le RPW est plus que jamais un "parti/groupe de pression" qui de par ses structures de communication, touche dès maintenant, et va toucher dès demain des centaines de personnes par jour, il faudra donc bientôt compter sur et avec lui, lorsqu'il sera question de l'avenir de la Wallonie, des Wallonnes et des Wallons.

 

Thuin le 21 juillet 2008. Et modifié à l’occasion du 27 septembre 2008

 

Christelle ADANT Présidente de l'arrondissement de thuin, membre du secrétariat national.

 

Pierre DUTRON   Président du secrétariat national.

 

"Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie,

Beaucoup d'internationalisme y ramène.

Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale,

Beaucoup de patriotisme y ramène"      Jean JAURÈS

 

 

 

coqbuveur

BONNE  FETE  DE  WALLONIE

DE LA PART

DU

               R.P.W. 

 

Le jour de la Fête de la Communauté française de Belgique est le 27 septembre.

Cette date a été choisie par la Communauté française d'après une page de l'histoire de l'indépendance de la Belgique.

Entrées à Bruxelles le 23 septembre 1830, les troupes royales conduites par Frédéric, deuxième fils de Guillaume Ier d'Orange, en sont expulsées dans la nuit du 26 au 27 septembre.

En France vient d'éclater la « Révolution de Juillet » et cet événement influence beaucoup les idées politiques dans les Pays-Bas du Sud gouvernés par Guillaume Ier. Le soir du 25 août 1830, on représente au Théâtre de la Monnaie l'opéra d'Auber La Muette de Portici) qui rappelle l'insurrection des Napolitains contre Philippe IV d'Espagne en 1647.

Des troubles éclatent dans la ville de Bruxelles et gagnent très vite Liège le lendemain. Le mouvement d'insurrection est dirigé contre le gouvernement de Guillaume Ier et se transforme en revendications sociales. Les mauvaises récoltes de 1830 engendré du chômage, suite à l'expansion du machinisme et aussi au niveau très bas des salaires. Cette situation nourrit la révolte dès fin août.

Les bourgeois s'inquiètent de la participation des paysans aux assemblées publiques. Le 31 août, une délégation de Bruxellois et de Liégeois se rend à La Haye, réclamant à Guillaume Ier la convocation immédiate des États généraux. Leur démarche reste sans effet.

Les bourgeois se retournent vers Guillaume d'Orange, fils de Guillaume Ier et héritier du trône, en lui demandant d'appuyer leur revendication. Ils demandent la séparation administrative du Sud et du Nord du royaume. Celui-ci renvoie immédatement la décision aux États généraux. Le 11 septembre, une commission de sûreté appelle au calme à Bruxelles. Celle-ci sera dissoute le 20 septembre. Bruxelles connaît alors une vacance de pouvoir quasi totale.

Le prince Frédéric annonce, le 21 septembre, son intention de se rendre à Bruxelles avec ses troupes. Ce qu'il fait le 23. Une très grande résistance s'organise et, après avoir désarmé la bourgeoisie à qui s'oppose l'armée du prince, elle est contrainte à la retraite.

 

Jean-Joseph CHARLIER (1794-1866)

Mieux connu sous le nom de Charlier « jambe de bois », ce personnage n’est autre que le célèbre artilleur de la révolution belge de 1830.

Ayant perdu une jambe au service de l’empire, Jean-Joseph rentre à Liège. Au cours de l’année 1830, Liège gronde quant les nouvelles des évènements survenus lors de la représentation de la « Muette de Portici » arrivent de Bruxelles.

A l’appel de Rogier, Charlier se présente avec deux canons hollandais dérobés à la caserne des Ecoliers de Liège. Ces canons sont « Willem » et « Marie-Louise » et c’est à cheval sur le premier que la « Jambe de Bois » s’en va vers Bruxelles avec cinq mille autres volontaires derrière les couleurs liègeoises au drapeau (rouge et jaune).

Il arrive dans la future capitale le 8 septembre et est incorporé dans l’artillerie bruxelloise. Le 19 septembre, il marche sur l’hôtel de ville puis résiste avec les autres pendant les dures journées des 24, 25 et 26 septembre face aux troupes commandées par Frédéric des Pays-Bas. C’est durant ces combats que l’artilleur va devenir une légende de la révolution. De l’hôtel de Belle Vue place Royale, il bombarde les troupes ennemies situées dans le parc du Grand Sablon, au Haut de la Montagne de la Cour à l’aide de son canon « Willem ».

Enfin, dans la nuit du 26 au 27 septembre, les Hollandais quittent discrètement la ville. Charlier est devenu un héro et est adulé par la foule victorieuse, ses 5000 volontaires couleurs liègeoises au drapeau (rouge et jaune), deviendront par la suite, « les volontaires belges de 1830 » et le noir sera, en signe d’hommage aux volontaires morts au combat,  ajouté le long des manches des drapeaux, cela deviendra le drapeau tricolore national belge lors de l’indépendance. Le général Mellinet désire le nommer commandant mais Charlier refuse. Il loge le 29 septembre au Palais mais décline 300 florins de pension malgré sa misère. Le 7 décembre il est tout de même nommé capitaine d’artillerie pensionné.

Chevalier de l’Ordre de Léopold et médaillé de Sainte-Hélène, la « Jambe de Bois » meurt le 1er avril 1866.

La date du 27 septembre a été proposée par monsieur Fernand Massart et choisie en 1975 pour commémorer cette victoire, et la première fête de la Communauté française eut lieu cette même année.

Fernand MASSART est un des principaux animateurs du mouvement wallon.

Sous-officier (1938), quincailler (1938-1940), Fernand Massart est débardeur aux chemins de fer lorsque la Guerre éclate. Actif dans l'action wallonne avec l'Abbé Mahieu, résistant au sein de Wallonie libre clandestine, il est dénoncé et tente de franchir les Pyrénées. Arrêté (décembre 1941) et emprisonné (Barcelone, Saragosse puis Miranda), il se fait passer pour un Québécois et est remis aux autorités britanniques (1942). Débarquant à Alger au sein du 10ème commando interallié, il participe notamment aux campagnes de Malte, de Tarente, et en Yougoslavie. A son retour, il retrouve Wallonie libre et participe au Congrès national wallon de 1945 en tenue de soldat anglais. Employé aux mutualités socialistes de Charleroi (1945-1957), il est un des principaux animateurs du mouvement wallon (1960-1992).

Déjà opposé à la politique de neutralité avant guerre, il mène la campagne du non au retour de Léopold III. Au moment de la Grève contre la Loi unique (1960-61), il se retrouve tout naturellement aux côtés d'André Renard et d'A. Genot qui créent le MPW (1961). Parlementaire socialiste, il vote non à l'ensemble des lois linguistiques du début des années '60. Faisant figure de rebelle obstiné, Wallon avant d'être socialiste, il démissionne du PSB en 1963 parce que ce dernier refuse de prendre en considération le résultat du pétitionnement organisé par le Collège exécutif de Wallonie, 645.699 signatures en faveur du référendum et contre l'adaptation du nombre de parlementaires. Député indépendant (1963-1965), il se présente sur la liste du Rassemblement démocratique wallon, parti qu'il a créé à Namur (1965). Ses 18.000 voix ne lui donnent pourtant droit à aucun mandat. Le rapprochement de son RDW avec les partis de François Perin (à Liège) et de Robert Moreau (à Charleroi) conduit à la formation du Parti wallon qui, en 1968, devient le Rassemblement wallon.

Député bourgmestre de sa commune, vice président fédéral du RW, c'est sur sa proposition de décret que le Conseil culturel de la Communauté française a adopté le drapeau de Pierre Paulus et la date du 27 septembre le 24 juin 1975. A la fin des années 70 et au début des années 80, il tente de préserver ce qui reste du Rassemblement wallon en en devenant le président (1983) mais il échouera de cette mission de sauvetage face aux turpitudes de certains carolos ambitieux mais sans envergure, dont l’actuel meneur, encore aujourd’hui se croit investi à vie de cette honneur et de ce « titre ».

Fernand Massart est décédé le 12 mai 1997 à Namur, à l'age de 79 ans, en laissant à tous les militants wallons, une image indélébile de tribun populaire et intègre du combat pour la dignité et la liberté démocratique.

En ce 27 septembre 2008, faire la fête devient de plus en plus difficile tant le pouvoir d’achat se voit chaque jour réduit par l’augmentation des biens et des services, mais si en pensée, vous partagez avec nous l’idée de cette fête commémorative pour notre peuple et notre nation, alors, c’est déjà pour nous une grande joie de la partager avec vous toutes et tous.

2009 sera un grand tournant électoral pour le combat Wallon, mais nous ne sommes pas de ceux qui nous battons pour des « places » ou des « mandats », nous luttons pour nos idées, et la dignité de notre peuple. Impossible de vous dire où seront candidats nos représentants (es) en juin prochain, nous serons présents, çà c’est une certitude, et nous ferons tous notre possible pour que notre force de proposition ne soit pas trop dilluée, et surtout en rien dénaturée. Si ce combat là vous intéresse aussi, n’hésitez-pas, contactez nous colau3571833@hotmail.com .

02.08.2008

VOUS AVEZ DIT SONDAGE ??????????

VOUS  AVEZ  DIT  SONDAGE !!!!!!!!!!!!!

*******************************

Cette fin de juillet a vu, pour la première  fois  sortir de presse, (avec publication transfrontalière svp…), une scandaleuse manipulation de population et de son opinion.

Orchestrée par un groupe de presse (franco/belge), et une chaîne de presse écrite et télévisée sous la mainmise  ferme d’une des plus grande fortune d’Europe, en la personne d’Albert FRERE (RTL-TVI pour ne pas la citer).

Ainsi, sous des gros titres exagérément disproportionnés, on a « essayé » de frapper l’opinion des vacanciers sur le retour, en leur assènant qu’un belge sur deux est prêt à se laisser manger comme un jambon/beurre, ou une  baguette et un came de chez mambert !!!

Scandaleuse affirmation quand ceux qui ont eu la chance de pouvoir partir pour se ressourcer, vont maintenant être confrontés aux augmentations des produits de bases comme les carburants et les matières premières vitales, celles là même qui ont déjà affamés des centaines de millions de gens dans le monde en voie de développement.

Pour le RPW, cette déferlante de chiffres est une honteuse et scandaleuse tromperie, c’est de l’intoxication du bourrage de crâne, de la propagande politico/économique qui n’a qu’un seul mérite, celui de nous montrer jusqu’où sont prêts à aller certains affairistes, spécialistes des avantages fiscaux à la sauce Reynders, ainsi que de nous prouver, une fois de plus que pour eux l’argent de cette campagne ne compte pas, car cela ne représente rien au regard de ce qu’ils empochent par le truchement de nos sociétés capitaliste boursicoteuses.

Sans nous embarquer dans de longs discours, la gauche alternative française  nous démonte bien le processus, viennent ensuite deux témoignages que le RPW voulait joindre à nos commentaires, par un extrait du forum de toudi et une réaction  très claire de  Monsieur José FONTAINE sont directeur, et pour la bonne bouche, un coup de gueule ferme d’un militant Wallon républicain et anticapitaliste, historien documentaliste de son état on ne peut donc taxer les propos de monsieur Milou RIKIR de billevesées, il parle et technique et politique avec son expérience et son cœur de Wallon.

Bonne lecture :

 

 

VU DE  FRANCE

 
 
Question Belge Wallonie Rattachement à la France Vers un gouvernement des sondages ?


DECRYPTAGE : L’AFFAIRE PART D’UN SONDAGE COMMUN « La Voix du Nord » - « Le Soir ».


La Voix du Nord : Serge Dassault revendait, lors de l'été 2005 le groupe de presse nordiste à son ancien propriétaire, le groupe belge Rossel.


La présence d'Yves de Chaisemartin, ancien patron du groupe Socpresse, au sein de la structure Rossel France, laisse penser que ce dirigeant tire encore les ficelles de la presse nordiste. De Chaisemartin est également actionnaire à 25 % de l'hebdomadaire Marianne.
 L’article de La Voix du Nord sur le sujet :
http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2008/07/29/article_un-wallon-sur-deux-pret-a-devenir-franca.shtml
Le quotidien Le Soir : est édité par la SA Rossel & Cie, majoritairement détenue par les trois enfants de feu Robert Hurbain (1929-2001), héritier de la famille Rossel. Ils possèdent chacun 83 des 300 actions de la société éditrice par l'intermédiaire de trois sociétés liées par des participations croisées:

  • la SA Auxiliaire Rossel, dont Patrick Hurbain est l'administrateur délégué;
  • la SA Rossel-Hurbain, dont Christine Marchant-Hurbain est l'administrateur délégué;
  • la SA Société de Participations Rossel-Hurbain, dont Nathalie Hurbain  est l'administrateur délégué.
  • La position du journal Le Soir : http://www.lesoir.be/actualite/belgique/communautaire-notre-sondage-2008-07-30-621577.shtml

Le Sondage : réalisé en France les 24 et 25 juillet auprès d'un échantillon représentatif de 955 personnes âgées de plus de 18 ans et en Wallonie du 18 au 22 juillet auprès d'un échantillon représentatif de 510 personnes âgées de plus de 18 ans. Pour ces deux échantillons, la méthode utilisée était celle des quotas.

 

Selon cette enquête réalisée des deux côtés de la frontière, 49% des Wallons sont favorables au rattachement alors qu'ils n'étaient que 29% en octobre 2007; pour autant 45% des Wallons s'y déclarent "plutôt" ou "pas du tout" favorables.
Côté français, 60% des personnes interrogées se déclarent favorables à un rattachement contre 37% qui n'y sont pas favorables; en novembre 2007, 54% se disaient favorables à ce rattachement tandis que 41% n'y étaient pas favorables.
A la question "la Belgique va-t-elle disparaître?", 23% des Wallons répondent par l'affirmative alors qu'ils n'étaient que 16% en octobre 2007; alors qu'à la même date, 78% des Wallons ne croyaient pas à la disparition du royaume, ils ne sont plus que 59% en juillet 2008.


Que constatons-nous ??
L’affaire part de deux journaux membres du Même groupe proche de la haute bourgeoisie franco-belge.
Derrière tout ceci, il y a aussi le grand capital Belge et RTL détenu par Albert Frére.
La Voix du Nord relaie l’édito du Soir.
Les vedettes « américaines » du dossier :

-         Le « Rassemblement Wallonie-France », en la personne de Laurent Brogniet, jusque là confidentiel,  que l’on ressort du chapeau.

-         Daniel Ducarme, député Fédéral Libéral Belge et membre du Conseil de l’Europe. Ducarme est aussi chargé des questions internationales au sein du M.R (Parti Libéral Francophone)

 

Laurent Brogniet sort un argument pseudo massue : « La Wallonie n’a pas les attributs d’un Etat » !! Assène-t-il.

Et pourquoi ne les aurait-elle pas, s’il vous plait M. Brogniet ?

Et pourquoi pas faire naître une Fédération Wallonie-Bruxelles ?? Elle aurait un poids non négligeable en Europe. C’est, à notre connaissance, la position de Rudy Demotte – Ministre Président de la Région Wallonne et celle de Charles Piqué – Ministre président de la Région Bruxelloise !!

Même si cette solution n’a pas la faveur de l’unitariste et monarchiste Di Rupo, le « Mini - Duce » de l’actuel PSB !!!

Nous rappelons à nos lecteurs français que la continuité territoriale entre la Wallonie et Bruxelles ne dépend que de quelques hectares de la Forêt de Soignes.

Nous rappelons également que Bruxelles-Capitale possède le second P.I.B par habitant le plus élevé d’Europe de 238 % plus élevé que la moyenne des régions d’Europe :

 

Les chiffres ci-dessus sont des pourcentages : Bruxelles = + 238 % par rapport à la moyenne Européenne.

 

La Wallonie est moins bien lotie mais pas « ridicule »

Le produit intérieur brut ne cesse de croître au fil des années pour l’ensemble des Wallons.

 

Les habitants du Brabant wallon (Proche de Bruxelles) bénéficient du meilleur PIB de toute la Région. Les habitants du Hainaut affichent le moins élevé.

 

-    Tableau ci-dessous : évolution comparée du PIB par habitant à prix courants (en euros) dans les provinces wallonnes - Source : ICN.

 

 

PIB par habitant

1996

1998

1999

2000

2001

2002

Brabant wallon

17 984

20 068

21 235

22 912

23 753

24 474

Hainaut

13 654

14 439

14 995

15 695

15 936

16 506

Liège

15 976

17 272

17 564

18 248

18 502

18 884

Luxembourg

15 025

16 137

16 611

17 340

17 258

17 846

Namur

14 508

15 562

16 130

16 990

17 331

17 705

Wallonie

15 021

16 163

16 702

17 526

17 827

18 336

 

 

 

 

 

 

 

 

Quid d’une Fédération Wallonie Bruxelles ??

 

En matière de PIB par habitant, avec 26.330 € la Fédération Wallonie-Bruxelles fait même mieux que la Flandre (25.724 €).

 

Ceci constituerait le 12 éme PIB de l’U.E !!

 

Signalons encore, pour calmer certaines ardeurs françaises et quelques « histoires belges » que le PIB français par habitant est de l’ordre de 28.356 € (valeur INSEE 2003) avec de très fortes disparités régionales –  de 22.458 € pour Nord- Pas de Calais à 43.370 pour l’Ile de France –

 

 

La Fédération Wallonie – Bruxelles se situerait donc dans la fourchette haute des PIB régionaux français.

 

Le « rattachisme » est donc une relative « mauvaise affaire » pour Wallonie – Bruxelles et une relative « bonne affaire » pour la France.

 

 

Question à nos camarades Wallons et Bruxellois : Qu’iriez-vous donc faire dans cette galère ?

 

Vous tenez vraiment à vous farcir Sarko ???

 

 

 

 

VOYONS CE QU’EN PENSE 

TOUDI

ET SON DIRECTEUR

MONSIEUR  JOSE  FONTAINE

 

"Il faut parfois résister aux fausses évidences des sondages (et celui-ci montre aussi qu'il y a beaucoup d'opposants à la solution française). Il n'est pas très apparent pour l'opinion publique que la Wallonie est une entité souveraine parce que ses dirigeants composent encore avec les symboles belges et la nostalgie des nostalgiques de ce sacré-là. Mais l'autonomie wallonne est cependant si profondément entrée et ancrée dans les réalités juridiques (le fonctionnement des pouvoirs locaux par exemple), économiques (la mobilisation des organisations patronales ou syndicales pour le redressement), administratives (par exemple dans le domaine international où la Wallonie-Bruxelles gère déjà 51% des compétences autrefois belges), la société civile wallonne est si profondément différente de la société civile en France (malgré d'énormes affinités), que faire cette prévision (la Wallonie serait française dans moins de 5 ans), c'est peut-être tenir pour trop peu de choses la façon dont la Wallonie se construit. Et la Flandre. Non pas peut-être tellement d'abord contre la Belgique que dans celle-ci, quitte à ce que la coquille déjà à moitié vide du Royaume des Saxe-Cobourg ne le devienne tout à fait. Quand la Wallonie, la Flandre et Bruxelles n'auront plus rien de belge, sauf leurs relations commandées à la fois par l'intérêt et des affinités qui restent réelles dans ce cadre belge (ou ex-belge?), rien n'indique les raisons pour lesquelles l'une ou l'autre de ces entités abandonneraient les positions acquises en Belgique (même une Belgique réduite à rien), pour devoir devenir française, hollandaise ou Dieu sait quoi? A vue humaine, aucune nécessité ne le commande. Le Président du Parlement wallon soulignait d'ailleurs fortement dans le même journal que la crise au niveau fédéral n'est que peu perçue dans la vie quotidienne parce que vers le "haut" les choses sont déjà gérées par l'Europe (la monnaie par exemple), et vers le "bas" elles le sont par les Régions ou Communautés (l'économie, l'enseignement, les routes, les pouvoirs locaux etc.)." (fin de citation)

 

 

ET POUR LES FINES BOUCHES

MILOU RIKIR

EX SECRETAIRE PARLEMENTAIRE RPW

FONDATEUR DU C.R.W.

HISTORIEN DOCUMENTALISTE

 

"Je suppose que l'on t'a déjà informé de la nouvelle du jour : un sondage selon lequel 48 % des Wallons se prononceraient dorénavant pour l'annexion si la Belgique crevait (enfin). Sondage diffusé par RTL mais dont je ne sais s'il a été dit sur cette chaîne qu'il a été effectué téléphoniquement (et cela vaut la peine de se renseigner sur la qualité de cette nouvelle sorte de "sondage", fruit – au départ –  de deux ou trois petites sociétés créées il y a moins de cinq ans et qui s'imposent désormais comme "la" référence en matière de bourrage de crânes) auprès d'un échantillon (je ne sais plus s'ils osent appeler cela "représentatif") de 1500 personnes dont... 1000 Français de France !  et 500 pelés Wallons !!! Autrement dit, avec les marges d'erreur habituelles, les inévitables pourcentages de "crânes bourrés", certes, mais néanmoins encore aptes à refuser de répondre et les autres magouillages divers (= il doit bien y avoir eu autour des – soyons très généreux – 300 réponses), ces fameux 48 % nous sont donc fournis par approximativement 150 imbéciles ou 150 annexionnistes militants triés sur le volet et la chaîne d'Albert Frère et de la bourgeoisie bruxello-frankeûpheûne nous prie de bien vouloir gober que c'est bien nous, toutes les Wallonnes et tous les Wallons, qui pensons comme cela.

 

Toute cette racaille est en train de nous vendre comme un plat de lentilles. C'est à en vomir de dégoût ! Réagissez !"

 

Voilà, donc comme nous invite cette dernière phrase, cette réaction pour les blogs du « réseau RPW », envoyée à la presse et à une série de webmaster de sites et blogs de notre connaissance. La nuit du 4 Aout 1789 est celle de l’abolition des privilège, notre devoir est quand à nous de vous informer objectivement, et donc de traiter les initiateurs de cette mascarade de menteurs, de manipulateurs et traîtes à la WALLONIE.

VIVE LA WALLONIE

VIVE LA REPUBLIQUE  WALLONNE

VIVE L’EUROPE DES PEUPLES ET DES CULTURES

Pierre DUTRON   Président du RPW

 

 

28.07.2008

LES CONTRADICTIONS CAPITALISTES

Feu vert du Congrès américain pour un vaste plan de sauvetage immobilier

Feu vert du Congrès américain pour   un vaste plan de sauvetage immobilier

 

AFP - Samedi 26 juillet, 18h40

« WASHINGTON (AFP) - Le Congrès américain a adopté samedi un vaste plan de sauvetage de l’immobilier, volant au secours à la fois des emprunteurs et des organismes de refinancement hypothécaires qui se sont retrouvés dans la tourmente ces dernières semaines.

Le texte, déjà adopté mercredi par la Chambre des représentants, a été approuvé au Sénat à 72 voix contre 13, par des élus réunis de façon relativement exceptionnelle un samedi.

Le plan de sauvetage, présenté par la presse américaine comme le plus ambitieux en une génération, doit désormais être transmis au président George W. Bush pour signature. Ce dernier, qui y était d’abord opposé, a indiqué qu’il y était désormais favorable et devrait rapidement signer le texte, selon son secrétaire au Trésor Henry Paulson.

Avant le vote, les sénateurs ont souligné que la loi, vitale pour colmater la crise immobilière, était le fruit d’une rare coopération entre les partis.

Provoqué par la plus grave crise de l’immobilier depuis la Grande Dépression de 1929, le plan a été conçu à la base pour aider les emprunteurs étranglés par leurs mensualités, en relevant notamment le plafond des prêts immobiliers qui peuvent obtenir une garantie publique.

Quelque 300 milliards de dollars d’emprunts immobiliers seront garantis par l’Etat et apporteront une bouffée d’air aux emprunteurs alors que les taux des emprunts fixes sur 30 ans sont à leurs niveaux les plus élevés en un an.

En outre 3,9 milliards de dollars seront accordés aux collectivités locales pour racheter et réhabiliter les logements saisis, un point auquel s’était opposé la Maison Blanche.

“C’est bien que le Congrès démocrate ait finalement agi”, a commenté un porte-parole de la Maison Blanche, Tony Fratto, soulignant qu’il était temps que cette loi soit adoptée.

 

Le plan vise à débloquer le grippage du secteur immobilier qui voit la demande diminuer, le nombre de ventes plonger et les prix décliner inexorablement. Selon les derniers chiffres du bureau de surveillance fédéral de l’immobilier américain (OFHEO) publiés mardi, les prix des logements ont baissé en mai de 4,8% sur un an.

Les saisies immobilières continuent de se multiplier: au 2e trimestre elles étaient en hausse de 14% par rapport au trimestre précédent et sur un an, elles ont bondi de 121%.

Au total 2,2 millions procédures de saisies ont été lancées en 2007, selon le cabinet RealtyTrac.

“Derrière chacun de ces chiffres, il y a une famille, une mère, un père, des enfants essayant de faire face au chômage et à la perte de leur maison”, a déclaré samedi le sénateur démocrate Chris Dodd.

Le texte prévoit aussi un volet sur Fannie Mae et Freddie Mac, les deux géants du refinancement hypothécaire qui ont frôlé l’implosion au début du mois. »

Voilà bien une jolie contradiction du néolibéralisme ; cette idéologie qui prétend tout privatiser, réduire le rôle des Etats au strict minimum.

Sauf que, quand tout va mal, quand leur sacro-saint pognon est en jeu, les mêmes changent d’avis, les mouches changent d’âne comme disent les copains du Midi !!

ON PRIVATISE LES PROFITS MAIS ON NATIONALISE LES PERTES !!! LE CONTRIBUABLE PAIERA.

 

VOUS VERREZ QU’EN FRANCE LES MÊMES CAUSES PRODUIRONT UN JOUR LES MÊMES EFFETS.

Cela vient de se faire pour un certain Tapie !

Guy Dutron

28 – 07 -2008

25.07.2008

LA VERITE EN FACE

UNE  PARTIE  DE PING  PONG  QUI  VAUT DE L’OR !!!

 

 

LE  16 JUILLET,  MILOU  RIKIR  REPOND   A  LA POSITION D’ECOLO

Objet : Bravo !


En très bref et en essayant de rester poli : arrêtez votre cinéma et sortez de vos bureaux bruxellois. Prenez enfin le pouls de vos Peuples !
Le cinéma belge est terminé. Cessez de vous prendre pour les derniers Belges et constatez ce que de plus en plus de Wallonnes et de Wallons sentent bien : le cadavre belge est puant et sa seule place est désormais au cimetière. Requiescat in pace (ceci dit pour tous les ex-PSC qui peuplent désormais vos assemblées)

-- Envoi via le site ECOLO

 

LE  24  JUILLET  IL  RECOIT  CETTE  REPONSE !!!

 

Monsieur Rikir,



Votre courriel du 16 juillet dernier relatif à la crise politique que connaît notre pays nous est bien parvenu et a retenu toute notre attention.



De façon plus générale, Ecolo et Groen! poursuivent leur collaboration constructive au sein de l’opposition afin de définir un nouvel équilibre institutionnel et de moderniser la Belgique fédérale. Cette collaboration ne date pas d’hier. En effet, bien avant les élections de juin dernier, Ecolo et Groen! s’étaient déjà rejoints pour lancer ensemble un appel à une Union nationale pour le Climat, convaincus que l’urgence se situe ailleurs que dans des querelles communautaires stériles.

Ainsi Ecolo et Groen! occupent une position particulière dans le paysage politique actuel et constituent les 2 seules formations politiques du Nord et du Sud à collaborer. Cette collaboration nous permet d’avancer sur les sujets pour lesquels nous sommes en phase (le réchauffement climatique) et de nous donner la chance de nous comprendre sur les sujets qui a priori nous séparent, comme la scission de BHV. Le résultat est qu’on nous progressons ensemble : Groen! soutient une circonscription fédérale pour notre pays, par exemple.



Ce n’est pas la position la plus confortable puisqu’elle nous amène à nous rapprocher alors que nos contextes politiques respectifs sont de plus en plus différents, mais nous y sommes attachés.

Pour toute information complémentaire, je vous invite à visiter régulièrement notre site internet www.ecolo.be où vous trouverez nos derniers communiqués
http://web4.ecolo.be/spip.php?article845 ou à consulter notre programme http://web4.ecolo.be/spip.php?rubrique70.

Je vous prie de recevoir, Monsieur Rikir, l’expression de mes sentiments les meilleurs.


Laurent COLLET
Attaché au Secrétariat fédéral d’Ecolo

ET  LE  MÊME  JOUR  IL  LEUR  REPOND  CELA

 

Cher concitoyen,

 

(Puisque vous fûtes conseiller communal en notre ville, ndlr ils sont tous les deux de la ville de HUY).

 

Je ne pouvais m'attendre, cela va de soi, à une réponse moins langue de bois et style "refrain déjà entendu" de la part d'un représentant de la direction d'Ecolo, parti fondé notamment par des dissidents de l'ancien Rassemblement Wallon mais qui, manifestement, a bien oublié ses origines.

 

Mutatis mutandis, le langage qui est le vôtre est parfaitement le même que celui des libéraux (frankeûpheûnes, s'entend) depuis qu'ils sont tombés en Golie thatchérienne : tout est toujours plus important que les "querelles communautaires stériles", pour vous citer. En plus de vingt-cinq années de politique libérale pratiquée par tous les gouvernements de ce pays depuis l'entrée du PRL au gouvernement en 1981, c'est effectivement ce que les Wallonnes et les Wallons sont obligés d'entendre et de ré-entendre. L'économie, le social (et maintenant, avec vous, l'écologie) sont bien plus importants que n'importe quelle question faussement appelée "communautaire". Au nom de ces beaux principes, des tonnes de législation, de réglementations et de jurisprudence se sont abattus sur les Peuples de ce royaume (remarquez que je n'écris certes pas "pays", comme vous le faites, la Belgique n'étant qu'un État) et, une simple analyse des faits oblige à constater que leur poids s'est tout particulièrement fait sentir en Wallonie, pour des raisons historiques et économiques évidentes. Le résultat très concret de toutes ces politiques, c'est que, dans ce royaume, une région – la Flandre – si certes elle subit aussi le poids de tout cela, mais partant d'une situation autrement privilégiée – a plus que la possibilité demain, si l'envie l'en prend, de partir sur de bonnes bases. À l'opposé, les deux autres auront d'autant plus de mal qu'au cours de ces plus de vingt-cinq ans, les diverses "compromissions historiques" dont ce royaume a la malheureuse habitude, faites systématiquement aux conditions du plus fort, rien ne leur aura été épargné. Voyez (votre ancienne ministre des communications devrait en savoir quelque chose, mais hors Schaerbeek et sa région bruxelloise, que connaît-elle à la Wallonie ?) comment la Flandre est quasiment parvenue à désertifier la Wallonie en matière de transports publics restés fédéraux (SNCB, que l'on ferait mieux de tout simplement appeler NMBS). Quand la Flandre obtiendra sa scission (elle le réclame depuis un certain temps et, sauf à faire l'autruche, l'on sait que ce qu'elle réclame, elle finit toujours par l'obtenir dans le cadre d'un accord de la St-Machin), ce le sera à ses conditions et après avoir tout fait pour que la situation du rail en Flandre soit le plus favorable possible par rapport à ce qu'elle sera en Wallonie et à Bruxelles. Combien de gares, d'arrêts, voire de lignes supprimés encore vous faudra-t-il avant de comprendre ?

 

Et ce qui est valable pour la SNCB l'est tout autant pour quantité d'autres questions bien pratiques (pas des "querelles communautaires stériles") qui font tout simplement la vie quotidienne des gens de NOTRE pays, la Wallonie. Toutes ces questions, c'est de l'argent, ce sont des emplois, ce sont des gens, ce sont des vies. Alors, je vous en prie, cessez ce discours benêt, style "loyauté fédérale" tout juste bon à endormir notre Peuple. C'est bien de son sort très concret qu'il est question, au delà du cirque médiatique "communautaire".

 

En quoi la Belgique constitue-t-elle encore un "plus", comme nous le matraquent certains "frankeûpheûnes" ? La seule solution de courage et d'avenir, c'est de s'assumer. Cela veut dire qu'aux partenaires flamands, il faut dire "top là" et organiser, dans des délais brefs, une prise d'indépendance réciproque. Que chacun se gouverne chez soi, au sein de l'Union européenne, et il ne sera plus question de gémir à longueur d'années, que si cela va mal, c'est la faute à l'autre. Les dirigeants de la Flandre n'auront plus l'excuse de proclamer à leur Peuple que tout va mal à cause des Wallons ; ceux de la Wallonie n'auront plus l'occasion d'attribuer tous leurs râtés à la mauvaise volonté flamande. Voilà la solution du courage politique. Même forcés comme ils le furent par l'arrogance tchèque, nos soeurs et frères de Slovaquie ont relevé ce genre dé défi. Ce ne fut pas aisé, ce ne l'est toujours pas. Il y a eu bien des erreurs, voire des dévoiements commis dans ce pays depuis 1993. Mais toujours est-il que ce petit pays, en beaucoup de points comparables à la Wallonie, va entrer le 1er janvier prochain dans la zone Euro. Beaucoup – avec les mêmes mots que nous entendons ici dans la bouche de nos "frankeûpheûnes", dont Ecolo paraît être malheureusement un très brillant exemple – promettaient à ce petit pays du sang, des larmes et, au final, la banqueroute.

 

Jouer la peur est la plus scandaleuse des politiques. Elle est le fait ou des opportunistes les plus plats ou des peureux les plus abjects. Je laisse à votre parti le choix de la catégorie dans laquelle il se place. Mais vous êtes sans aucun doute actuellement parmi les pires ennemis du Peuple que vous prétendez représenter. Vous me voyez d'autant plus désolé de vous le dire que, historiquement, j'aurais tout pour me sentir proche de vous. Ancien co-fondateur du groupement régional antinucléaire Huy-Tihange, j'ai milité longtemps et suis resté ami de gens qui sont ou ont été chez vous. Je ne citerai que Gérard André (Huy) ou Gabriel Liégeois (Ouffet). J'ai même – aux communales et aux provinciales – voté au moins une fois pour votre parti (devant le désert ou l'abject représentés par les partis traditionnels du coin). Mais vraiment, toute votre tactique actuelle est – veuillez m'excuser le terme – à vomir.

 

Je vous prie d'agréer, Cher Concitoyen, mes salutations wallonnes et républicaines les plus urbaines,

 

Milou (Émile) Rikir

Ancien Secrétaire parlementaire  R.P.W.

************************************************************

"Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie,

Beaucoup d'internationalisme y ramène.

Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale,

Beaucoup de patriotisme y ramène"

 Jean JAURÈS

Vive la Wallonie, libre, indépendante et républicaine !

 

 

Merci, mon cher Milou, heureusement que nous avons çà et là des militants, que dis-je, des citoyens lucides et intransigeants quand il s’agit de nos valeurs fondamentales.

Merci pour cette bouffée de fraîcheur qui fait du bien quand on la lit et qui réjouit quand on imagine la tête des destinataires.

Tes écrits, tes pensées dans notre période agitée  seront toujours les bienvenus sur notre « réseau RPW » et j’incite les autres blogs à ajouter ce qui précède  à leur production propre.

Salut et fraternité.

Pierre DUTRON   RPW

 

21.07.2008

UN "RESEAU RPW" SUR LA TOILE

UNE SERIE DE BLOGS SE REJOIGNENT

ET FORMENT SUR INTERNET:

UN RESEAU R.P.W.

 

A partir de ce jour, les blogs suivants:

http://rpwthuin.skynetblogs.be   (arrondissement de thuin et secrétariat national)

http://larepubliquewallonne.vip-blog.com    (animée par un collectif de toute la wallonie)

http://wallonie.vip-blog.com        (de notre haynaut occidental)

http://deniselegros.skynetblogs.be     (province de liège, arrondissement de huy-waremme)

http://pierredutron.skynetblogs.be    (blog personnel du président, souvent politique)

 

 

Ces blogs qui unissent leurs efforts s'échangeront dans la fraternité et la joie d'un combat militant commun, sans contraintes, des articles et des informations, des photos et se feront des commentaires à volonté, de façon a rendre  leur contenu mutuel toujours plus vivant, toujours plus performants dans la poursuite du combat wallon pour l'indépendance de la Wallonie, et la création d'une république Wallonne.

L'adhésion au RPW des animateurs de ces blogs n'est même pas requise, ils sont libres d'en être ou non, libérés de leurs engagements stériles,  il est de toute façon plus important qu'ils portent haut et fort les revendications et positions du RPW, que de perdre du temps à des réunions  qui débouchent sur des résultats électoraux de l'ordre de 0,50% comme ce fut le cas en 2007 !!!

Le RPW, parti de la vrai liberté, individuelle et non économique, n'exige même pas que ses communiqués soient tous publiés "obligatoirement", il demande avec insistance aux membres du  "réseau RPW" de les publier, sans que cela ne trouble leur propre fonctionnement.

Portes et fenêtres ouvertes que souffle un vent de fraîcheur:

- pour une république Wallonne;

- pour une Europe fédérale des régions d'Europe souveraines;

- pour une société altermondialiste;

- pour une société de la décroissance industrielle face aux agressions environnementales;

- pour une société anticapitaliste internationaliste;

Le RPW est plus que jamais un "parti/groupe de pression" qui de par ses structures de communication, touche dès maintenant, et va toucher dès demain des centaines de personnes par jour, il faudra donc bientôt compter sur et avec lui, lorsqu'il sera question de l'avenir de la Wallonie, des Wallonnes et des Wallons.

 

Thuin le 21 juillet 2008.

 

Christelle ADANT Présidente de l'arrondissement de thuin, membre du secrétariat national.

 

Pierre DUTRON   Président du secrétariat national.

 

"Un peu d'internationalisme éloigne de la Patrie,

Beaucoup d'internationalisme y ramène.

Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale,

Beaucoup de patriotisme y ramène"      Jean JAURÈS    

 

 

10.07.2008

DE LALOUVESC AU MAI

Pendant la fin de semaine prolongée du 01 mai


un "mouvement altermondialiste internationaliste ", nouveau mouvement politique est né

à Séné dans le Morbihan.

 

 

Il s’agit d’un mouvement pour la convergence des alternatives à la globalisation et pour la sortie du productivisme qui a été baptisé MAI.

Nos statuts (bientôt déposés dans l’Hérault), nous ont permis de choisir un collège d’animation composé de 9 personnes et 3 "veilleurs" sur le principe mixte du tirage au sort et du vote.

 

Cette création est l’aboutissement de nombreuses rencontres entre des citoyens dont la plupart ont participé ou soutenu, pendant la campagne présidentielle, la candidature de J Bové. Après le grand rassemblement du Larzac, le NON au TCE et les dernières compagnes électorales, nous savions qu’il fallait exister et construire à long terme dans le champ politique.

L’enthousiasme des idées et les multiples rencontres faites pendant les meetings et les distributions de tracts nous ont décidé à créer un mouvement politique composé de sans-étiquettes, d’alters, d’écolos, de décroissants et peut-être d’autres qui voudront venir.

 

Nous aimerions d’ailleurs que la classification alters soit agréée au ministère de l’intérieur pour ne pas disparaître sous l’appellation "divers gauche" ni extrême-gauche comme lors des municipales 2008.

Notre mouvement est à la fois un mouvement d’élaboration d’idées, d’actions, de combats et de participation électorale. Il n’est donc pas figé, de nombreux débats s’y déroulent. Vous ne verrez pas de noms connus du public parmi nous car nous ne construisons pas par le haut mais par le bas.

Notre manifeste de La Louvesc (27-28 Octobre 2007) décrit, dans un langage simple, l’ambition qui nous anime.

 

Notre état d’esprit peut nous faire revendiquer la signification chinoise de la sonorité du mot Mai, la voie. Mai c’est aussi "fais ce qu’il te plaît"," matières à inventer", "mouvement altermondialiste iconoclaste", etc. L’essentiel étant de décoloniser l’imaginaire et de sortir des modes de pensée dominants.

 
  • Remettre l’économie au service de l’homme,
  • stimuler la réappropriation par tous du champ politique,
  • contribuer à la mise en œuvre d’alternatives concrètes,
  • impulser, soutenir et favoriser la convergence des luttes sociales et écologiques,
voici l’esquisse du projet politique que nous voulons construire avec tous ceux qui pensent que des alternatives existent maintenant, ailleurs, ici, autrement afin que demain soit encore riche de sens.

Le MAI est en cours de constitution : suite au dépôt des statuts, un site web va bientôt être mis en ligne.

 

contact : collegemai@googlegroups.com

 

Contact Hérault : alter.34@free.fr

 

Contact Roumanie : colau3571833@hotmail.com

MANIFESTE DE BASE DE LA FORMATION DU MAI

MANIFESTE  DE LA  LOUVESC   

 

 

Manifeste rédigé collectivement à l’occasion des rencontres de Lalouvesc (07) du 27 au 29 octobre 2007.

  

2% des personnes possèdent 50% des richesses mondiales !

 

Il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini !

 

La croissance n’est pas la solution mais bien le problème.

 

Nous détruisons notre milieu naturel, les liens sociaux et les valeurs humaines. Le système dominant, mondialisé, profondément inégalitaire et destructeur qui nous entraîne n’est pas le seul possible et imaginable.

 

Nous avons plus de pouvoir d’action que nous ne le croyons. Sortons de la tristesse de l’impuissance !

 

Quelle est notre situation actuelle ?

 

La majorité de la population mondiale est aujourd’hui poussée à vivre en ville. Beaucoup d’entre nous croient ne plus avoir d’autres choix ni les moyens d’éviter les circuits de grande distribution pour subvenir aux besoins de leur famille.

 

Manger des produits qui ont déjà fait plusieurs fois le tour du monde entretient le système de domination alimentaire, social, technique et écologique, alors que 80% de la population mondiale rurale est en situation de disette chronique.

 

Notre vie quotidienne n’est-elle pas colonisée par de pseudo-produits censés satisfaire de faux besoins et apaiser nos angoisses ?

 

La société de consommation nous inculque quotidiennement l’acte d’achat comme équivalent du bonheur.

 

L’acceptation de l’ordre établi, la résignation pour ramasser quelques miettes ne sont pas une fatalité.

 

Nous sommes capables d’imaginer un monde solidaire, de partage dans un environnement sain, fondé sur le bien-être et la dignité de chaque individu.

 

La société dans laquelle nous vivons est présentée comme seule alternative par un petit nombre de personnes qui dirigent le monde et orientent nos choix aux bénéfices exclusifs de leurs propres privilèges. Ils utilisent pour cela les grands médias, presse, télévision, instituts de sondage, experts, réseaux de distribution et de répression dont ils sont les propriétaires.

 

A cette société dans laquelle la course aux profits monétaires détruit les grands équilibres écologiques et sociaux, nous répondons : « Assez de surexploitation ! » et « partage concerté des biens communs ! ».

 

A cette société qui développe des politiques chaque jour plus répressives et sécuritaires, nous répondons « Liberté ! ».

 

Libertés de penser, de s’exprimer, d’agir et de se déplacer, égalité de droits pour toutes et tous, solidarité, justice et fraternité.

 

A une société qui éloigne chaque jour davantage la population des centres de décision , nous répondons : débats citoyens et référendum d’initiative populaire, prises de décisions avec les budgets correspondants, à l’échelle locale adéquate ( quartiers, communes, agglomérations, régions...), contrôle des élus et mise en place de réels contre-pouvoirs.

 

Tout ceci est réalisable si chacun prend en main sa propre vie.

 
  • Aux structures politiques dirigées par des élites professionnalisées, nous opposons une réelle démocratie, une structure non hiérarchisée où les élus seront contrôlés et révocables, où les mandats seront courts, non renouvelables et non cumulables.
 
  • A un monde où seul le travail aliéné est rémunéré, nous opposons un revenu garanti pour tous, la sortie du tout monétaire, la sortie du productivisme, travailler moins pour vivre mieux.
 
  • Au modèle économique actuel qui soumet les peuples et la planète à sa loi, celle des profits monétaires, nous combattons pour les solidarités sociales, internationales et les équilibres écologiques.
 
  • A un monde soumis aux technologies agressives : nucléaire, OGM, pesticides, nanotechnologies..., nous opposons le principe de précaution.
 
  • Aux guerres pour l’appropriation des richesses, nous opposons partage, paix et respect des peuples.
 

D’autres sociétés sont possibles. Nous avons l’ambition de les mettre en œuvre.

 

Nous nous engageons dans un mouvement de rupture dans lequel nous sommes souverains pour construire une société digne de l’humanité. Nous ne partons pas de rien. Des expériences du bien vivre ensemble existent déjà à travers le monde, et ça marche ! De multiples chantiers sont encore à inventer, expérimenter, approfondir.

 

Nous créons un mouvement qui ne sera pas comme les partis.

 

Un mouvement capable de s’appliquer à lui-même le processus démocratique qu’il suggère pour la Cité. Un mouvement qui tiendrait plus au contrôle de tous les pouvoirs (y compris le sien) qu’à son propre pouvoir.

 

Nous, citoyens réunis à Lalouvesc les 27 et 28 octobre 2007, lançons cet appel, cette aventure que nous voulons vivante, riche de nos différences, porteuse d’avenir pour nous et nos enfants.

 

Nous vous invitons à la partager !

 

Au grand soir, nous préférons pleins de petits matins. Notre force sera notre nombre et notre diversité.

 

Des citoyens du monde

 

07.04.2008

ON VA MARCHER A LA BAGUETTE

On vous  a  suffisamment cassé les pieds avec la Chine et les "pays émergents"dans la logique de nos travaux économiques du FGC. Nous vous alertons depuis 2 ans.

Ben voilà, c'est fait, ça "sort" enfin. Mais une grande partie du mal est fait .........hélas , y compris la crise financière actuelle que les plus pauvres vont payer cher.

  La Chine à l’assaut de l’Afrique

 

 

                par Eric Laurent http://www.bakchich.info/article3165.html 

 

 

Des investissements supérieurs aux sommes injectées par la Banque Mondiale, 800 000 Chinois installés sur place… L’Afrique est en passe d’être dévorée toute crue par l’Empire du milieu.

 

 

 

La croissance et même la survie économique de la Chine dépendent, paradoxalement et pour une part croissante, du continent le moins développé, l’Afrique. Pékin absorbe désormais 25 % de tout le cuivre consommé à travers le monde, 40 % du charbon, 35 % de l’acier, 10 % du pétrole et sa demande ne cesse de croître, et 90 % de tout l’aluminium. Une économie dévoreuse d’énergie, boulimique en matières premières qui s’est tout naturellement tournée vers la région qui en est le mieux pourvu.  

Les Chinois ont lancé une véritable OPA sur l’Afrique en profitant à la fois de la perte d’influence occidentale, notamment française en Afrique de l’Ouest, et de la crise que traversent les institutions chargées de l’aide au développement : en 2007 Pékin a investi plus de 9 milliards de dollars en Afrique alors que la Banque Mondiale s’est révélée incapable d’y injecter plus de 2,5 milliards de dollars. L’organisation internationale basée à Washington tente désormais de convaincre la Chine de devenir son partenaire pour le financement des projets africains.  

 Plus de 800 000 Chinois travaillent déjà sur ce continent pour plus de 900 entreprises de toutes tailles. Ils extraient le cuivre et le cobalt en Zambie et au Congo, le platine et le chrome au Zimbabwe ; ils achètent d’énormes quantités de bois au Gabon, au Cameroun, au Mozambique, en Guinée équatoriale et au Libéria, ainsi que l’acier, l’or, le charbon, le nickel dans tous les pays de cette zone qui en détiennent ou en produisent. L’Angola fournit la moitié du pétrole importé d’Afrique par Pékin.

 

 

En janvier 2005 le gouvernement de Luanda a bénéficié d’un prêt chinois de 2 milliards de dollars gagés sur le pétrole, qui a augmenté d’un milliard de dollars l’année suivante. Officiellement pour réparer les infrastructures déficientes.

Les Chinois détournent le regard  

 

 

 

En réalité, la Chine sait qu’elle traite avec des régimes totalement corrompus qui détournent à leur profit une partie de ces sommes. En juillet 2005, la Chine et le Nigeria, autre exemple de corruption à tous les niveaux, ont signé un accord de 800 millions de dollars qui prévoit la livraison de 30 000 barils de pétrole quotidien à la Chine ; le régime nigérian a aussi octroyé à la Chine des licences de forage en échange de 4 milliards de dollars.

Pour les nombreux dictateurs qui peuplent cette région, Pékin constitue une manne et une bénédiction : le régime chinois offre une alternative au tête à tête de plus en plus pesant et tendu avec les occidentaux, ne manifeste aucune exigence en matière de démocratie ou de bonne gouvernance, et enfin, propose gratuitement des services que ces régimes ont toujours été incapables d’offrir à leur population. Plus de 15 000 médecins chinois ont ouvert des dispensaires dans 47 États africains.

La Chine : un généreux investisseur  

 

 

Désormais, l’Afrique fournit 1/3 du pétrole importé par Pékin. Ce qui explique qu’en 2006-2007, le Président chinois Hu Jin Tao ait visité 17 pays du continent. En 2005, le flux commercial entre la Chine et l’Afrique s’élevait à 40 milliards de dollars, il dépassera les 100 milliards de dollars avant 2010. Les réserves financières de la Chine dépassent 1 500 milliards de dollars et Pékin joue de cette puissance financière pour séduire, contrôler.

En juin 2006, le Sénégal a ainsi bénéficié d’un allègement de sa dette, qui atteignait alors 20 millions de dollars.  Par ailleurs, la Chine s’est engagée à investir 35 millions de dollars dans le dernier délire pharaonique du Président Wade, la construction du plus grand théâtre d’Afrique de l’Ouest. Aussi mauvais gestionnaire que grand mégalomane, le dirigeant sénégalais se montre très satisfait de la réactivité chinoise : « un contrat », confie-t-il, « qui était discuté et négocié pendant cinq ans avec la Banque Mondiale, est conclu en 3 mois avec les Chinois ».   Il est vrai que pour Pékin, le temps presse. Et l’ampleur des investissements est à la mesure de cette urgence. 15 milliards de dollars ont été investis au Soudan depuis 1996, essentiellement dans le pétrole, et 500 000 barils par jour sont extraits, en grande partie par la CNPC (China National Petroleum Corporation), autorisée à extraire directement les gisements. Pékin finance et arme également les rebelles tchadiens avec, comme objectif, le contrôle des zones pétrolifères du pays.

Vive les matières premières !    Étendre la présence chinoise en République du Congo est devenu une autre priorité.

Le plus grand pays d’Afrique est aussi l’un des plus pauvres au monde, avec un revenu annuel par habitant de 714 dollars. C’est également potentiellement le plus riche : son sous-sol recèle les plus importantes réserves mondiales de cobalt et de tantalum, un métal rare, et d’énormes gisement de cuivre, d’or, de diamants, de manganèse, d’uranium et de zinc. Un accord signé en septembre 2007 prévoit que la Chine injectera 6,5 milliards de dollars dans la construction ou l’amélioration des infrastructures du pays, ainsi que 2 milliards de dollars supplémentaires pour ouvrir ou moderniser de nouvelles mines.  

Dans ce pays, les Chinois concurrencent directement les grands groupes miniers occidentaux mais disposent d’un atout de poids : leurs firmes sont des entreprises publiques capables de surenchérir inlassablement pour s’adjuger les concessions. Un seul exemple : en 2006 Sinopec, l’une des 3 compagnies pétrolières chinoises, a accepté de payer 2 milliards de dollars pour exploiter le pétrole sur trois lots situés dans les eaux territoriales angolaises.  

Cette stratégie rassure Pékin, quant à la stabilité de ses approvisionnements, et encourage les comportements les plus obscènes de certains dirigeants africains : depuis que du pétrole a été découvert dans la minuscule Guinée équatoriale, une ancienne colonie espagnole, la famille au pouvoir est courtisée par la Chine et les occidentaux.

Malgré les gisements découverts, le niveau de vie de la population, déjà misérable, a encore chuté et le fils aîné du Président, et son successeur désigné, a pour principal préoccupation de négocier le rachat du yacht de Paul Allen, le co-fondateur de Microsoft. 

13.03.2008

VOILA QUE CELA SE PRECISE C'EST LE GRAND DEPART

porte Maramures

biserica de lemnHorinca, horinca
FIN

DE CE

MOIS

LASSE D'UN PAYS SURTAXE

ATTIRE PAR UNE VIE "A L'ANCIENNE" FAITE DE PRODUITS NATURELS OU LA CONSOMMATION "DU PRODUCTEUR AU CONSOMMATEUR" EST  ENCORE POSSIBLE...

JE M'INSTALLE

DANS CETTE BELLE PROVINCE DE MARAMURES!

APRES  TRAVAUX DANS NOTRE PETIT APPARTEMENT

DES CET ETE

VOUS  ETES TOUTES ET TOUS LES BIENVENUS CHEZ  NOUS

LE GITE  ET LE COUVERT SERONT A LA DISPOSITION DES AMIS DE PASSAGE...

SUR DEMANDE, JE PUIS MEME ASSURER L'ACCOMPAGNEMENT DANS CETTE REGION SUPERBE A HAUTE VALEUR AJOUTEE SUR LE PLAN TOURISTIQUE, ETHNOLOGIQUE ET ANTHROPOLOGIQUE!!!

BIN A VENIT LA NOÏ

PIERRE  &   ALINA

STRADA 22 Décembrie  4/3

CAVNIC

MARAMURES

ROMANIA

(portable) 00.40.(0)745.43.31.79

19.02.2008

49 ANS DE POUVOIR SANS PARTAGE , MALADE IL QUITTE LE POUVOIR

616D589CBB16E854334819664B87[1]

Fidel Castro renonce à la présidence de Cuba

  

Fidel Castro, 81 ans, a annoncé mardi qu'il renonçait à la présidence de Cuba, après près d'un demi-siècle à la tête du pays, dans l'édition électronique de Granma, organe officiel du régime.

 "Je n'aspirerai ni n'accepterai -- je répète-- je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de Président du Conseil d'Etat et de Commandant en chef", écrit dans Granma le président cubain, éloigné du pouvoir depuis bientôt 19 mois par la maladie. "Le moment est venu de postuler et d'élire le Conseil d'Etat, son Président, vice-Président", indique encore le leader cubain en s'adressant à ses "chers compatriotes", à propos d'élections prévues la semaine prochaine. Le parlement de Cuba récemment élu se réunira le 24 février pour désigner les membres du Conseil d'Etat, la plus haute instance du pouvoir exécutif du régime communiste cubain, ainsi que son président -- le chef d'Etat -- et le ou les vice-présidents. (GFR) 

16.02.2008

 

dyn002_small150_150_150_jpeg_58196_6569194bea1901c1cf49929179a1ceb9[1]dyn007_small150_450_354_jpeg_2533069_40100ed9991d91f02ac57c0a2997a804[1]

 agirdelavoix

gaucheuropéenemai2008

« A l’attention de celles et ceux qui pensent que le clivage gauche-droite est dépassé. A l’attention des modérés, des centristes dissimulés et des progressistes autoproclamés. A l’attention de ceux qui se réclament de la gauche sans jamais dans leur actes ni dans la politique qu’ils mènent justifier cette qualité. A l’attention de Ségolène et de Nicolas, de Joëlle et de Jean-Michel, d’Elio et de Johan. Voici quelques lignes pour dire qu’être de gauche au XXIe siècle, dans son idéologie comme dans sa pratique, cela a du sens, que cela est moderne et que surtout cela est vital. »

 

Une tendance lourde

 

Un peu partout fleurissent les discours déclarant que le clivage gauche-droite est dépassé.

 

Il est des écologistes pour penser que la dimension environnementale de l’alternative transcende ce clivage, des sociaux démocrates tellement rôdés à appliquer des politiques néolibérales qu’ils en viennent à parler de troisième voie. Ce discours est pour eux l’occasion de ne pas nommer une conversion aux logiques droitières.

 

Ce discours est tenu également par des gens de droite (voir de l’extrême droite) qui sèment le trouble comme Jean-Marie Le Pen citant Gramsci ou Nicolas Sarkozy invoquant des penseurs de gauche ou faisant lire le militant communiste Guy Môquet. La vérité est qu’ils exhument de façon sélective des bribes dénaturées de leur pensée. Mais leur objectif -brouiller les pistes- fonctionne plutôt bien.

 

La tristement immuable raison d’être de la gauche, ou quand le pessimisme de la raison rencontre l’optimisme de la volonté…

 

Les mots ont sans doute vieilli et la terminologie a été souvent dénaturée, pourtant, même au cœur de nos riches sociétés, il y a encore et toujours des inégalités, des exploiteurs et des exploités. La lutte des classes existe, même si les formes de la lutte et les caractéristiques des classes ont changé. C’est une réalité immuable, jamais dépassée jusqu’ici, qui donne sens à la notion de gauche et justifie à elle seule son combat.

 

Ce clivage à l’intérieur de chaque société, existe également entre les pays riches et ceux qui le sont moins ou pas. Il convient dès lors de refuser les nationalismes, d’être internationaliste et de cultiver, ici et partout, la fraternité. Comme l’écrit Raoul Marc Jennar, «  Jamais plus qu’aujourd’hui n’a été pertinent l’appel aux prolétaires de tous les pays à s’unir, même si la définition du prolétariat a quelque peu changé. ». C’est pourquoi il demeure essentiel de ressentir qu’aujourd’hui encore, ceux qui ne possèdent que leur force de travail, physique et/ou intellectuelle, n’ont d’autre patrie que leur propre condition.

 

Concrètement au XXIe siècle, être de gauche c’est …

 

Etre de gauche recoupe une palette de positionnements en vue de contrer les inégalités et de protéger celles et ceux que le système exploite, exclut et précarise. On peut dire d’une politique qu’elle est de gauche lorsqu’elle œuvre concrètement à diminuer l’écart entre les plus pauvres et les plus riches ce qui nécessite une opposition franche à la logique de l’économie de marché libre et non faussée.

 

Etre de gauche c’est viser d’abord à la disparition des inégalités sociales qui explosent aujourd’hui entre sociétés et dans les sociétés. Il ne s’agit pas d’imposer une égalité « uniformisante », de nier les spécificités ou l’aspiration à des particularismes – qui peuvent nourrir l’individu et enrichir la société - mais bien de mettre fin à l’inégalité d’accès à toute une série de biens essentiels à la survie, au bien-être et à l’épanouissement (logement, soins, nourriture, culture, loisirs,…). «  de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins », selon la célèbre formule des révolutionnaires du XIXème siècle, popularisée par K. Marx . Concrètement, être de gauche, c’est dès lors abroger fermement les lois iniques récemment imposées un peu partout à travers la planète et qui approfondissent les inégalités sociales. Elles concernent notamment le droit du travail et les retraites, la fiscalité, les politiques migratoires ou encore l’accès aux soins de santé.

 

Etre de gauche , c’est vouloir au minimum rééquilibrer la distribution des richesses entre le capital et le travail. En Belgique comme dans de nombreux pays, la part du capital, par rapport à celle des salaires, ne cesse de croitre dans le PIB sans qu’aucun gouvernement étiqueté « à gauche » ou « centre-gauche » ne stoppe cette logique. Dans le même temps, les politiques menées font baisser la part du capital dans les recettes de l’Etat.

 

Etre de gauche , c’est toujours privilégier l’intérêt collectif à l’intérêt particulier et en cela c’est définitivement reconnaître le nécessaire rôle de l’Etat ou d’une forme d’organisation collective à grande échelle, garant des droits et libertés, redistributeur, régulateur et planificateur essentiel au bénéfice de l’intérêt collectif face à la puissance économique. Via l’Etat, il s’agit dès lors soit de réguler le marché (actuellement outil de la logique capitaliste), soit de le circonscrire et de l’exclure de certains secteurs économiques (eau, énergie, transport,…), soit encore de purement et simplement viser à sa disparition. Par Etat, nous entendons ici un outil au service des décisions collectives avec des fonctions administratives, économiques, législatives et exécutives et non l’Etat en tant que force armée servant à la défense de privilèges et à la restriction de la sphère démocratique. Tout en maintenant une volonté d’équité sociale et écologique globale, cette logique inclut également la possibilité – et même la nécessité - d’initiatives locales, d’une grande décentralisation dans le fonctionnement et la gestion des outils publics, d’une autogestion des processus de production, et ce en vue de répondre au plus près aux besoins et réalités.

 

Etre de gauche , c’est ne pas marchander la solidarité au prix d’une liberté sans limite. Cela signifie-t-il que l’on veut brider la liberté individuelle ? Au contraire. Il s’agit toutefois de constater que la liberté individuelle pour s’épanouir et se généraliser réclame un contexte dans lequel la solidarité et l’intérêt collectif ne sont pas mis en péril. C’est pourquoi il faut d’abord s’assurer que les choix puissent se prendre après un juste débat d’idées, entre tous les citoyens et dans le cadre d’un objectif de solidarité, ce qui est aujourd’hui un leurre absolu. Il est clair, pour expliquer cela de façon imagée, que les renards et leurs amis qui se présentent aujourd’hui en défenseurs de la liberté nous prennent à vrai dire pour de la volaille écervelée car ils savent pertinemment que, vu le rapport de force actuel, nous ne sommes, le plus souvent, pas en mesure d’exercer celle-ci. Ils sèment également le doute car la liberté qu’ils réclament est avant tout celle du pouvoir économique vis-à-vis d’une tutelle démocratique et non celle des citoyens. D’ailleurs, la plupart des gouvernants « libéraux » - mais aussi sociaux-démocrates - attaquent parallèlement certaines libertés collectives (droit de grève, droit à la lutte sociale, droit des migrants,…). Un arsenal de lois liberticides est mis en place.

 

Etre de gauche , c’est étendre aussi aux générations futures la notion de solidarité. En cela, c’est se déclarer fondamentalement opposé à la logique productiviste actuelle qui menace lourdement les générations à venir en épuisant les ressources et en polluant la biosphère. Il faut stopper la prépondérance de la logique économique sur les considérations sociales et environnementales.

 

Etre de gauche , c’est prôner un Etat laïc et républicain par opposition à toute réflexion corporatiste privilégiant les droits associés à l’identification et à la classification des individus par leur appartenance. Il est ahurissant de voir des personnes se réclamant de la gauche défendre le régime archaïque de privilèges basé sur le sang que constitue la monarchie. La monarchie est une injure à la démocratie et à la modernité.

 

Etre de gauche , c’est revendiquer l’absolue égalité de droit entre les humains quelles que soient leurs origines, leurs appartenances sexuelles, leurs croyances et leurs coutumes, dans les limites de la loi républicaine et laïque. C’est ne pas revendiquer un mode de vie plutôt qu’un autre, c’est accepter et proclamer l’égalité de droit sans tenir compte des différences apparentes. Le nationalisme s’est aujourd’hui immiscé au cœur même de la social-démocratie. Il en va de même d’une certaine forme de racisme bon-teint.

 

Etre de gauche , c’est lutter contre l’uniformisation des médias instaurée par des intérêts privés brisant le débat démocratique et aboutissant à une manipulation destinée au pouvoir de quelques uns. C’est promouvoir les médias publics pluralistes et en exclure la publicité. C’est proposer une protection plus grande et spécifique des journalistes les rendant idéologiquement indépendant vis-à-vis des propriétaires des médias. L’actuelle concentration médiatique et la mainmise de grands patrons sur les médias constituent une grave menace pour la démocratie.

 

Etre de gauche c’est défendre un enseignement public de qualité, correctement financé et préservé de la sphère privée. C’est opter pour un enseignement qui forme des citoyens critiques et autonomes.

 

Etre de gauche , c’est privilégier le débat d’idées à la politique de l’image et aux coups de force médiatiques qui nivellent vers le bas et rendent la pratique politique lointaine et confuse, créant les conditions d’une démocratie privée de fond et mise en danger plutôt qu’une démarche d’élaboration collective et d’éducation permanente. Relayé par un clientélisme qui s’installe, le marketing politique prend aujourd’hui le pas sur tout débat d’idées ce qui ne peut que détruire à terme les aspirations de gauche.

 

Pour conclure

 

Comme souvent, il n’est pas inutile de replonger dans les classiques pour éclairer le présent. En 1848, Marx et Engels écrivaient ceci dans le Manifeste : «  la bourgeoisie (…) ne laisse subsister d’autre lien, entre l’homme et l’homme que le froid intérêt (…). Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange ; elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises l’unique et impitoyable liberté du commerce. ».

 

Il n’est pas une virgule qui mérite d’être changée dans cette analyse. On aimerait dès lors que celles et ceux qui se réclament de la gauche tendent vers ces objectifs et que celles et ceux qui y ont renoncé cessent de revendiquer un qualificatif qui ne leur convient décidément plus.

 

Ce texte a reçu les signatures de :

 

 Jacques BRAIPSON (Vice-Président de la CGSP-RTBF Liège)
 Didier BRISSA (Militant éco-socialiste, UAG, ACC)
 Vladimir CALLER (Rédacteur au Drapeau Rouge, PC)
 Luc CREMER (Ancien conseiller provincial Ecolo)
 Jean CORNIL (Militant éco-socialiste, ancien sénateur PS)
 Jean-Maurice DEHOUSSE (Ancien Ministre PS, ancien Bourgmestre de Liège)
 Céline DELFORGE (Députée à la région bruxelloise, Ecolo)
 Julien DOHET (Historien, collectif Le Ressort)
 Pascal DURAND (Professeur d’Université)
 Pierre EYBEN (Militant éco-socialiste, Secr. Politique Fédération de Liège du PC)
 Guy FAYS (Secrétaire régional de la FGTB Namur)
 Marc GOBLET (Président de la FGTB Liège-Huy-Waremme)
 Nancy HARDY (Formatrice au PAC Ourthe-Amblève)
 Bahar KIMYONGUR (Militant de gauche, membre du CLEA)
 Madeleine MAIRLOT (Enseignante, ex-conseillère communale à la Ville de Liège)
 Jean-Pierre MICHIELS (Prés.de l’Association Culturelle Joseph Jacquemotte)
 Jorge PALMA (Assistant à l’ULg)
 Christine PAGNOULLE (Présidente d’ATTAC-Liège, enseignante à ULg)
 Jean-François PONTEGNIE (Membre d’Une Autre Gauche)
 Madeleine PLOUHMANS (ATTAC Liège)
 Jean-Claude RENDA (Journaliste, président interrégional wallon de la CGSP-RTBF)
 Ataulfo RIERA (Secr. de rédaction du Mensuel "La Gauche", LCR-B)
 Jean-Claude RIGA (cinéaste)
 Alfonso SECONDINI (Ancien président d’ATTAC Verviers)
 Mauro SOLDANI (Réalisateur)
 Olivier STARQUIT (Altermondialiste, collectif Le Ressort)
 Pierre STASSART (Conseiller communal et Echevin PS à la Ville de Liège)
 Annick STEVENS (Professeur de Philosophie, ULg)

PUBLIE  EN  DEC  2006  CE TEXTE  A ETE LE MOTEUR DE CREATION DU MOUVEMENT "U.A.G." Une Autre Gauche, BON VENT DANS CETTE RECHERCHE DE LA VERITE

06.02.2008

UN AVIS ECLAIRE DE LA LAÏCITE SELON SARKO

LE DISCOURS DE LATRAN DU PRESIDENT DE LA  REPUBLIQUE FRANCAISE CONTRE LA LAïCITE REPUBLICAINE

   

Sommaire

  I. Le discours de Latran Un manifeste global  Une relecture orientée de l’Histoire de France  Une lecture cléricale de la Loi de 1905  Une amnistie de la violence cléricale  La haine des Lumières       II. Laïcité, choc des civilisations  Le choc des civilisations  Le monde post idéologique selon Nicolas Sarkozy       III. Lever le verrou de la laïcité française  Un discours pour l’actualité  Reconfessionaliser la société       IV. La laïcité républicaine en danger  L’ancrage intime du fait religieux  La question du sens de la vie chez Nicolas Sarkozy  La « laïcité positive » 

 V. Un projet concret de remise en cause de la Loi de 1905  Le rapport Machelon  Un moment de vérité    
 LE DISCOURS DE LATRAN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE CONTRE LA LAïCITE

REPUBLICAINE

  

« J’ai été invité à présenter récemment ce  travail sur le discours prononcé par le président de la  République au Vatican. Ce discours a en effet soulevé une grande émotion. Il a donné lieu à interpellations du gouvernement par l’opposition dans les deux assemblées. Il a provoqué une série d’interventions publiques du grand maitre du Grand Orient de France Jean Michel Quillardet. De nombreux intellectuels ont pris position.

  

En France, la laïcité de l’Etat est une question sensible. Car le pays a connu trois siècles de guerre civile religieuse, ouverte ou larvée. Les principaux courants qui en ont été protagonistes sont toujours présents et actifs. L’instauration de la laïcité comme principe organisateur et pacificateur de notre république est le résultat de cette histoire. Depuis la loi fondatrice de 1905 instituant la séparation des églises et de l’Etat, le débat a été ouvert à de nombreuses reprises sous des formes diverses et les citoyens s’y sont toujours engagés avec force. Le discours du président de la république, par la radicalité de sa rupture avec les principes constant de la République sur ce sujet, semble devoir ouvrir une nouvelle période de confrontation.

  

Le discours de Latran

  

1. UN MANIFESTE GLOBAL

  

Ce discours ne doit pas être lu comme l’expression de la sensibilité personnelle de Nicolas Sarkozy en matière religieuse.  Certes, le président est, selon ses propres termes, un « catholique de tradition et de coeur ». Personne ne lui en fait grief. C’est une conviction qui relève de la sphère privée. Au demeurant il n’est pas le premier président de la république française à être croyant et pratiquant.

  

Le discours du président de la République devant le chapitre de saint jean de Latran, est une parole officielle prononcée au nom de la République française. C’est celle du président de la République es qualité, représentant tous ses concitoyens français, au moment ou il accepte d’endosser une fonction honorifique liée par tradition folklorique à sa charge, celle de chanoine de Latran, paroisse de l’Etat du Vatican dans la ville de Rome. Sur le moment, puis à la suite de son allocution, le président a souligné à diverses occasions l’importance particulière de ce discours. Il s’agit bien d’une définition des principes et de la vision auxquels il entend se référer à propos de la place du fait religieux dans la vie des sociétés modernes en général et de la religion catholique en France en particulier. 

 

Les discours qu’il a ensuite prononcé à Ryad en Arabie saoudite, puis pour ses voeux devant le corps diplomatique ou à l’occasion de la réception des chefs religieux à l’Elysée ont confirmé l’importance du discours de Latran dans la définition de la politique que veut conduire le chef de l’Etat. Il existe ainsi une sorte de continuité entre ses différentes expressions qui se complètent de façon assumée. Elle dessine un tableau d’ensemble. Il se fonde sur une analyse du rapport de la société humaine au fait religieux. Il s’articule, par degré, avec une approche qui prétend ancrer la démonstration dans une prétendue aspiration irrépressible des individus pour la transcendance.

   

Le discours de Latran est assumé comme un discours de rupture avec les précédentes prises de position des présidents de la république française à propos des rapports avec l’église catholique. Mais cette rupture n’est pas seulement l’énoncé d’un nouveau cadre conceptuel. Elle fonctionne comme une transgression, c'est-à-dire comme une inversion du point de vue qui avait prévalu jusqu'à présent.

  

 

 

On constate en premier lieu que le président Nicolas Sarkozy a adopté l’angle sous lequel l’église catholique romaine se situe dans ses controverse avec la république française depuis sa fondation et même face à ses rois sous l’ancien régime. De bien des façons c’était le préalable à l’énoncé de la nouvelle politique.

  

 

 

2. Une relecture orientée de l’histoire de France.

  

 

 

 

Quand l’histoire de France cesse d’être une matière scientifique pour devenir un récit politique, deux lectures se présentent le plus souvent. La version républicaine traditionnelle raconte l’émergence progressive et douloureuse de la nation et de la souveraineté populaire au fil d’une histoire de conflits avec l’église et l’ancien régime monarchiste. L’autre raconte la supposée permanence chrétienne de l’histoire des français et positionne faits et jugements dans leur relation à cette fidélité.

  

C’est, pour faire simple, la « gesta deii per francos » de Grégoire de Tours, la «geste de dieu à travers les Francs ».

 Evidemment cette histoire est censée être construite en osmose étroite avec la papauté. Parmi tant d’autres cet état d’esprit est celui qu’évoque cette mise en garde du pape Léon XIII dans les années de la République française renaissante : « La France ne saurait oublier que sa providentielle destinée l'a unie au Saint-

Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu'elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et sa gloire la plus pure. Troubler cette union traditionnelle, serait enlevé à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde ». (Allocution aux pèlerins français, 13 avril 1888.)

  Cette vision se réfère volontiers à de supposées « racines » qui lieraient le présent au passé profond et dont l’amputation menacerait l’identité même du pays. Comme si chacun était uni au passé par cet organe mystérieux et comme si le passé était autre chose qu’une reconstruction opérée par chacun en fonction des préoccupations du présent ! Le président de la république a fait sienne cette seconde lecture de l’histoire de France. « Comme Benoît XVI, déclare le président, je considère qu„une nation qui ignore l„héritage éthique, spirituel, religieux

de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d„histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c„est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire ».

  Dés lors, à propos de son installation comme chanoine honoraire de saint jean de Latran il proclame. « J„assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise ». En effet… La démonstration va donc être un florilège de poncifs éculés. Rien n’est plus parlant que cette phrase d’accroche du début de son propos. « C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe.. C’est, collées l’une derrière l’autre, plusieurs légendes chère à l’historiographie catholique la plus désuète. Le fait, quoiqu’en dise le président, est très loin « d’être là »…En effet le baptême de Clovis n’est pas du tout  un fait historique avéré. Ses rares mentions sont extrêmement évasives dans les textes religieux de référence. En vérité le roi franc fut allié avec l’Église romaine au moment ou l’un et l’autre y avait un intérêt mutuel. Le roi franc pour entrer dans le sud gallo romain bien christianisé, l’église romaine pour réprimer la contagion de l’hérésie arienne qui menaçait son autorité dans le clergé. En fait de conversion et autre prodige spirituel c’est en réalité la première forme d’alliance entre Eglise et pouvoir politique en vue d’un objectif commun de domination mutuellement assistée. Le reste des évocations historiques ne vaut pas mieux. Clovis n’est pas du tout le premier souverain chrétien. Avant lui l’empereur Constantin et quelques autres ou bien l’empereur Théodose l’étaient déjà. De même nombre de

princes et princesses burgondes comme la propre épouse de Clovis l’étaient avant lui. On mesure aux erreurs flagrantes du récit historique sa vocation purement allégorique. Le Président fait sienne une légende pour suggérer l’évidence de la leçon qu’elle est censée porter. « Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes »

 

Essentiellement, c'est-à-dire en ce qui concerne son essence même, sa nature intime. L’inné des français, pour Nicolas Sarkozy serait chrétien.

  

On doit s’attarder un peu sur le recours à l’histoire profonde du  pays pour comprendre que l’exercice n’est pas neutre en lui-même. Tant que le président cite des écrivains et des gens d’églises, il est dans son rôle d’évocation de la participation des français à une histoire religieuse qui a beaucoup compté pour eux. Mais quand ces évocations portent sur des personnages politiques il en va tout autrement. Notamment quand il s’agit d’évocation de personnage d’ancien régime. Entre l’ancien régime et la République, c’est la rupture qui fait sens, et non l’apparente impression de continuité que donnent la permanence des lieux et la suite des générations. La rupture est celles des principes, des valeurs, des mobiles d’action, des objectifs. Se référer à une histoire commune avec l’ancien régime pour un gouvernant républicain, c’est prendre le risque permanent du contre sens politique. Sans aucun doute le président ne le sait pas. Peut-être n’y a-t-il jamais réfléchi. Il n’empêche. La Référence à Louis IX, canonisé par l’église et connu sous le nom de « saint Louis » est particulièrement malheureuse. On comprend qu’il s’agit de montrer que le pouvoir lui-même en France a été si près du catholicisme qu’il a été reconnu par lui comme figure exemplaire de ses propres valeurs. C’est d’ailleurs un classique des admonestations des papes à tous les souverains français avec qui ils ont été en conflit : citer comme contre modèle « saint louis » leur ancêtre ! Le président veut donc en saluer la « contribution spirituelle » et la « signification morale de portée universelle ».

  

Rien n’est plus discutable. Les raisons qui ont valu au roi Louis IX d’être canonisé par l’église et l’expression de sa piété dans ses décisions politique ne méritent pas l’hommage d’un républicain. Et peu nombreux sont ceux qui voudraient s’en réclamer s’ils ne s’arrêtaient pas à la légende aimable du roi rendant la justice sous son chêne. En effet le roi Louis IX (1214-1270) fut l’initiateur des boucheries et du fiasco de la 7ème (1248-1254) et de la 8ème croisades (1270). Il s'illustra surtout dans des persécutions sans précédent contre les hérétiques et les juifs. C’est ainsi qu’il institutionnalisa une répression féroce du blasphème par le supplice du pilori et du percement de la langue au fer rouge. En 1242, il soutient une controverse théologique contre le Talmud et ordonne un autodafé de Talmuds à Paris. En 1254, il bannit de France les Juifs qui refusent la conversion. Le succès n’ayant pas été total, il revient à la charge en 1269 pour instaurer le port par les Juifs de signes vestimentaires distinctifs : la rouelle pour les hommes et un bonnet spécial pour les femmes. Le but, annoncé publiquement à l’époque, est de prévenir tout risque de mariage mixte en application d’une recommandation papale de 1215 qui n’avait jamais été appliquée jusqu’alors en France.

 

On voit que le maniement des références et des symboles d’osmose avec la papauté comporte le risque de prendre à son compte une histoire et des préoccupations qui sont précisément ce avec quoi la laïcité de l’Etat Républicain a voulu rompre. Le discernement serait tout aussi utile quand il s’agit d’évoquer une sainte figure comme celle de Bernard de Clairvaux (10901153) grand prédicateur de la 2ème croisade (1147-1149) qui s'était alors rendu célèbre par ses mots d'ordre radicaux « le baptême ou la mort » ou encore « conversion ou extermination »…

  

La pertinence des références louangeuses à l’ancien régime dans le discours d’un président de la République n’est pas seulement sujette à caution du point de vue des principes républicains. Elle ne l’est pas seulement à l’égard de l’exactitude des faits sur lesquels il pense pouvoir prendre appui. Elle l’est aussi du point de vue du choix partisan que le président opère à l’intérieur de cette histoire quand il résume les rapports des rois avec la papauté à une fidèle allégeance.

  

Ainsi quand il affirme qu’après le supposé baptême de Clovis, «à de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l„occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre ». Car les rapports des rois de France avec la papauté sont aussi une longue histoire de conflits très durs où l’une et l’autre des deux parties a cherché à se rendre maître de l’autre pour utiliser à son profit le pouvoir dont il disposait dans son domaine temporel ou spirituel. Le fait est que ce sont les papes qui ont été à l’initiative de ces tentatives de prises de contrôle et qu’ils ont échoué. Les rois de France ont été souvent beaucoup plus efficaces quand à leur tour ils se sont mêlés de vouloir contrôler la papauté.

  

Certes le pape Boniface VIII à tenté en 1300, d’imposer son autorité au roi de France Philippe le bel avec la bulle « Unam sanctam ». Sans succès. Mais les rois de France ont fabriqué la papauté d’Avignon…. Ils ont dénoncé dès 1418 les « abus » du pape et limité son pouvoir sur l’église de France. Ils ont instauré ou rétabli, à de multiples reprises, des mesures de contrôle ou de rétorsions contre les menées des « successeurs de Pierre ».

  

 

 

La vérité historique est donc très loin de la légende papale de rois humblement agenouillés à leurs pieds pour prendre conseil…. On ne peut oublier que deux rois de France, Henri III et Henri IV, furent assassinés par des « fous » sous influence directe des ligues catholiques. Enfin on sait que les papes condamnèrent toutes les législations royales de tolérance depuis les décrets du roi Henri II autorisant en France le séjour des juifs chassés d’Espagne jusqu’à l’édit de Nantes. On mesure mieux alors combien cette histoire concrète est loin de la légende que le président de la république a choisi de prendre à son compte.

  

 

 

3. UNE LECTURE CLERICALE DE LA LOI DE 1905

  

 

 

Le choix partisan des références prise dans l’histoire de l’ancien régime ne fait que préparer dans le discours de Latran un alignement du vocabulaire du président de la République bien plus spectaculaire et politiquement alarmant dans le jugement porté sur la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905.

  

Cette loi n’a jamais été analysée par l’Eglise de Rome comme une simple loi d’organisation de la vie commune d’un pays démocratique. Son opposition porte sur le fond de ce qu’implique la séparation des églises et de l’Etat.

  

Cette opposition est totale. Elle est constante. Elle a été rappelée jusqu’en 2005 par le pape Jean-Paul II. La citation de son propos est indispensable pour comprendre l’état d’esprit qui anime le Vatican à ce sujet et dont le vocabulaire choisi par ses porte parole rend compte. On sera alors d’autant plus stupéfait de retrouver les mêmes termes dans la bouche du président de la République française. Voici ce qu’écrit Jean-Paul II aux évêques de France le 11 février 2005 : « En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État fut un événement douloureux et traumatisant pour l.Église en France.» Retenons ces deux adjectifs : douloureux et traumatisant. Ce n’est pas de l’inventaire des biens d’église dont il est question ni du refus de la masse des français de répondre aux appels à la résistance que leur lançait le clergé dont il est question à propos de ce traumatisme. C’est du fond.

  

L’explication du pape est claire : c’est la rupture avec le modèle de la religion d’Etat qu’il dénonce. Voici comment il résume cette « souffrance » à propos de la loi de 1905: « Elle réglait la façon de vivre en France le principe de laïcité et, dans ce cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l’Institution ecclésiale une place au sein de la société. La démarche religieuse de l’homme n’était plus alors considérée que comme un simple sentiment personnel, méconnaissant de ce fait la nature profonde de l’homme, être à la fois personnel et social dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension spirituelle. » Chaque mot compte dans cette présentation.

Ce que dit le président de la république n’en est que plus stupéfiant. « Je sais les souffrances que sa mise en oeuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. » C’est très exactement le point de vue clérical. Et le président poursuit de façon tout aussi

incroyable en donnant raison après coup aux rébellions de l’Eglise : « Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, une reconstruction rétrospective du passé. »

  

Enfin il conclut : « C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont  désarmé l„anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations » Tout est blessant dans cette déclaration. La stigmatisation de la loi au motif qu’elle n’aurait pas été à l’époque une loi de liberté, acquitte la papauté de l’époque de ses appels à la désobéissance à la loi.

  

 

 

 

La présentation du clergé comme la victime de la situation donne raison au refrain constant de la propagande cléricale. Et plus choquant encore l’évocation du rôle des prêtres dans la guerre de 14 non comme citoyens faisant leur devoir mais comme représentants d’un corps constitué. Sur ce sujet, si mal choisi, il reste à apprendre au président de la République que dans sa condamnation de la loi de 1905 le pape de l’époque protestait aussi contre le fait que l’on décide d’ « […] arracher les clercs à leurs études et à la discipline ecclésiastique pour les astreindre au service militaire ». Comme si c’était l’anticléricalisme qu’il fallait désarmer alors et non plutôt le cléricalisme forcené qui se déchaîna contre la loi de 1905. Le Président aurait du lire, avant de parler, le texte de l’encyclique « Véhementer nos » publiée en 1906. La violence du ton rappelle assez bien le niveau de tensions que l’église s’est efforcé de créer à l’époque. Jugeons sur pièce. « Qu'il faille séparer l'Etat de l'Eglise, dit l’encyclique, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'Etat ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, […] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » «En vertu de l'autorité suprême que Dieu nous a conférée, déclare le pape, nous réprouvons et nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu'elle renie officiellement, en posant en principe que la République ne reconnaît aucun culte. » Et l’encyclique appelait ouvertement à l’insoumission à la loi: « En conséquence, nous protestons solennellement de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu'elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de l'Eglise pour les infirmer. » Le Vatican mènera ensuite une politique de provocation systématique contre la loi de 1905 et son application. Ainsi Pie X interdit aux catholiques d’organiser les associations cultuelles sur lequel reposait le système d’attribution des locaux religieux prévus par la loi de 1905. L’interdit ne sera officiellement levé par le Vatican qu’en 1924.

  

Pendant 20 ans donc, le Vatican incita donc au sabotage de la loi et contribua directement aux conditions difficiles de son application.

  

Ce qui était en cause, pour l’église catholique, ce n’était pas seulement la séparation de l’Eglise et de l’Etat mais toutes les mesures de laïcisation de la société. Le pape dénonçait en effet que les lois républicaines prévoient de « violer la sainteté et l'inviolabilité du mariage chrétien par des dispositions législatives en contradiction formelle avec elles […] laïciser les écoles et les hôpitaux […] On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux […] supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint […] effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux […] banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion. » Cette indignation, nous nous contentions de la trouver risible, rétrospectivement. Mais s’il faut entendre le président de la République la justifier après coup comme une « souffrance » et plaider que la loi ait été à l’époque moins tolérante et soucieuse de liberté qu’il y parait, on doit alors rappeler au nom quelle conception obscurantiste de la tolérance et de la liberté le pape condamnait la loi dans son encyclique ! Voici ce qui serait en cause selon lui : « Les dispositions de la nouvelle loi sont, en effet, contraires à la Constitution suivant laquelle l'Eglise a été fondée par Jésus-Christ. Il en résulte que cette Eglise est par essence une société inégale […] dans le corps pastoral seul, résident le droit et l'autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société. Quant à la multitude, elle n'a pas d'autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. (…) la religion est la règle suprême et la souveraine maîtresse quand il s’agit des droits de l’homme et de ses devoirs »

  

4. Une amnistie de la violence cléricale

  Ce rappel du point de vue réel de la papauté face à la loi de 1905 montre à quel point son vote et son application a été un rapport de force et non un compromis, du fait de l’église et d’elle seule. Ce qui est une reconstruction du passé c’est de passer sous silence les motifs dogmatiques qui sont à l’origine du comportement politique agressif du pape à l’époque et de ses successeurs depuis. Les extraits de leur expression officielle, cités précédemment, le montrent. Mais on pourrait aussi bien rappeler le contexte politique d’alors qui vit, par exemple, le pape refuser de recevoir le président de la République française de l’époque parce que celui-ci avait rencontré le président de la république italienne à Rome, ville sur laquelle le pape maintenait une revendication territoriale ! Surtout on devrait, pour bien comprendre la tension du moment, rappeler quels avaient été les plus récents rappels officiels de la doctrine catholique, car c’est eux qui ont aussi fortement contribué à la réaction de bons sens qu’a été la loi de 1905. Les papes les avaient opposés de façon constante aux revendications et aux avancées républicaines. L’étroitesse et la violence du ton et des énoncés sont stupéfiante. Elles rappellent pourquoi le modéré Aristide Briand avait pu conclure à une « incompatibilité fondamentale » entre l’église

traditionnelle et la démocratie. Ainsi l’encyclique « Mirari Vos » de 1832 dénonce de la liberté d’opinion et de conscience : « De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses (…) » Ou la dénonciation de la liberté de la presse : « À cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains hommes osent avec tant de bruit et tant d’insistance, demander et étendre partout. » Puis l’encyclique « Quanta Cura » de 1865 fait l’inventaire des « principales erreurs de notre bien triste époque, comme idées fausses et opinions trompeuses et perverses ». Par exemple l’idée que « la volonté du peuple constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin ». C'est la légitimité du suffrage universel et des travaux parlementaires qui sont ainsi niées! Il y a aussi la condamnation de la « liberté de manifester hautement et publiquement les opinions » présentée comme « liberté de perdition ». Et, plus peccamineux si cela est possible, « le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jette plus facilement les peuples dans la corruption des moeurs et de l'esprit, et propagent le fléau de l'indifférentisme »

  

Quand les débats qui vont conduire à la loi de 1905 se nouent de longue main dans les sociétés progressistes et les loges maçonniques le discours de l’église de l’époque est celui de cette incroyable dogmatisme. Peut-être a-t-on oublié qu’il va jusqu'à contester l’idée même d’une autonomie de la raison et de la morale. L’encyclique « Quanta Cura » (1865) en dénonce « le principe impie et absurde du naturalisme » qui voudrait « que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion ». Elle théorise le cléricalisme en affirmant que « la puissance de salut de l’Eglise catholique doit s’exercer librement, non moins à l'égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs » et réaffirme la nécessité « que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'État ». Telle est l’ambiance intellectuelle qu’organise à l’époque la papauté en face des doctrines républicaine de souveraineté populaire pleine et entière dans tous les domaines de la vie en société.

  

Comment comprendre que le président de la République, dont la fonction est l’héritière de cette lutte davantage que de mythique baptême de roitelet francs ou de prédicateurs de croisades puisse, quand il l’évoque, ne puisse retenir que les « souffrances » du clergé sectaire et violent qui s’y est opposé de toutes ses forces ?

  5. LA HAINE DES LUMIERES   

 

 

 

 

 

 

Cette interrogation n’est pas de pure forme polémique. Le discours de Latran répond sur ce plan spécifique. Le Président considère que le processus dont le siècle et le courant des Lumières sont l’apothéose n’est pas le mouvement qui compte à ses yeux, quand bien même a-t-il fait « naître l’ère moderne » selon le mot de Goethe à propos de la grande révolution française. Au contraire. Pour Nicolas Sarkozy, le président de la République, les lumières appartiennent à un espace intellectuel auto limité. De ce fait même elles sont intrinsèquement dangereuses. Son analyse à ce sujet, telle qu’elle est formulée dans le discours de Latran, sert de matrice pour d’autres discours et interviews de presse. Son importance n’a d’égal que sa gravité.« Depuis le siècle des Lumières, déclare le président, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies ! Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives -que je ne mets évidemment pas sur le même plan –n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence. » Ce serait assez que ces mot aient été prononcés pour que n’importe quelle conscience républicaine se sentent profondément blessée par la violence de l’injure qui est ainsi faite. Mais ce qui sans doute est le plus affligeant et consternant est que ces mots aient été empruntés quasi littéralement au pape Jean-Paul II lui-même pour qui le rejet des lumières est un élément central de la construction dogmatique du catholicisme. Pour ce dernier en effet, les Lumières sont le terreau des crimes et tragédies politiques du vingtième siècle. Dans le texte intégral du chapitre « Lumières et idéologies du mal » du document intitulé « Mémoire et Identité » paru en mars 2005, Jean-Paul II étend sa condamnation à la Renaissance elle-même. La raison de fond est parfaitement cohérente. C’est la négation de toute part de vérité pour tout ce qui ne procède pas de la révélation. Ces prémices sont d’ailleurs rappelées avec force en conclusion des raisonnements exposés par le pape : « « Le code moral provenant de Dieu est la base intangible de toute législation humaine dans n’importe quel système, en particulier dans le système démocratique. La loi établie par l’homme, par les parlements et par toute autre instance législative humaine, ne peut être en contradiction avec la loi naturelle, c'est-à-dire, en définitive, avec la loi éternelle de Dieu. » Cette conclusion doit être connue pour bien mesurer toute la portée du raisonnement papal et comprendre la radicale incongruité du ralliement qu’y proclame le président de la République. Le moment est donc venu de citer ce qui se rapporte à l’analyse des lumières dans le texte de Jean-Paul II pour mesure quel « copié/collé » est le discours du président sur ce point ! « Les idéologies du mal sont profondément enracinées dans l’histoire de la pensée philosophique européenne, écrit le pape ! […] Dans la mentalité des Lumières, le grand drame de l’Histoire du Salut, le fait que l’homme a été racheté et est devenu participant de la vie même de Dieu par l’action du Christ, tout cela avait disparu. L’homme était resté seul : seul comme créateur de sa propre histoire et de sa propre civilisation ; seul comme celui qui décide de ce qui est bon et mauvais, comme celui qui existerait et agirait même si Dieu n’existait pas. Et si l’homme peut décider par lui-même, sans Dieu, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, il peut aussi disposer qu’un groupe d’hommes soit anéanti. Des décisions de ce genre furent prises sous le IIIème Reich. […] Des décisions analogues furent prises par le parti communiste de l’Union soviétique et des pays soumis à l’idéologie marxiste.

  […] Cela est arrivé parce que Dieu en tant que Créateur a été rejeté, et du même coup la source de détermination de ce qui  est bien et de ce qui est mal. » Les lumières « drame dans l’histoire du salut », c'est-à-dire dans la relation de Dieu à sa création, à l’origine des crimes nazis ! On apprécie mieux après cela toute l’impudence hypocrite de l’accusation mille fois répétées par les cléricaux quand ils dénoncent le « sectarisme » et « l’intolérance » des laïques.                                   ˜      ˜      ˜      ˜      ˜      


2. Laïcité et choc des civilisations.

  

 

 

Cependant, l’outrance de ce point de vue a son mérite. Elle signale avec force la piste par laquelle le « raisonnement »  religieux fournit une passerelle conceptuelle efficace vers un autre corps de doctrine plus trivialement préoccupé de réalité géopolitique. Il s’agit de la théorie du « choc des civilisations » formulée par Samuel Huntington. Elle est au coeur de la pensée du président Sarkozy à propos de la réalité mondiale de notre époque. Il y a exprimé à de très nombreuses reprises son adhésion intellectuelle. C’est au point que l’on peut se demander si les manifestations d’enthousiasme religieux du président ne sont pas la conséquence de son adhésion à cette théorie plutôt que l’inverse. Le raisonnement de politique étrangère serait premier, l’intime conviction religieuse serait seconde. On pourrait être conduit vers cette conclusion par l’écart remarquable qui apparaît entre la vie réelle du président et ses déclarations de foi religieuse et d’adhésion à la morale catholique.

  

 

 

 

Sans entrer dans les détails qui nous égareraient dans les colonnes de la presse people, on retiendra seulement combien il est étrange qu’une personne excommuniée du fait de ses divorces puisse accepter d’être « chanoine honoraire » de la paroisse du Vatican lui-même. Mais il faudrait alors s’étonner que ceux qui l’ont excommunié n’y voient eux mêmes aucun obstacle, alors même que leur intransigeance doctrinale peut-être aussi violente que les citations précédentes l’ont rappelé…

  

1. Le choc des civilisations

  

La théorie du choc des civilisations a été exposée par Samuel Huntington professeur à l’université de Harvard aux Etats-Unis. Son texte a été publié en français en 1997.

  

En voici un résumé sommaire. Selon lui l’histoire des conflits humains dans le monde occidental a connu trois âges. D’abord quand les princes voulaient étendre leurs territoires (de 1648 à 1789). Puis quand les nations et les peuples ont voulu bâtir leurs empires (1789 à 1918). Enfin quand les idéologies se sont confrontées sur toute la surface du globe (1918 à 1989). Commence désormais l’âge des conflits de civilisations. La civilisation est le niveau concret le plus large auquel un individu s’identifie. Elle est un donné qu’on ne choisit pas mais qui s’impose à soi. Il délimite en même temps un espace politique pertinent : eux et nous, ami ennemi. Pour l’essentiel les lignes de fracture entre civilisations sont religieuses. Elles dessinent la géographie politique réelle puisque chaque appartenance religieuse recherche l’appui des siens. Ainsi les tchétchènes musulmans avec les nations musulmanes, les arméniens avec les chrétiens et ainsi de suite. Dans ce paysage la civilisation musulmane n’aurait que des frontières sanglantes, avec les autres blocs civilisationnels et il en irait de même entre nations musulmanes. Cet état de fait résulte du contenu culturel qui est le sien. Dans ce contexte l’Occident dont la population est minoritaire, depuis qu’elle est passée de 44 % du total mondial à 13%, est menacé de déclin et de submergement. Elle doit donc faire face. Et pour cela elle doit commencer par s’assumer.

  

 

 

Il est important de rappeler que la cohérence interne de cette présentation ne valide pas pour autant l’objectivité de ses énoncés. Nombreux sont les chercheurs qui ont aussitôt démontré le caractère très relatif de chacun des idées pourtant proposées comme des certitudes. Par exemple, le concept de civilisation est moins étanche que ne l’affirme Samuel Huntington. La description d’une civilisation à partir du fondement religieux est un réductionnisme. Elle n’est donc pas pertinente. Enfin la filiation de cette théorie et ses emprunts aux penseurs du déclin de l’occident d’avant la deuxième guerre mondiale l’expose aux suspicions que ces sources ont déjà méritées dans le contexte des années trente.

  

 

 

 

Une remarque enfin a de l’importance pour comprendre le positionnement de Samuel Huntington après l’énoncé de sa thèse. Il ne milite pas pour le choc annoncé. Au contraire. Son travail se présente comme un outil pour éviter le conflit qui menace. C’est une habileté de méthode que le président de la république fait également sienne au fil de ses discours. Il n’en reste pas moins que du seul fait de son énoncé, la théorie du choc des civilisations formule une lecture globale de la réalité qui génère ses propres prescriptions implicites.

  

 

 

2. Le monde post idéologique selon Nicolas Sarkozy

C’est elles que les discours de Nicolas Sarkozy reprennent à leur compte à tout propos. La « politique de civilisation » est son leitmotiv, déclinaison en français de l’argumentaire de Huntington. Ainsi, quand il a présenté ses voeux au corps diplomatique. Il a affiché sans détours, à la fois sa vision de l’ordre du monde et le positionnement qu’il en déduit. « Deux défis contribueront à structurer la société internationale du XXIème siècle, peut-être plus profondément que les idéologies ne l’ont fait au XXème siècle. Le premier défi est celui du changement climatique […] Le deuxième défi est celui des conditions du retour du religieux dans la plupart de nos sociétés. C’est une réalité, seuls les sectaires ne le voient pas. C’est une réalité incontournable qui avait, en son temps, été prévue par Malraux. Dans mon discours de Saint Jean de Latran, discours auquel j’attache beaucoup de prix, j’ai précisé ma conception d’une laïcité où la place de la religion serait définie en termes plus positifs. » On notera le lien fait d’un seul mouvement entre l’affirmation de la centralité du fait religieux, la dénonciation des « sectaires » qui le nieraient et la remise en cause du modèle laïque en vigueur en France ! Rien ne souligne mieux que cet enchaînement le caractère étroitement  idéologique de cette analyse de la réalité du monde…De cette vision du monde il déclare déduire une stratégie globale. Elle suit exactement la recommandation de Samuel Huntington. « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. » On relèvera d’abord comment cette appartenance vient en écho de son analyse devant les ambassadeurs de France en août 2007 au cours de laquelle il avait diagnostiqué que le « Premier défi, sans doute l’un des plus importants » pour le monde serait : « comment prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident » Puis on soulignera comment cette référence à la « famille » exprime la force quasi biologique du lien de civilisation. Ce positionnement est présenté comme une rupture et cette rupture située par rapport au contenu du discours de Latran. C’est un tout en effet. La référence à la « famille occidentale » de la France se poursuit dans tout le reste du discours, les pays de l’Est étant qualifiés de « derniers arrivés dans la famille » et le reste du monde étant qualifié d’ « extérieur de la famille occidentale ». Il est très frappant d’observer que pour le président, cette appartenance à une civilisation lui crée un devoir égal à celui qu’il reçoit de son mandat de gardien des institutions de son pays. Le balancement d’une séquence du discours de Ryad le souligne

avec force : » J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines. Mais j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation ». Cette construction intellectuelle est déclinée de façon très détaillée dans l’organisation du discours que le président a prononcé peu avant à Ryad, en Arabie saoudite.

Tous les paramètres de la théorie du choc des civilisations y sont repris. Et d’abord la centralité du fait religieux comme fondement dorénavant explicatif de l’histoire humaine. « Je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient pas de racines religieuses. » déclare Nicolas Sarkozy devant le roi wahhabite. Il enfonce le clou : « Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale, même si elle incorpore bien d’autres influences philosophiques, n’ait un tant soit peu une origine religieuse. (…) Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. » En fait la religion est à l’origine de la civilisation elle-même. « Ce sont les religions, proclame-t-il, malgré tous les forfaits qui ont pu être perpétrés en leur nom, qui nous ont les premières appris les principes de la morale universelle, l’idée universelle de la dignité humaine, la valeur universelle de la liberté et de la responsabilité, de l’honnêteté et de la droiture. » La religion est surtout à la racine de l’universalité. Elle est l’universel concret. « C’est peut-être dans le religieux explique Nicolas Sarkozy, que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort. » Et cela jusqu'au point où la religion est déclarée comme le vecteur par lequel la nature humaine elle-même est rendue possible. Le président proclame en effet «cette vérité qu’il y a dans toutes les religions, les croyances et les cultures quelque chose d’universel qui permet à tous les hommes de se reconnaître comme faisant partie de l’Humanité, de se parler, de se comprendre, de se respecter, de s’aimer ». Dans ces conditions le dialogue des religions est le ressort le plus efficace de la constitution d’une communauté internationale apaisée. « Quand Sa Majesté le Roi Abdallah rencontre le Pape, ce geste a plus d’importance pour la paix et pour l’avenir de la civilisation que bien des conférences internationales » explique le chef du deuxième réseau diplomatique du monde ! Tout se tient. Si les lumières sont la source des crimes du précédent siècle, les religions sont le gage de la paix à l’époque contemporaine ! La religion est bien le futur post idéologique de l’ordre du monde.

La coalition des religions est alors l’avenir souhaitable et utile.

  

C’est ainsi, à propos de cette rencontre du pape et du sultan, que le président de la République est conduit a prononcer cet exorde incroyable dans la bouche d’ un chef d’Etat laïque : «En faisant ce geste d’une portée immense, d’une portée symbolique, il signifie au monde, ce geste, qu’aux yeux du Roi, le temps n’est plus pour les religions à se combattre entre elles, mais à combattre ensemble contre le recul des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme, contre les excès de l’individualisme. »

   

˜      ˜      ˜      ˜      ˜

   


3. Lever le verrou de la Laïcité française

  

1. UN DISCOURS POUR L’ACTUALITE

  

Dans ces conditions, le discours prononcé à Latran n’est pas le règlement compte d’un homme de droite décomplexé avec le récit républicain traditionnel marqué par la domination intellectuelle du courant issu des Lumières. C’est un discours pour l’actualité et à propos de l’actualité telle que la voit le président et dans laquelle il pense que la France doit prendre place. Mais elle ne peut le faire en tant qu’Etat républicain construit sur les bases laïques telles qu’elles sont constituées par son histoire et en particulier celle de la loi de 1905. La République laïque ne peut connaître ni s’intégrer dans la logique du choc des civilisations. Cette impossibilité a éclaté dès son discours sur la politique étrangère de la France prononcé en novembre 2007. Il y affirmait que « le premier défi » que le monde aurait à relever ce serait « le risque de confrontation entre l’islam et l’occident ».

  

Cette lecture de l’état du monde à partir du fait religieux plutôt qu’en partant des politiques pratiquées par les états marquait une rupture du discours de politique étrangère de la France. Mais surtout il implique une conséquence inacceptable pour la France elle-même. Car les citoyens français de confession musulmane s’y trouvent immédiatement placés en situation d’impasse et de soupçon. La tension que cette vision du monde déclenche pour notre pays lui-même montre l’obstacle que représente pour cette vision la définition laïque de l’identité de la République française. On ne doit pas perdre de vue qu’il s’agit d’une opposition des principes fondamentaux mis en oeuvre. Laïcité et politique du choc des civilisations s’opposent point par point sur le plan des principes sur lesquels elles reposent. Coté choc des civilisations, la diversité est la donnée indépassable, côté laïcité c’est l’unité en soi de l’espèce humaine qui est le point d’appui. Là où la politique de civilisation prône la coexistence d’intérêts intrinsèquement différents, la vision laïque postule qu’il existe un intérêt général que la raison des citoyens peut discerner et promouvoir. Là où la politique de civilisation vise une identification à une « famille », la laïcité prône l’indifférence au religieux en politique pour rendre possible l’unité et l’indivisibilité de la communauté civique. C’est pourquoi, point pour point le président est aussi méthodique dans l’affirmation et la mise en oeuvre de sa vision du monde. Globalement son projet avéré est la reconfessionalisation de la société.

  

2. Reconfessionaliser la société.

  

La volonté de reconfessionalisation de la société française s’appuie dans le discours du président de nombreuses évocations de l’évidence de l’utilité sociale de la religion. Curieusement cette vision utilitariste n’est jamais contestée par les religieux eux-mêmes qui devraient pourtant en être les premiers offensés. « La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n.ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence », déclare le président dans son discours de Latran. Cette formule se retrouve dans quasiment chacun de ses discours à propos de la place des religions dans les sociétés contemporaines. L’idée est assez constante chez lui. En 2005, à Neuilly, devant l’association Bible, il déclare : « Lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! […] Les religions sont un plus pour la République ». Cette façon de voir le conduit à afficher un  soutien présidentiel en contradiction ouverte avec les dispositions de la loi de 1905 : « Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance ». Il en rajoute même dans un style oratoire très éloigné du mode d’expression traditionnel des responsables politiques en France : « En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention ».

  

 

 

 

 

Cet utilitarisme religieux a une racine idéologique qui va au-delà de l’incantation flatteuse du moment. A la suite du discours clérical, pour le président, une morale publique n’est pas sérieusement établie hors du religieux et de ses références. Dans le droit fil de la dénonciation des lumières et de l’impuissance de la République à dire le bien et le mal selon la formule utilisée par Nicolas Sarkozy, et en complète harmonie au mot près avec les prédications de Jean-Paul II, le président de la République n’a pas craint de s’avancer fort loin au delà de son rôle. Il explique à Latran : « S’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses.

  

 

 

 

 

D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.

  

 

 

 

 

 

Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. » Dés lors il passe de l’appui à l’action des religieux à la sollicitation la plus vive. Son discours lance un appel à une présence forte de la parole religieuse dans la vie de la société. « Mais ce que j’ai le plus à coeur de vous dire, lance t-il, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient ». Et le président se fait encore plus pressent dans l’interview qu’il donne juste après son discours du Latran au journal papal l’Osservatore romano : «Ça manque les intellectuels chrétiens, ça manque les grandes voix qui portent dans les débats pour faire avancer une société et lui donner du sens et montrer que la vie n’est pas un bien de consommation comme les autres. » Dés lors, la parole présidentielle ne peut que se placer à la frontière de ce qu’elle souhaite c'est-à-dire de la prédication. C’est clairement ce qui se passe dans cette interview quand le président explique dans le style d’un prêche : « Le message du Christ, c’est un message très audacieux puisqu’il annonce un Dieu fait de pardon et une vie après la mort. Je ne pense pas que ce message d’audace extrême et d’espérance totale puisse être porté de façon mitigée. Il nécessite une grande affirmation, une grande confiance et je suis de ceux qui pensent que dans les débats d’aujourd’hui, les grandes voix spirituelles doivent s’exprimer plus fortement » .

  

 

 

 

Cette confusion des genres rhétorique est spectaculaire dans le discours de Ryad. Est-ce vraiment le ton d’un président de la République française de se lancer dans une litanie qui affirme : « L’.Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. L’homme n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. L’homme n.est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu’il n’a reçu mais davantage. C’.est au fond ce qu’enseignent toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies. C’est l’essence de toute culture et de toute civilisation. »

  

 

 

 

Tous les observateurs ont été sidérés par le glissement vers la forme et le ton du prédicateur quand le président est passé à l’évocation de Dieu comme d’une entité présente et indubitable. Il l’a fait sur le mode d’une prière au contenu d’ailleurs assez significatif d’un certain aveuglement devant la réalité de l’action religieuse dans le monde: « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme. Dieu qui n’.asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect ». Dans l’élan de ce discours, la confusion des genres a été portée jusqu’au point où le président s’est institué commentateur et source de théologie à propos du contenu des religions. Est-ce bien à un chef d’Etat laïque de s’engager sur de tels contenus ? Il n’est pas sur que le monarque wahhabite à qui le discours était censé s’adresser ait vraiment adhéré à l’oecuménisme du président prédicateur.

  

 

 

 

Etait –il dans son rôle quand il lui a affirmé : « Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon. Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ?

 

 

 

Finalement, le Dieu unique des religions du livre. »

  La confusion des genres dans une parole qui passe du politique au registre religieux a connu des éveloppements inouïs dans les discours du président. Après la captation de la parole religieuse dans la forme du discours de prédicateur sont venus des confusions de genre entre l’activité religieuse et le mandat politique puis dans la hiérarchie des valeurs sociales. Ainsi quand il a comparé la vocation des prêtres et celle d’un président de la république. Qu’il s’agisse de la façon de parler des prêtres ou de lui-même tout dans ce moment de parole est hors norme de la part d’un chef d’Etat républicain. Jugeons plutôt sur pièce : « Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves. » Puis il vient à ce qu’il appelle sa vocation avec des mots qui ne sont plus ceux d’un homme qui porte un mandat électif confié par le peuple mais plutôt celui d’une onction de caractère mystique :

«  Sachez, dit-il, que nous avons au moins une chose en commun: c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne. »

  En faisant du sacré la mesure de l’authentique, le président a franchi un seuil inacceptable. Il a repris à son compte l’accusation injurieuse des ennemis de la République qui dénonçaient l’amoralisme de «l’école sans dieu » ». Entre le prêtre et l’instituteur le président a établi une hiérarchie odieuse que seuls les cléricaux les plus fossilisés pouvaient avoir à l’esprit : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » 

                                      ˜      ˜      ˜      ˜      ˜ 

5. La Laïcité républicaine en danger.

  

Ces phrases ont suscité l’indignation. Leur caractère provocateur ne doit pas détourner du devoir de contextualisation. Car le discours de Nicolas Sarkozy au sens large n’est pas un simple collage de slogans cléricaux éculés. Il dessine au contraire une vision globale cohérente où chaque énoncé épaule le précédent. Récapitulons. La centralité du fait religieux installe le paysage du monde des civilisations antagoniques. De là il suit qu’il y a un impérieux devoir de s’identifier à sa famille civilisationnelle et donc à ses racines religieuses pour être soi-même et rendre le dialogue avec les autres possible. Ce travail d’ancrage exige la présence forte du discours religieux dans la société et même sa prise en charge en tant que parole officielle par le pouvoir politique.

 

 

 

 

 

Dans ce cadre le sacré fourni l’échelle des valeurs dans tous les compartiments et entre toutes les fonctions. Ce résumé sommaire est forcément dressé à gros traits. Il permet cependant de souligner la cohérence de la construction intellectuelle mise en oeuvre.

  

 

 

 

 

1. L’ANCRAGE INTIME DU FAIT RELIGIEUX

  

 

 

 

 

Car ce discours prend une dimension ontologique quand il finit par proposer une description de la nature nécessairement croyante de l’homme. Dans le contexte politique français, en plein débat sur la baisse du pouvoir d’achat et alors que sa propre propension aux consommations ostentatoires est mise en cause, il est presque savoureux de lire que pour le président de la République, la « question du sens de la vie» se poserait à chaque conscience en réaction avec la frénésie de consommations matérielles…Pourtant, il n’hésite pas : « Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l„accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ». A Ryad, dans l’ambiance que l’on imagine, il reprend aussi cette antienne : « La vie de l’Homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas à l’Homme de consommer pour être heureux. ». Reste que cette aspiration spontanée à la foi religieuse serait spécifique à l’humanité et elle serait même sa caractéristique fondatrice. Le plus stupéfiant est que le chef de l’état, à Ryad, ai eu l’idée d’emprunter au roi Abdallah d’Arabie saoudite, dont il avait été auparavant magnifié le rôle de gardien des lieux saint de l’islam, une citation à propos des enseignements que portent les religions : « ces valeurs font dans leur ensemble l’esprit d’humanité et distinguent l’Homme des autres créatures. ». Ce serait là, selon le commentaire du président de la République, des « paroles magnifiques de vérité et de sagesse » .

  

 

 

 

Pour finir, cette convergence de perspectives sur laquelle le président s’étend longuement le conduit à conclure d’une façon ébahissante si l’on se souvient du lieu et du régime politique de l’Arabie Saoudite : « l’.Arabie Saoudite et la France n’ont pas seulement des intérêts en commun. Elles ont aussi un idéal commun. »»

  

 

 

Bien sur, cet ancrage du fait religieux comme trait identifiant de l’humain est mille fois replacé au centre des discours des pontifes romains. C’est même un point de départ. On le comprend. Il trouverait sa source dans l’aspiration des être humains qui seraient spontanément en recherche du sens de leur vie. Jean-Paul II s’est spécialement référé à cette question de la recherche du sens comme origine du fait religieux dans chaque être humain. Ainsi dans l’Encyclique « Fides et ratio » (1998), il y revient 63 fois sous diverses appellations : « sens ultime et plénier de la vie », « sens de l’existence », « sens dernier de la vie », « sens ultime et définitif de l’existence », « sens de la souffrance et du sacrifice, de la vie et de la mort ».

  

 

 

 

D’abord est posé ce fait que la question du sens est incontournable. L’encyclique déclare ainsi : « la quête de sens qui depuis toujours est pressante dans le coeur de l'homme » et «la vérité se présente initialement à l'homme sous une forme interrogative: la vie a-t-elle un sens? Quel est son but? » Puis elle complète : « plus l'homme connaît la réalité et le monde […] plus devient pressante pour lui la question du sens des choses et de son existence même. » et l'homme cherche un absolu qui soit capable de donner réponse et sens à toute sa recherche: quelque chose d'ultime, qui se place comme fondement de toute chose. » Après cela vient l’affirmation que la philosophie et les idéologies échouent à répondre à la question du sens. On se souvient de ce qui a été dit à ce propos par le pape comme par le président de la République contre le courant des Lumières et le matérialisme en général. On pourrait croire que ce serait là seulement en quelque sorte une extension du débat politique. Mais l’objectif de cette dénonciation est entendu à toute la philosophie d’une manière générale. Il s’agit pour l’Eglise de disqualifier toute tentative philosophique de nier la pertinence de « la question du sens ».

  

 

 

 

« On doit noter, explique l’encyclique, que l'un des aspects les plus marquants de notre condition actuelle est la crise du sens. […] plus d'un se demande si cela a encore un sens de s'interroger sur le sens. […] Et de montrer que cette négation conduit toujours au pire. « De nombreuses philosophies ont renoncé au sens de l'être » reproche le pape avant de stigmatiser cette attitude : « Une philosophie qui voudrait refuser la possibilité d'un sens dernier et global serait non seulement inappropriée, mais erronée. » avant de conclure : « Une philosophie qui ne poserait pas la question du sens de l'existence courrait le grave risque de réduire la raison à des fonctions purement instrumentales, sans aucune passion authentique pour la recherche de la vérité. »Dans ces conditions comme on s’y attend la religion serait la seule réponse naturelle à la question du sens. « L'homme atteint la vérité par la raison, parce que, éclairé par la foi, il découvre le sens profond de toute chose, en particulier de sa propre existence. ». Un raisonnement est alors proposé pour décrire cette démarche. D’abord, « a conviction fondamentale de la « philosophie » contenue dans la Bible est que la vie humaine et le monde ont un sens et sont orientés vers leur accomplissement qui se réalise en Jésus Christ. » Ensuite « Le Fils de Dieu crucifié est l'événement historique contre lequel se brise toute tentative de l'esprit pour construire sur des argumentations seulement humaines une justification suffisante du sens de l'existence. »Enfin, « La parole de Dieu révèle la fin dernière de l'homme et donne un sens global à son agir dans le monde. C'est pourquoi elle invite la philosophie à s'engager dans la recherche du fondement naturel de ce sens, qui est l'aspiration religieuse constitutive de toute personne. » Toute la philosophie n’a de justification que si elle épaule la religion !

  

 

 

Ces phrases ont été écrites non au moyen âge mais il y a quelques années.

  

 

 

2. LA QUESTION DU SENS DE LA VIE CHEZ NICOLAS SARKOZY

  

 

 

 

En droite filiation avec sa source religieuse, la « question du sens » est placée au centre du raisonnement dans le discours de Nicolas Sarkozy. Elle instituerait évidemment la tendance spontanée à se tourner vers la transcendance qui aurait donc de ce fait une valeur sociale. Pour lui, dans le discours de Latran, « le fait spirituel, c.est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance ». On ne peut l’entendre présenter cette affirmation comme allant de soi sans ressentir ce qu’elle a de consternant. Quand le président de la République estime que les idéologies et les philosophies « ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort » ou bien lorsqu’il évoque « l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse » il reproduit une banale vulgate cléricale. Ce point de vue ignore comment, depuis l’antiquité, la réponse a consisté, pour les courants essentiels de la pensée, à récuser cette façon simpliste de poser le problème de la difficulté de la condition humaine pour au contraire explorer des pistes plus concrètes que la fumée asphyxiante des tautologies religieuses. Ce rappel doit être fait car le président ne doit pas mesurer le caractère offensant de ses déclarations péremptoires. Ainsi lorsqu’il affirme qu’un point de vue libre de religiosité ne serait pas totalement sincère ni vraiment cohérent. Car, dès lors sa prétention à vouloir instituer la question du sens de la vie humaine sur une base religieuse tourne à l’intolérance puisque ce serait là selon lui « l’essentiel » dont la réalité serait indiscutable. « Ma conviction profonde, dit il en effet, (…) c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas, et ne sera jamais, entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. » Il reste à Nicolas Sarkozy à lire aussi Camus et à apprendre que dans un monde vide de dieu, « on doit imaginer Sisyphe heureux ».

  

 

 

 

3. LA LAICITE POSITIVE

  

 

 

 

 

Dans ces conditions, la description du monde selon Nicolas Sarkozy est condamnée à prendre ses distances avec la formulation républicaine de la laïcité.

  

 

 

 

De la laïcité indifférence de l’Etat vis à vis des religions il passe à la laïcité « neutralité ». Puis la neutralité est décrite comme l’égalité de traitement des religions ce qui est déjà tout autre chose que l’indifférence. Puis, de cette égalité de traitement on glisse à l’idée d’une égale valorisation des religions indispensables au bon fonctionnement de la société et à l’épanouissement des personnes. Bien sur cela n’a plus rien à voir avec la laïcité de la loi de 1905. On est alors dans un autre espace sémantique.

  

 

 

 

C’est celui que Nicolas Sarkozy appelle « la laïcité positive ». Ce concept serait une création intellectuelle du président de la République et sa contribution à l’histoire de la pensée sur cette question. Lui-même s’approprie ouvertement l’invention du mot : « c’est ce que j’appelle la laïcité positive » dit-il dans le discours de Latran.

  

 

 

 

« C’est pourquoi j’appelle de mes voeux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. » Demander aux pouvoirs publics de reconnaître que  les religions sont un atout, ce n’est évidemment  plus la loi de 1905 mais son contraire. C’est parce que la République ne reconnaît aucun culte qu’elle ne les subventionne pas qu’elle n’en salarie aucun membre. Les deux idées se tiennent étroitement. C’est bien pourquoi, sitôt fini d’énoncer ses soi disantes considérations sociologiques sur l’atout que seraient les religions, le président de la république en vient aussitôt à la nécessité de la réforme de la loi de 1905. : « Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d.avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer » naturellement le chef de l’Etat se garde bien de dire en quoi consiste selon lui les grands équilibres de la loi de 1905 et on est en droit de penser que c’est une difficulté compte tenu des définition que lui-même donne de la laïcité…cependant on aurait tort de croire que la « laïcité positive » serait une improvisation au fil d’un discours présidentiel. Le terme est trop ostensiblement avancé comme une nouveauté destinée à nommer de nouvelles réalités. En fait il s’agit d’une doctrine très construite. Elle décrit une méthode du retour du religieux dans tout l’espace public conformément à ce qu’en a dit le président au fil de ses discours. Mais ni l’idée ni le mot, ni l’enchaînement du raisonnement ne sont de lui. C’est un concept papal. Il a été a été produit par Benoit XVI. Celui-ci l’a résumé notamment dans son message 11 octobre 2005 au Président du Sénat italien Marcello Pera, à l’occasion du colloque « Laïcité et liberté » organisé les 15 et 16 octobre par les Fondations Magna Carta et Subsidiarité. « J’encourage une saine laïcité de l’Etat en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies par des normes propres, auxquelles appartiennent aussi ces instances éthiques qui trouvent leur fondement dans l’essence même de l’.homme. […] Parmi celles-ci le “sens religieux” a certainement une importance primordiale : là s’exprime l’ouverture de l’être humain à la Transcendance. Un Etat sainement laïc devra logiquement reconnaître un espace dans sa législation à cette dimension fondamentale de l’esprit humain. Il s’agit en réalité d’une “laïcité positive” qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public. […] Pour un renouveau culturel et spirituel de l’Italie et du continent européen, ajoute le pape, il faudra travailler afin que la laïcité ne soit pas interprétée comme hostile à la religion, mais, au contraire, comme un engagement à garantir à tous, aux individus et aux groupes, dans le respect des exigences du bien commun, la possibilité de vivre et de manifester ses convictions religieuses ». La laïcité ainsi présentée ne se limite pas comme on peut le voir à la liberté de conscience individuelle ni à la pratique du culte par les croyants. Il s’agit d’autre chose de plus. De ce que l’encyclique « Véhémenter Nos » contre la loi de 1905 proclamait avec force à propos de Dieu: « […] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » Ici, pour Benoit XVI, il ne s’agit pas seulement de « vivre » sa foi mais encore de la « manifester » « y compris dans le domaine public ». Nicolas Sarkozy s’était déjà hasardé à la frontière de la négation de la frontière entre la sphère publique et la conviction privée quand il avait demandé, faussement ingénu, en pleine campagne électorale présidentielle, dans le journal « La Croix » :« Vous ne pouvez pas cantonner l'aspect religieux au seul aspect cultuel. […] Et qu'est-ce que la sphère privée ? Quand Jacques Chirac va à la messe à Brégançon, le fait-il à titre privé ou public ? »

  

 

 

 

L’église catholique qui a bien compris l’impossibilité de reprendre ses arguments frontaux contre la loi de 1905 reprend sa campagne avec d’autres mots pour dire la même chose et viser les mêmes objectifs. La « laïcité positive » est cet avatar.

  

 

 

 

Elle est entourée d’un appareil de précision et de définition ou s’expose la grande habileté du procédé puisque pour finir c’est l’église catholique et les cléricaux qui s’approprient le concept de laïcité pour le redéfinir et l’opposer aux laïques eux-mêmes.

  La « laïcité positive » de Benoit XVI adopté par le président de la République française est le retour du religieux dans l’espace public, sous toutes les formes. C’est un retour à la situation antérieure à 1905. Cette régression est habilement présentée comme une formule de tolérance et de modération par rapport à la vision républicaine traditionnelle en la matière. Celle-ci reçoit un nom qui la déprécie. Ce serait du « laïcisme » comme l’a expliqué Benoit XVI dans son audience le 9 décembre 2006 aux participants du Congrès national d’études organisé par l’Union des Juristes catholiques italiens « […]Une vision a-religieuse de la vie, de la pensée et de la morale a donné lieu à une conception erronée de la laïcité, un terme qui semble être devenu l'emblème [...] de la démocratie moderne [...] La « saine laïcité » implique que l’Etat ne considère pas la religion comme un simple sentiment individuel, qui pourrait être limité au seul domaine privé. Au contraire, la religion, étant également organisée en structures visibles, comme cela a lieu pour l’Eglise, doit être reconnue comme présence communautaire publique.[…] » On ne saurait dire que le sens régressif de tels propos soit sollicité par un parti pris anticlérical. La volonté de reconfessionalisation de l’espace public est clairement énoncée : « A la lumière de ces considérations, dit le pape, l’hostilité à toute forme d’importance politique et culturelle accordée à la religion, et à la présence, en particulier, de tout symbole religieux dans les institutions publiques, n’est certainement pas une expression de la laïcité, mais de sa dégénérescence en laïcisme ». C’est ce projet auquel se réfère sans fard la « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy. Il s’agit bien d’un nouveau cléricalisme

  

˜      ˜      ˜      ˜      ˜

  

 

 

6. un projet concret de remise en cause de la loi de 1905

  

 

 

De même qu’on doit rattacher le concept de « Laïcité positive » adopté par le président de la République au corpus doctrinal papal qui décrit avec précision sa signification, on doit le rattacher aussi à sa déclinaison en mesures concrète « toilettant » la loi de 1905. Bien sur il ne manque pas de préciser : « sans toucher à ses grands équilibres ». Mais qui fixe ce qui est de l’ordre des grands équilibres et ce qui ne l’est pas ? Ce travail a été fait à la demande de Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur. Il est l’objet du rapport sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics qui lui a été remis le 20 septembre 2006 par monsieur Machelon. Le rapport porte donc le nom de ce dernier.

  

 

 

 

1. Le rapport Machelon

  Ce rapport part du constat que « les musulmans et les chrétiens évangéliques rencontrent aujourd’hui de réelles difficultés pour pratiquer leur culte en France ». Après ce constat de façade, les propositions avancées profiteraient bien sur à toutes les religions, à commencer par la religion catholique. Evoquons ici quelques unes des principales propositions, en nous demandant à chaque fois si c’est là ce que le président de la république appelle « ne pas toucher aux grands équilibres de la loi de 1905 ». Par exemple le rapport propose d’autoriser les communes et leurs groupements à subventionner directement la construction de lieux de culte et cela sans plafond en modifiant la loi de 1905 et le code général des collectivités locales. Il propose de prévoir des espaces spécifiques réservés aux lieux de culte dans les documents d’urbanisme. Il suggère de confier aux préfets la mission de veiller à ce que les cultes ne rencontrent pas de difficultés dans leur implantation sur certaines communes. Cela notamment en étendant le recours au déféré préfectoral contre les communes concernées devant le tribunal administratif. Monsieur Machelon imagine aussi de faciliter l’usage de baux emphytéotiques pour les cultes, en ouvrant la possibilité d’une option d’achat du terrain à l’issue du bail, de manière à faciliter l’accès des cultes au foncier. « De nos jours, les collectivités publiques financent des milliers d.associations...  

Pourquoi seules les associations cultuelles ne recevraient-elles aucune aide ? » s’était interrogé en 2004 le futur président de la république dans son livre «La République, les religions et l’espérance. Le rapport Machelon tape fort sur ce point. Il propose une prise en charge par l’impôt du financement des associations religieuses. Pour cela il faudrait bien sur « assouplir » le régime des associations cultuelles et faciliter leur financement en étendant le bénéfice de ce régime à des activités non couvertes aujourd’hui. Par exemple les activités caritatives. Pour cela elles seraient autorisées à devenir des associations sur le modèle de celles que permet la loi 1901.

  

 

 

Elles pourraient ainsi délivrer des reçus fiscaux. Il serait même possible d’augmenter la réduction d’impôt prévue.

  

 

 

 

Enfin, et ce n’est pas le moins étonnant, le rapport Machelon propose de négocier avec l’Islam alsacien et mosellan l’extension du bénéfice du concordat d’Alsace Moselle.

  

 

 

2. UN MOMENT DE VERITE

  

 

 

« Je continuerai à plaider avec force, mais sans prosélytisme, pour l’instauration de nouveaux rapports entre les religions et les pouvoirs publics (...) Je suis convaincu qu’il faut prendre en compte le fait spirituel et l’importance de la question religieuse » avait déclaré Nicolas Sarkozy dans son livre sur la place de la religion en République en 2004. A présent, nous savons comment il compte s’y prendre et quel sens revêt ce programme à toutes les échelles, depuis l’ordre mondial jusqu'à la définition de l’identité de chacun.

  

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon

 22 janvier 2008

UN AVIS ECLAIRE DE LA LAÏCITE SELON SARKO

LE DISCOURS DE LATRAN DU PRESIDENT DE LA  REPUBLIQUE FRANCAISE CONTRE LA LAïCITE REPUBLICAINE

   

Sommaire

  I. Le discours de Latran Un manifeste global  Une relecture orientée de l’Histoire de France  Une lecture cléricale de la Loi de 1905  Une amnistie de la violence cléricale  La haine des Lumières   II. Laïcité, choc des civilisations  Le choc des civilisations  Le monde post idéologique selon Nicolas Sarkozy   III. Lever le verrou de la laïcité française  Un discours pour l’actualité  Reconfessionaliser la société   IV. La laïcité républicaine en danger  L’ancrage intime du fait religieux  La question du sens de la vie chez Nicolas Sarkozy  La « laïcité positive »  V. Un projet concret de remise en cause de la Loi de 1905  Le rapport Machelon  Un moment de vérité    
 LE DISCOURS DE LATRAN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE CONTRE LA LAïCITE

REPUBLICAINE

  

« J’ai été invité à présenter récemment ce  travail sur le discours prononcé par le président de la  République au Vatican. Ce discours a en effet soulevé une grande émotion. Il a donné lieu à interpellations du gouvernement par l’opposition dans les deux assemblées. Il a provoqué une série d’interventions publiques du grand maitre du Grand Orient de France Jean Michel Quillardet. De nombreux intellectuels ont pris position.

  

En France, la laïcité de l’Etat est une question sensible. Car le pays a connu trois siècles de guerre civile religieuse, ouverte ou larvée. Les principaux courants qui en ont été protagonistes sont toujours présents et actifs. L’instauration de la laïcité comme principe organisateur et pacificateur de notre république est le résultat de cette histoire. Depuis la loi fondatrice de 1905 instituant la séparation des églises et de l’Etat, le débat a été ouvert à de nombreuses reprises sous des formes diverses et les citoyens s’y sont toujours engagés avec force. Le discours du président de la république, par la radicalité de sa rupture avec les principes constant de la République sur ce sujet, semble devoir ouvrir une nouvelle période de confrontation.

  

Le discours de Latran

  

1. UN MANIFESTE GLOBAL

  

Ce discours ne doit pas être lu comme l’expression de la sensibilité personnelle de Nicolas Sarkozy en matière religieuse.  Certes, le président est, selon ses propres termes, un « catholique de tradition et de coeur ». Personne ne lui en fait grief. C’est une conviction qui relève de la sphère privée. Au demeurant il n’est pas le premier président de la république française à être croyant et pratiquant.

  

Le discours du président de la République devant le chapitre de saint jean de Latran, est une parole officielle prononcée au nom de la République française. C’est celle du président de la République es qualité, représentant tous ses concitoyens français, au moment ou il accepte d’endosser une fonction honorifique liée par tradition folklorique à sa charge, celle de chanoine de Latran, paroisse de l’Etat du Vatican dans la ville de Rome. Sur le moment, puis à la suite de son allocution, le président a souligné à diverses occasions l’importance particulière de ce discours. Il s’agit bien d’une définition des principes et de la vision auxquels il entend se référer à propos de la place du fait religieux dans la vie des sociétés modernes en général et de la religion catholique en France en particulier. 

 

Les discours qu’il a ensuite prononcé à Ryad en Arabie saoudite, puis pour ses voeux devant le corps diplomatique ou à l’occasion de la réception des chefs religieux à l’Elysée ont confirmé l’importance du discours de Latran dans la définition de la politique que veut conduire le chef de l’Etat. Il existe ainsi une sorte de continuité entre ses différentes expressions qui se complètent de façon assumée. Elle dessine un tableau d’ensemble. Il se fonde sur une analyse du rapport de la société humaine au fait religieux. Il s’articule, par degré, avec une approche qui prétend ancrer la démonstration dans une prétendue aspiration irrépressible des individus pour la transcendance.

   

Le discours de Latran est assumé comme un discours de rupture avec les précédentes prises de position des présidents de la république française à propos des rapports avec l’église catholique. Mais cette rupture n’est pas seulement l’énoncé d’un nouveau cadre conceptuel. Elle fonctionne comme une transgression, c'est-à-dire comme une inversion du point de vue qui avait prévalu jusqu'à présent.

  

On constate en premier lieu que le président Nicolas Sarkozy a adopté l’angle sous lequel l’église catholique romaine se situe dans ses controverse avec la république française depuis sa fondation et même face à ses rois sous l’ancien régime. De bien des façons c’était le préalable à l’énoncé de la nouvelle politique.

  

2. Une relecture orientée de l’histoire de France.

  

Quand l’histoire de France cesse d’être une matière scientifique pour devenir un récit politique, deux lectures se présentent le plus souvent. La version républicaine traditionnelle raconte l’émergence progressive et douloureuse de la nation et de la souveraineté populaire au fil d’une histoire de conflits avec l’église et l’ancien régime monarchiste. L’autre raconte la supposée permanence chrétienne de l’histoire des français et positionne faits et jugements dans leur relation à cette fidélité.

  

C’est, pour faire simple, la « gesta deii per francos » de Grégoire de Tours, la «geste de dieu à travers les Francs ».

 Evidemment cette histoire est censée être construite en osmose étroite avec la papauté. Parmi tant d’autres cet état d’esprit est celui qu’évoque cette mise en garde du pape Léon XIII dans les années de la République française renaissante : « La France ne saurait oublier que sa providentielle destinée l'a unie au Saint-

Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu'elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et sa gloire la plus pure. Troubler cette union traditionnelle, serait enlevé à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde ». (Allocution aux pèlerins français, 13 avril 1888.)

  Cette vision se réfère volontiers à de supposées « racines » qui lieraient le présent au passé profond et dont l’amputation menacerait l’identité même du pays. Comme si chacun était uni au passé par cet organe mystérieux et comme si le passé était autre chose qu’une reconstruction opérée par chacun en fonction des préoccupations du présent ! Le président de la république a fait sienne cette seconde lecture de l’histoire de France. « Comme Benoît XVI, déclare le président, je considère qu„une nation qui ignore l„héritage éthique, spirituel, religieux

de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d„histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c„est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire ».

  Dés lors, à propos de son installation comme chanoine honoraire de saint jean de Latran il proclame. « J„assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise ». En effet… La démonstration va donc être un florilège de poncifs éculés. Rien n’est plus parlant que cette phrase d’accroche du début de son propos. « C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe.. C’est, collées l’une derrière l’autre, plusieurs légendes chère à l’historiographie catholique la plus désuète. Le fait, quoiqu’en dise le président, est très loin « d’être là »…En effet le baptême de Clovis n’est pas du tout  un fait historique avéré. Ses rares mentions sont extrêmement évasives dans les textes religieux de référence. En vérité le roi franc fut allié avec l’Église romaine au moment ou l’un et l’autre y avait un intérêt mutuel. Le roi franc pour entrer dans le sud gallo romain bien christianisé, l’église romaine pour réprimer la contagion de l’hérésie arienne qui menaçait son autorité dans le clergé. En fait de conversion et autre prodige spirituel c’est en réalité la première forme d’alliance entre Eglise et pouvoir politique en vue d’un objectif commun de domination mutuellement assistée. Le reste des évocations historiques ne vaut pas mieux. Clovis n’est pas du tout le premier souverain chrétien. Avant lui l’empereur Constantin et quelques autres ou bien l’empereur Théodose l’étaient déjà. De même nombre de

princes et princesses burgondes comme la propre épouse de Clovis l’étaient avant lui. On mesure aux erreurs flagrantes du récit historique sa vocation purement allégorique. Le Président fait sienne une légende pour suggérer l’évidence de la leçon qu’elle est censée porter. « Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière.

 

Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes »

 

Essentiellement, c'est-à-dire en ce qui concerne son essence même, sa nature intime. L’inné des français, pour Nicolas Sarkozy serait chrétien.

  

On doit s’attarder un peu sur le recours à l’histoire profonde du  pays pour comprendre que l’exercice n’est pas neutre en lui-même. Tant que le président cite des écrivains et des gens d’églises, il est dans son rôle d’évocation de la participation des français à une histoire religieuse qui a beaucoup compté pour eux. Mais quand ces évocations portent sur des personnages politiques il en va tout autrement. Notamment quand il s’agit d’évocation de personnage d’ancien régime. Entre l’ancien régime et la République, c’est la rupture qui fait sens, et non l’apparente impression de continuité que donnent la permanence des lieux et la suite des générations. La rupture est celles des principes, des valeurs, des mobiles d’action, des objectifs. Se référer à une histoire commune avec l’ancien régime pour un gouvernant républicain, c’est prendre le risque permanent du contre sens politique. Sans aucun doute le président ne le sait pas. Peut-être n’y a-t-il jamais réfléchi. Il n’empêche. La Référence à Louis IX, canonisé par l’église et connu sous le nom de « saint Louis » est particulièrement malheureuse. On comprend qu’il s’agit de montrer que le pouvoir lui-même en France a été si près du catholicisme qu’il a été reconnu par lui comme figure exemplaire de ses propres valeurs. C’est d’ailleurs un classique des admonestations des papes à tous les souverains français avec qui ils ont été en conflit : citer comme contre modèle « saint louis » leur ancêtre ! Le président veut donc en saluer la « contribution spirituelle » et la « signification morale de portée universelle ».

  

Rien n’est plus discutable. Les raisons qui ont valu au roi Louis IX d’être canonisé par l’église et l’expression de sa piété dans ses décisions politique ne méritent pas l’hommage d’un républicain. Et peu nombreux sont ceux qui voudraient s’en réclamer s’ils ne s’arrêtaient pas à la légende aimable du roi rendant la justice sous son chêne. En effet le roi Louis IX (1214-1270) fut l’initiateur des boucheries et du fiasco de la 7ème (1248-1254) et de la 8ème croisades (1270). Il s'illustra surtout dans des persécutions sans précédent contre les hérétiques et les juifs. C’est ainsi qu’il institutionnalisa une répression féroce du blasphème par le supplice du pilori et du percement de la langue au fer rouge. En 1242, il soutient une controverse théologique contre le Talmud et ordonne un autodafé de Talmuds à Paris. En 1254, il bannit de France les Juifs qui refusent la conversion. Le succès n’ayant pas été total, il revient à la charge en 1269 pour instaurer le port par les Juifs de signes vestimentaires distinctifs : la rouelle pour les hommes et un bonnet spécial pour les femmes. Le but, annoncé publiquement à l’époque, est de prévenir tout risque de mariage mixte en application d’une recommandation papale de 1215 qui n’avait jamais été appliquée jusqu’alors en France.

 

On voit que le maniement des références et des symboles d’osmose avec la papauté comporte le risque de prendre à son compte une histoire et des préoccupations qui sont précisément ce avec quoi la laïcité de l’Etat Républicain a voulu rompre. Le discernement serait tout aussi utile quand il s’agit d’évoquer une sainte figure comme celle de Bernard de Clairvaux (10901153) grand prédicateur de la 2ème croisade (1147-1149) qui s'était alors rendu célèbre par ses mots d'ordre radicaux « le baptême ou la mort » ou encore « conversion ou extermination »…

  

La pertinence des références louangeuses à l’ancien régime dans le discours d’un président de la République n’est pas seulement sujette à caution du point de vue des principes républicains. Elle ne l’est pas seulement à l’égard de l’exactitude des faits sur lesquels il pense pouvoir prendre appui. Elle l’est aussi du point de vue du choix partisan que le président opère à l’intérieur de cette histoire quand il résume les rapports des rois avec la papauté à une fidèle allégeance.

  

Ainsi quand il affirme qu’après le supposé baptême de Clovis, «à de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l„occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre ». Car les rapports des rois de France avec la papauté sont aussi une longue histoire de conflits très durs où l’une et l’autre des deux parties a cherché à se rendre maître de l’autre pour utiliser à son profit le pouvoir dont il disposait dans son domaine temporel ou spirituel. Le fait est que ce sont les papes qui ont été à l’initiative de ces tentatives de prises de contrôle et qu’ils ont échoué. Les rois de France ont été souvent beaucoup plus efficaces quand à leur tour ils se sont mêlés de vouloir contrôler la papauté.

  

Certes le pape Boniface VIII à tenté en 1300, d’imposer son autorité au roi de France Philippe le bel avec la bulle « Unam sanctam ». Sans succès. Mais les rois de France ont fabriqué la papauté d’Avignon…. Ils ont dénoncé dès 1418 les « abus » du pape et limité son pouvoir sur l’église de France. Ils ont instauré ou rétabli, à de multiples reprises, des mesures de contrôle ou de rétorsions contre les menées des « successeurs de Pierre ».

  

La vérité historique est donc très loin de la légende papale de rois humblement agenouillés à leurs pieds pour prendre conseil…. On ne peut oublier que deux rois de France, Henri III et Henri IV, furent assassinés par des « fous » sous influence directe des ligues catholiques. Enfin on sait que les papes condamnèrent toutes les législations royales de tolérance depuis les décrets du roi Henri II autorisant en France le séjour des juifs chassés d’Espagne jusqu’à l’édit de Nantes. On mesure mieux alors combien cette histoire concrète est loin de la légende que le président de la république a choisi de prendre à son compte.

  

3. UNE LECTURE CLERICALE DE LA LOI DE 1905

  

Le choix partisan des références prise dans l’histoire de l’ancien régime ne fait que préparer dans le discours de Latran un alignement du vocabulaire du président de la République bien plus spectaculaire et politiquement alarmant dans le jugement porté sur la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905.

  

Cette loi n’a jamais été analysée par l’Eglise de Rome comme une simple loi d’organisation de la vie commune d’un pays démocratique. Son opposition porte sur le fond de ce qu’implique la séparation des églises et de l’Etat.

  

Cette opposition est totale. Elle est constante. Elle a été rappelée jusqu’en 2005 par le pape Jean-Paul II. La citation de son propos est indispensable pour comprendre l’état d’esprit qui anime le Vatican à ce sujet et dont le vocabulaire choisi par ses porte parole rend compte. On sera alors d’autant plus stupéfait de retrouver les mêmes termes dans la bouche du président de la République française. Voici ce qu’écrit Jean-Paul II aux évêques de France le 11 février 2005 : « En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État fut un événement douloureux et traumatisant pour l.Église en France.» Retenons ces deux adjectifs : douloureux et traumatisant. Ce n’est pas de l’inventaire des biens d’église dont il est question ni du refus de la masse des français de répondre aux appels à la résistance que leur lançait le clergé dont il est question à propos de ce traumatisme. C’est du fond.

  

L’explication du pape est claire : c’est la rupture avec le modèle de la religion d’Etat qu’il dénonce. Voici comment il résume cette « souffrance » à propos de la loi de 1905: « Elle réglait la façon de vivre en France le principe de laïcité et, dans ce cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l’Institution ecclésiale une place au sein de la société. La démarche religieuse de l’homme n’était plus alors considérée que comme un simple sentiment personnel, méconnaissant de ce fait la nature profonde de l’homme, être à la fois personnel et social dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension spirituelle. » Chaque mot compte dans cette présentation.

  Ce que dit le président de la république n’en est que plus stupéfiant. « Je sais les souffrances que sa mise en oeuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. » C’est très exactement le point de vue clérical. Et le président poursuit de façon tout aussi

incroyable en donnant raison après coup aux rébellions de l’Eglise : « Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, une reconstruction rétrospective du passé. »

  

Enfin il conclut : « C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont  désarmé l„anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations » Tout est blessant dans cette déclaration. La stigmatisation de la loi au motif qu’elle n’aurait pas été à l’époque une loi de liberté, acquitte la papauté de l’époque de ses appels à la désobéissance à la loi.

  

La présentation du clergé comme la victime de la situation donne raison au refrain constant de la propagande cléricale. Et plus choquant encore l’évocation du rôle des prêtres dans la guerre de 14 non comme citoyens faisant leur devoir mais comme représentants d’un corps constitué. Sur ce sujet, si mal choisi, il reste à apprendre au président de la République que dans sa condamnation de la loi de 1905 le pape de l’époque protestait aussi contre le fait que l’on décide d’ « […] arracher les clercs à leurs études et à la discipline ecclésiastique pour les astreindre au service militaire ». Comme si c’était l’anticléricalisme qu’il fallait désarmer alors et non plutôt le cléricalisme forcené qui se déchaîna contre la loi de 1905. Le Président aurait du lire, avant de parler, le texte de l’encyclique « Véhementer nos » publiée en 1906. La violence du ton rappelle assez bien le niveau de tensions que l’église s’est efforcé de créer à l’époque. Jugeons sur pièce. « Qu'il faille séparer l'Etat de l'Eglise, dit l’encyclique, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'Etat ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, […] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » «En vertu de l'autorité suprême que Dieu nous a conférée, déclare le pape, nous réprouvons et nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu'elle renie officiellement, en posant en principe que la République ne reconnaît aucun culte. » Et l’encyclique appelait ouvertement à l’insoumission à la loi: « En conséquence, nous protestons solennellement de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu'elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de l'Eglise pour les infirmer. » Le Vatican mènera ensuite une politique de provocation systématique contre la loi de 1905 et son application. Ainsi Pie X interdit aux catholiques d’organiser les associations cultuelles sur lequel reposait le système d’attribution des locaux religieux prévus par la loi de 1905. L’interdit ne sera officiellement levé par le Vatican qu’en 1924.

  

Pendant 20 ans donc, le Vatican incita donc au sabotage de la loi et contribua directement aux conditions difficiles de son application.

  

Ce qui était en cause, pour l’église catholique, ce n’était pas seulement la séparation de l’Eglise et de l’Etat mais toutes les mesures de laïcisation de la société. Le pape dénonçait en effet que les lois républicaines prévoient de « violer la sainteté et l'inviolabilité du mariage chrétien par des dispositions législatives en contradiction formelle avec elles […] laïciser les écoles et les hôpitaux […] On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux […] supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint […] effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux […] banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion. » Cette indignation, nous nous contentions de la trouver risible, rétrospectivement. Mais s’il faut entendre le président de la République la justifier après coup comme une « souffrance » et plaider que la loi ait été à l’époque moins tolérante et soucieuse de liberté qu’il y parait, on doit alors rappeler au nom quelle conception obscurantiste de la tolérance et de la liberté le pape condamnait la loi dans son encyclique ! Voici ce qui serait en cause selon lui : « Les dispositions de la nouvelle loi sont, en effet, contraires à la Constitution suivant laquelle l'Eglise a été fondée par Jésus-Christ. Il en résulte que cette Eglise est par essence une société inégale […] dans le corps pastoral seul, résident le droit et l'autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société. Quant à la multitude, elle n'a pas d'autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. (…) la religion est la règle suprême et la souveraine maîtresse quand il s’agit des droits de l’homme et de ses devoirs »

  

4. Une amnistie de la violence cléricale

  Ce rappel du point de vue réel de la papauté face à la loi de 1905 montre à quel point son vote et son application a été un rapport de force et non un compromis, du fait de l’église et d’elle seule. Ce qui est une reconstruction du passé c’est de passer sous silence les motifs dogmatiques qui sont à l’origine du comportement politique agressif du pape à l’époque et de ses successeurs depuis. Les extraits de leur expression officielle, cités précédemment, le montrent. Mais on pourrait aussi bien rappeler le contexte politique d’alors qui vit, par exemple, le pape refuser de recevoir le président de la République française de l’époque parce que celui-ci avait rencontré le président de la république italienne à Rome, ville sur laquelle le pape maintenait une revendication territoriale ! Surtout on devrait, pour bien comprendre la tension du moment, rappeler quels avaient été les plus récents rappels officiels de la doctrine catholique, car c’est eux qui ont aussi fortement contribué à la réaction de bons sens qu’a été la loi de 1905. Les papes les avaient opposés de façon constante aux revendications et aux avancées républicaines. L’étroitesse et la violence du ton et des énoncés sont stupéfiante. Elles rappellent pourquoi le modéré Aristide Briand avait pu conclure à une « incompatibilité fondamentale » entre l’église

traditionnelle et la démocratie. Ainsi l’encyclique « Mirari Vos » de 1832 dénonce de la liberté d’opinion et de conscience : « De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses (…) » Ou la dénonciation de la liberté de la presse : « À cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains hommes osent avec tant de bruit et tant d’insistance, demander et étendre partout. » Puis l’encyclique « Quanta Cura » de 1865 fait l’inventaire des « principales erreurs de notre bien triste époque, comme idées fausses et opinions trompeuses et perverses ». Par exemple l’idée que « la volonté du peuple constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin ». C'est la légitimité du suffrage universel et des travaux parlementaires qui sont ainsi niées! Il y a aussi la condamnation de la « liberté de manifester hautement et publiquement les opinions » présentée comme « liberté de perdition ». Et, plus peccamineux si cela est possible, « le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jette plus facilement les peuples dans la corruption des moeurs et de l'esprit, et propagent le fléau de l'indifférentisme »

  

Quand les débats qui vont conduire à la loi de 1905 se nouent de longue main dans les sociétés progressistes et les loges maçonniques le discours de l’église de l’époque est celui de cette incroyable dogmatisme. Peut-être a-t-on oublié qu’il va jusqu'à contester l’idée même d’une autonomie de la raison et de la morale. L’encyclique « Quanta Cura » (1865) en dénonce « le principe impie et absurde du naturalisme » qui voudrait « que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion ». Elle théorise le cléricalisme en affirmant que « la puissance de salut de l’Eglise catholique doit s’exercer librement, non moins à l'égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs » et réaffirme la nécessité « que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'État ». Telle est l’ambiance intellectuelle qu’organise à l’époque la papauté en face des doctrines républicaine de souveraineté populaire pleine et entière dans tous les domaines de la vie en société.

  

Comment comprendre que le président de la République, dont la fonction est l’héritière de cette lutte davantage que de mythique baptême de roitelet francs ou de prédicateurs de croisades puisse, quand il l’évoque, ne puisse retenir que les « souffrances » du clergé sectaire et violent qui s’y est opposé de toutes ses forces ?

  5. LA HAINE DES LUMIERES   Cette interrogation n’est pas de pure forme polémique. Le discours de Latran répond sur ce plan spécifique. Le Président considère que le processus dont le siècle et le courant des Lumières sont l’apothéose n’est pas le mouvement qui compte à ses yeux, quand bien même a-t-il fait « naître l’ère moderne » selon le mot de Goethe à propos de la grande révolution française. Au contraire. Pour Nicolas Sarkozy, le président de la République, les lumières appartiennent à un espace intellectuel auto limité. De ce fait même elles sont intrinsèquement dangereuses. Son analyse à ce sujet, telle qu’elle est formulée dans le discours de Latran, sert de matrice pour d’autres discours et interviews de presse. Son importance n’a d’égal que sa gravité.« Depuis le siècle des Lumières, déclare le président, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies ! Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives -que je ne mets évidemment pas sur le même plan –n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence. » Ce serait assez que ces mot aient été prononcés pour que n’importe quelle conscience républicaine se sentent profondément blessée par la violence de l’injure qui est ainsi faite. Mais ce qui sans doute est le plus affligeant et consternant est que ces mots aient été empruntés quasi littéralement au pape Jean-Paul II lui-même pour qui le rejet des lumières est un élément central de la construction dogmatique du catholicisme. Pour ce dernier en effet, les Lumières sont le terreau des crimes et tragédies politiques du vingtième siècle. Dans le texte intégral du chapitre « Lumières et idéologies du mal » du document intitulé « Mémoire et Identité » paru en mars 2005, Jean-Paul II étend sa condamnation à la Renaissance elle-même. La raison de fond est parfaitement cohérente. C’est la négation de toute part de vérité pour tout ce qui ne procède pas de la révélation. Ces prémices sont d’ailleurs rappelées avec force en conclusion des raisonnements exposés par le pape : « « Le code moral provenant de Dieu est la base intangible de toute législation humaine dans n’importe quel système, en particulier dans le système démocratique. La loi établie par l’homme, par les parlements et par toute autre instance législative humaine, ne peut être en contradiction avec la loi naturelle, c'est-à-dire, en définitive, avec la loi éternelle de Dieu. » Cette conclusion doit être connue pour bien mesurer toute la portée du raisonnement papal et comprendre la radicale incongruité du ralliement qu’y proclame le président de la République. Le moment est donc venu de citer ce qui se rapporte à l’analyse des lumières dans le texte de Jean-Paul II pour mesure quel « copié/collé » est le discours du président sur ce point ! « Les idéologies du mal sont profondément enracinées dans l’histoire de la pensée philosophique européenne, écrit le pape ! […] Dans la mentalité des Lumières, le grand drame de l’Histoire du Salut, le fait que l’homme a été racheté et est devenu participant de la vie même de Dieu par l’action du Christ, tout cela avait disparu. L’homme était resté seul : seul comme créateur de sa propre histoire et de sa propre civilisation ; seul comme celui qui décide de ce qui est bon et mauvais, comme celui qui existerait et agirait même si Dieu n’existait pas. Et si l’homme peut décider par lui-même,

sans Dieu, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, il peut aussi disposer qu’un groupe d’hommes soit anéanti. Des décisions de ce genre furent prises sous le IIIème Reich. […] Des décisions analogues furent prises par le parti communiste de l’Union soviétique et des pays soumis à l’idéologie marxiste.

  […] Cela est arrivé parce que Dieu en tant que Créateur a été rejeté, et du même coup la source de détermination de ce qui  est bien et de ce qui est mal. » Les lumières « drame dans l’histoire du salut », c'est-à-dire dans la relation de Dieu à sa création, à l’origine des crimes nazis ! On apprécie mieux après cela toute l’impudence hypocrite de l’accusation mille fois répétées par les cléricaux quand ils dénoncent le « sectarisme » et « l’intolérance » des laïques.   ˜      ˜      ˜      ˜      ˜ 

2. Laïcité et choc des civilisations.

  

Cependant, l’outrance de ce point de vue a son mérite. Elle signale avec force la piste par laquelle le « raisonnement »  religieux fournit une passerelle conceptuelle efficace vers un autre corps de doctrine plus trivialement préoccupé de réalité géopolitique. Il s’agit de la théorie du « choc des civilisations » formulée par Samuel Huntington. Elle est au coeur de la pensée du président Sarkozy à propos de la réalité mondiale de notre époque. Il y a exprimé à de très nombreuses reprises son adhésion intellectuelle. C’est au point que l’on peut se demander si les manifestations d’enthousiasme religieux du président ne sont pas la conséquence de son adhésion à cette théorie plutôt que l’inverse. Le raisonnement de politique étrangère serait premier, l’intime conviction religieuse serait seconde. On pourrait être conduit vers cette conclusion par l’écart remarquable qui apparaît entre la vie réelle du président et ses déclarations de foi religieuse et d’adhésion à la morale catholique.

  

Sans entrer dans les détails qui nous égareraient dans les colonnes de la presse people, on retiendra seulement combien il est étrange qu’une personne excommuniée du fait de ses divorces puisse accepter d’être « chanoine honoraire » de la paroisse du Vatican lui-même. Mais il faudrait alors s’étonner que ceux qui l’ont excommunié n’y voient eux mêmes aucun obstacle, alors même que leur intransigeance doctrinale peut-être aussi violente que les citations précédentes l’ont rappelé…

  

1. Le choc des civilisations

  

La théorie du choc des civilisations a été exposée par Samuel Huntington professeur à l’université de Harvard aux Etats-Unis. Son texte a été publié en français en 1997.

  

En voici un résumé sommaire. Selon lui l’histoire des conflits humains dans le monde occidental a connu trois âges. D’abord quand les princes voulaient étendre leurs territoires (de 1648 à 1789). Puis quand les nations et les peuples ont voulu bâtir leurs empires (1789 à 1918). Enfin quand les idéologies se sont confrontées sur toute la surface du globe (1918 à 1989). Commence désormais l’âge des conflits de civilisations. La civilisation est le niveau concret le plus large auquel un individu s’identifie. Elle est un donné qu’on ne choisit pas mais qui s’impose à soi. Il délimite en même temps un espace politique pertinent : eux et nous, ami ennemi. Pour l’essentiel les lignes de fracture entre civilisations sont religieuses. Elles dessinent la géographie politique réelle puisque chaque appartenance religieuse recherche l’appui des siens. Ainsi les tchétchènes musulmans avec les nations musulmanes, les arméniens avec les chrétiens et ainsi de suite. Dans ce paysage la civilisation musulmane n’aurait que des frontières sanglantes, avec les autres blocs civilisationnels et il en irait de même entre nations musulmanes. Cet état de fait résulte du contenu culturel qui est le sien. Dans ce contexte l’Occident dont la population est minoritaire, depuis qu’elle est passée de 44 % du total mondial à 13%, est menacé de déclin et de submergement. Elle doit donc faire face. Et pour cela elle doit commencer par s’assumer.

  

Il est important de rappeler que la cohérence interne de cette présentation ne valide pas pour autant l’objectivité de ses énoncés. Nombreux sont les chercheurs qui ont aussitôt démontré le caractère très relatif de chacun des idées pourtant proposées comme des certitudes. Par exemple, le concept de civilisation est moins étanche que ne l’affirme Samuel Huntington. La description d’une civilisation à partir du fondement religieux est un réductionnisme. Elle n’est donc pas pertinente. Enfin la filiation de cette théorie et ses emprunts aux penseurs du déclin de l’occident d’avant la deuxième guerre mondiale l’expose aux suspicions que ces sources ont déjà méritées dans le contexte des années trente.

  

Une remarque enfin a de l’importance pour comprendre le positionnement de Samuel Huntington après l’énoncé de sa thèse. Il ne milite pas pour le choc annoncé. Au contraire. Son travail se présente comme un outil pour éviter le conflit qui menace. C’est une habileté de méthode que le président de la république fait également sienne au fil de ses discours. Il n’en reste pas moins que du seul fait de son énoncé, la théorie du choc des civilisations formule une lecture globale de la réalité qui génère ses propres prescriptions implicites.

  

2. Le monde post idéologique selon Nicolas Sarkozy

  C’est elles que les discours de Nicolas Sarkozy reprennent à leur compte à tout propos. La « politique de civilisation » est son leitmotiv, déclinaison en français de l’argumentaire de Huntington. Ainsi, quand il a présenté ses voeux au corps diplomatique. Il a affiché sans détours, à la fois sa vision de l’ordre du monde et le positionnement qu’il en déduit. « Deux défis contribueront à structurer la société internationale du XXIème siècle, peut-être plus profondément que les idéologies ne l’ont fait au XXème siècle. Le premier défi est celui du changement climatique […] Le deuxième défi est celui des conditions du retour du religieux dans la plupart de nos sociétés. C’est une réalité, seuls les sectaires ne le voient pas. C’est une réalité incontournable qui avait, en son temps, été prévue par Malraux. Dans mon discours de Saint Jean de Latran, discours auquel j’attache beaucoup de prix, j’ai précisé ma conception d’une laïcité où la place de la religion serait définie en termes plus positifs. » On notera le lien fait d’un seul mouvement entre l’affirmation de la centralité du fait religieux, la dénonciation des « sectaires » qui le nieraient et la remise en cause du modèle laïque en vigueur en France ! Rien ne souligne mieux que cet enchaînement le caractère étroitement  idéologique de cette analyse de la réalité du monde…De cette vision du monde il déclare déduire une stratégie globale. Elle suit exactement la recommandation de Samuel Huntington. « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. » On relèvera d’abord comment cette appartenance vient en écho de son analyse devant les ambassadeurs de France en août 2007 au cours de laquelle il avait diagnostiqué que le « Premier défi, sans doute l’un des plus importants » pour le monde serait : « comment prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident » Puis on soulignera comment cette référence à la « famille » exprime la force quasi biologique du lien de civilisation. Ce positionnement est présenté comme une rupture et cette rupture située par rapport au contenu du discours de Latran. C’est un tout en effet. La référence à la « famille occidentale » de la France se poursuit dans tout le reste du discours, les pays de l’Est étant qualifiés de « derniers arrivés dans la famille » et le reste du monde étant qualifié d’ « extérieur de la famille occidentale ». Il est très frappant d’observer que pour le président, cette appartenance à une civilisation lui crée un devoir égal à celui qu’il reçoit de son mandat de gardien des institutions de son pays. Le balancement d’une séquence du discours de Ryad le souligne

avec force : » J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines. Mais j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation ». Cette construction intellectuelle est déclinée de façon très détaillée dans l’organisation du discours que le président a prononcé peu avant à Ryad, en Arabie saoudite.

  Tous les paramètres de la théorie du choc des civilisations y sont repris. Et d’abord la centralité du fait religieux comme fondement dorénavant explicatif de l’histoire humaine. « Je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient pas de racines religieuses. » déclare Nicolas Sarkozy devant le roi wahhabite. Il enfonce le clou : « Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale, même si elle incorpore bien d’autres influences philosophiques, n’ait un tant soit peu une origine religieuse. (…) Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. » En fait la religion est à l’origine de la civilisation elle-même. « Ce sont les religions, proclame-t-il, malgré tous les forfaits qui ont pu être perpétrés en leur nom, qui nous ont les premières appris les principes de la morale universelle, l’idée universelle de la dignité humaine, la valeur universelle de la liberté et de la responsabilité, de l’honnêteté et de la droiture. » La religion est surtout à la racine de l’universalité. Elle est l’universel concret. « C’est peut-être dans le religieux explique Nicolas Sarkozy, que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort. » Et cela jusqu'au point où la religion est déclarée comme le vecteur par lequel la nature humaine elle-même est rendue possible. Le président proclame en effet «cette vérité qu’il y a dans toutes les religions, les croyances et les cultures quelque chose d’universel qui permet à tous les hommes de se reconnaître comme faisant partie de l’Humanité, de se parler, de se comprendre, de se respecter, de s’aimer ». Dans ces conditions le dialogue des religions est le ressort le plus efficace de la constitution d’une communauté internationale apaisée. « Quand Sa Majesté le Roi Abdallah rencontre le Pape, ce geste a plus d’importance pour la paix et pour l’avenir de la civilisation que bien des conférences internationales » explique le chef du deuxième réseau diplomatique du monde ! Tout se tient. Si les lumières sont la source des crimes du précédent siècle, les religions sont le gage de la paix à l’époque contemporaine ! La religion est bien le futur post idéologique de l’ordre du monde.

La coalition des religions est alors l’avenir souhaitable et utile.

  

C’est ainsi, à propos de cette rencontre du pape et du sultan, que le président de la République est conduit a prononcer cet exorde incroyable dans la bouche d’ un chef d’Etat laïque : «En faisant ce geste d’une portée immense, d’une portée symbolique, il signifie au monde, ce geste, qu’aux yeux du Roi, le temps n’est plus pour les religions à se combattre entre elles, mais à combattre ensemble contre le recul des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme, contre les excès de l’individualisme. »

   

˜      ˜      ˜      ˜      ˜

 

3. Lever le verrou de la Laïcité française

  

1. UN DISCOURS POUR L’ACTUALITE

  

Dans ces conditions, le discours prononcé à Latran n’est pas le règlement compte d’un homme de droite décomplexé avec le récit républicain traditionnel marqué par la domination intellectuelle du courant issu des Lumières. C’est un discours pour l’actualité et à propos de l’actualité telle que la voit le président et dans laquelle il pense que la France doit prendre place. Mais elle ne peut le faire en tant qu’Etat républicain construit sur les bases laïques telles qu’elles sont constituées par son histoire et en particulier celle de la loi de 1905. La République laïque ne peut connaître ni s’intégrer dans la logique du choc des civilisations. Cette impossibilité a éclaté dès son discours sur la politique étrangère de la France prononcé en novembre 2007. Il y affirmait que « le premier défi » que le monde aurait à relever ce serait « le risque de confrontation entre l’islam et l’occident ».

  

Cette lecture de l’état du monde à partir du fait religieux plutôt qu’en partant des politiques pratiquées par les états marquait une rupture du discours de politique étrangère de la France. Mais surtout il implique une conséquence inacceptable pour la France elle-même. Car les citoyens français de confession musulmane s’y trouvent immédiatement placés en situation d’impasse et de soupçon. La tension que cette vision du monde déclenche pour notre pays lui-même montre l’obstacle que représente pour cette vision la définition laïque de l’identité de la République française. On ne doit pas perdre de vue qu’il s’agit d’une opposition des principes fondamentaux mis en oeuvre. Laïcité et politique du choc des civilisations s’opposent point par point sur le plan des principes sur lesquels elles reposent. Coté choc des civilisations, la diversité est la donnée indépassable, côté laïcité c’est l’unité en soi de l’espèce humaine qui est le point d’appui. Là où la politique de civilisation prône la coexistence d’intérêts intrinsèquement différents, la vision laïque postule qu’il existe un intérêt général que la raison des citoyens peut discerner et promouvoir. Là où la politique de civilisation vise une identification à une « famille », la laïcité prône l’indifférence au religieux en politique pour rendre possible l’unité et l’indivisibilité de la communauté civique. C’est pourquoi, point pour point le président est aussi méthodique dans l’affirmation et la mise en oeuvre de sa vision du monde. Globalement son projet avéré est la reconfessionalisation de la société.

  

2. Reconfessionaliser la société.

  

La volonté de reconfessionalisation de la société française s’appuie dans le discours du président de nombreuses évocations de l’évidence de l’utilité sociale de la religion. Curieusement cette vision utilitariste n’est jamais contestée par les religieux eux-mêmes qui devraient pourtant en être les premiers offensés. « La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n.ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence », déclare le président dans son discours de Latran. Cette formule se retrouve dans quasiment chacun de ses discours à propos de la place des religions dans les sociétés contemporaines. L’idée est assez constante chez lui. En 2005, à Neuilly, devant l’association Bible, il déclare : « Lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! […] Les religions sont un plus pour la République ». Cette façon de voir le conduit à afficher un  soutien présidentiel en contradiction ouverte avec les dispositions de la loi de 1905 : « Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance ». Il en rajoute même dans un style oratoire très éloigné du mode d’expression traditionnel des responsables politiques en France : « En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention ».

  

Cet utilitarisme religieux a une racine idéologique qui va au-delà de l’incantation flatteuse du moment. A la suite du discours clérical, pour le président, une morale publique n’est pas sérieusement établie hors du religieux et de ses références. Dans le droit fil de la dénonciation des lumières et de l’impuissance de la République à dire le bien et le mal selon la formule utilisée par Nicolas Sarkozy, et en complète harmonie au mot près avec les prédications de Jean-Paul II, le président de la République n’a pas craint de s’avancer fort loin au delà de son rôle. Il explique à Latran : « S’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses.

  

D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.

  

Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. » Dés lors il passe de l’appui à l’action des religieux à la sollicitation la plus vive. Son discours lance un appel à une présence forte de la parole religieuse dans la vie de la société. « Mais ce que j’ai le plus à coeur de vous dire, lance t-il, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient ». Et le président se fait encore plus pressent dans l’interview qu’il donne juste après son discours du Latran au journal papal l’Osservatore romano : «Ça manque les intellectuels chrétiens, ça manque les grandes voix qui portent dans les débats pour faire avancer une société et lui donner du sens et montrer que la vie n’est pas un bien de consommation comme les autres. » Dés lors, la parole présidentielle ne peut que se placer à la frontière de ce qu’elle souhaite c'est-à-dire de la prédication. C’est clairement ce qui se passe dans cette interview quand le président explique dans le style d’un prêche : « Le message du Christ, c’est un message très audacieux puisqu’il annonce un Dieu fait de pardon et une vie après la mort. Je ne pense pas que ce message d’audace extrême et d’espérance totale puisse être porté de façon mitigée. Il nécessite une grande affirmation, une grande confiance et je suis de ceux qui pensent que dans les débats d’aujourd’hui, les grandes voix spirituelles doivent s’exprimer plus fortement » .

  

Cette confusion des genres rhétorique est spectaculaire dans le discours de Ryad. Est-ce vraiment le ton d’un président de la République française de se lancer dans une litanie qui affirme : « L’.Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. L’homme n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. L’homme n.est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu’il n’a reçu mais davantage. C’.est au fond ce qu’enseignent toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies. C’est l’essence de toute culture et de toute civilisation. »

  

Tous les observateurs ont été sidérés par le glissement vers la forme et le ton du prédicateur quand le président est passé à l’évocation de Dieu comme d’une entité présente et indubitable. Il l’a fait sur le mode d’une prière au contenu d’ailleurs assez significatif d’un certain aveuglement devant la réalité de l’action religieuse dans le monde: « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme. Dieu qui n’.asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect ». Dans l’élan de ce discours, la confusion des genres a été portée jusqu’au point où le président s’est institué commentateur et source de théologie à propos du contenu des religions. Est-ce bien à un chef d’Etat laïque de s’engager sur de tels contenus ? Il n’est pas sur que le monarque wahhabite à qui le discours était censé s’adresser ait vraiment adhéré à l’oecuménisme du président prédicateur.

  

Etait –il dans son rôle quand il lui a affirmé : « Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon. Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ?

 

Finalement, le Dieu unique des religions du livre. »

  La confusion des genres dans une parole qui passe du politique au registre religieux a connu des éveloppements inouïs dans les discours du président. Après la captation de la parole religieuse dans la forme du discours de prédicateur sont venus des confusions de genre entre l’activité religieuse et le mandat politique puis dans la hiérarchie des valeurs sociales. Ainsi quand il a comparé la vocation des prêtres et celle d’un président de la république. Qu’il s’agisse de la façon de parler des prêtres ou de lui-même tout dans ce moment de parole est hors norme de la part d’un chef d’Etat républicain. Jugeons plutôt sur pièce : « Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves. » Puis il vient à ce qu’il appelle sa vocation avec des mots qui ne sont plus ceux d’un homme qui porte un mandat électif confié par le peuple mais plutôt celui d’une onction de caractère mystique :

«  Sachez, dit-il, que nous avons au moins une chose en commun: c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne. »

  En faisant du sacré la mesure de l’authentique, le président a franchi un seuil inacceptable. Il a repris à son compte l’accusation injurieuse des ennemis de la République qui dénonçaient l’amoralisme de «l’école sans dieu » ». Entre le prêtre et l’instituteur le président a établi une hiérarchie odieuse que seuls les cléricaux les plus fossilisés pouvaient avoir à l’esprit : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »  ˜      ˜      ˜      ˜      ˜ 

5. La Laïcité républicaine en danger.

  

Ces phrases ont suscité l’indignation. Leur caractère provocateur ne doit pas détourner du devoir de contextualisation. Car le discours de Nicolas Sarkozy au sens large n’est pas un simple collage de slogans cléricaux éculés. Il dessine au contraire une vision globale cohérente où chaque énoncé épaule le précédent. Récapitulons. La centralité du fait religieux installe le paysage du monde des civilisations antagoniques. De là il suit qu’il y a un impérieux devoir de s’identifier à sa famille civilisationnelle et donc à ses racines religieuses pour être soi-même et rendre le dialogue avec les autres possible. Ce travail d’ancrage exige la présence forte du discours religieux dans la société et même sa prise en charge en tant que parole officielle par le pouvoir politique.

 

Dans ce cadre le sacré fourni l’échelle des valeurs dans tous les compartiments et entre toutes les fonctions. Ce résumé sommaire est forcément dressé à gros traits. Il permet cependant de souligner la cohérence de la construction intellectuelle mise en oeuvre.

  

1. L’ANCRAGE INTIME DU FAIT RELIGIEUX

  

Car ce discours prend une dimension ontologique quand il finit par proposer une description de la nature nécessairement croyante de l’homme. Dans le contexte politique français, en plein débat sur la baisse du pouvoir d’achat et alors que sa propre propension aux consommations ostentatoires est mise en cause, il est presque savoureux de lire que pour le président de la République, la « question du sens de la vie» se poserait à chaque conscience en réaction avec la frénésie de consommations matérielles…Pourtant, il n’hésite pas : « Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l„accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ». A Ryad, dans l’ambiance que l’on imagine, il reprend aussi cette antienne : « La vie de l’Homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas à l’Homme de consommer pour être heureux. ». Reste que cette aspiration spontanée à la foi religieuse serait spécifique à l’humanité et elle serait même sa caractéristique fondatrice. Le plus stupéfiant est que le chef de l’état, à Ryad, ai eu l’idée d’emprunter au roi Abdallah d’Arabie saoudite, dont il avait été auparavant magnifié le rôle de gardien des lieux saint de l’islam, une citation à propos des enseignements que portent les religions : « ces valeurs font dans leur ensemble l’esprit d’humanité et distinguent l’Homme des autres créatures. ». Ce serait là, selon le commentaire du président de la République, des « paroles magnifiques de vérité et de sagesse » .

  

Pour finir, cette convergence de perspectives sur laquelle le président s’étend longuement le conduit à conclure d’une façon ébahissante si l’on se souvient du lieu et du régime politique de l’Arabie Saoudite : « l’.Arabie Saoudite et la France n’ont pas seulement des intérêts en commun. Elles ont aussi un idéal commun. »»

  

Bien sur, cet ancrage du fait religieux comme trait identifiant de l’humain est mille fois replacé au centre des discours des pontifes romains. C’est même un point de départ. On le comprend. Il trouverait sa source dans l’aspiration des être humains qui seraient spontanément en recherche du sens de leur vie. Jean-Paul II s’est spécialement référé à cette question de la recherche du sens comme origine du fait religieux dans chaque être humain. Ainsi dans l’Encyclique « Fides et ratio » (1998), il y revient 63 fois sous diverses appellations : « sens ultime et plénier de la vie », « sens de l’existence », « sens dernier de la vie », « sens ultime et définitif de l’existence », « sens de la souffrance et du sacrifice, de la vie et de la mort ».

  

D’abord est posé ce fait que la question du sens est incontournable. L’encyclique déclare ainsi : « la quête de sens qui depuis toujours est pressante dans le coeur de l'homme » et «la vérité se présente initialement à l'homme sous une forme interrogative: la vie a-t-elle un sens? Quel est son but? » Puis elle complète : « plus l'homme connaît la réalité et le monde […] plus devient pressante pour lui la question du sens des choses et de son existence même. » et l'homme cherche un absolu qui soit capable de donner réponse et sens à toute sa recherche: quelque chose d'ultime, qui se place comme fondement de toute chose. » Après cela vient l’affirmation que la philosophie et les idéologies échouent à répondre à la question du sens. On se souvient de ce qui a été dit à ce propos par le pape comme par le président de la République contre le courant des Lumières et le matérialisme en général. On pourrait croire que ce serait là seulement en quelque sorte une extension du débat politique. Mais l’objectif de cette dénonciation est entendu à toute la philosophie d’une manière générale. Il s’agit pour l’Eglise de disqualifier toute tentative philosophique de nier la pertinence de « la question du sens ».

  

« On doit noter, explique l’encyclique, que l'un des aspects les plus marquants de notre condition actuelle est la crise du sens. […] plus d'un se demande si cela a encore un sens de s'interroger sur le sens. […] Et de montrer que cette négation conduit toujours au pire. « De nombreuses philosophies ont renoncé au sens de l'être » reproche le pape avant de stigmatiser cette attitude : « Une philosophie qui voudrait refuser la possibilité d'un sens dernier et global serait non seulement inappropriée, mais erronée. » avant de conclure : « Une philosophie qui ne poserait pas la question du sens de l'existence courrait le grave risque de réduire la raison à des fonctions purement instrumentales, sans aucune passion authentique pour la recherche de la vérité. »Dans ces conditions comme on s’y attend la religion serait la seule réponse naturelle à la question du sens. « L'homme atteint la vérité par la raison, parce que, éclairé par la foi, il découvre le sens profond de toute chose, en particulier de sa propre existence. ». Un raisonnement est alors proposé pour décrire cette démarche. D’abord, « a conviction fondamentale de la « philosophie » contenue dans la Bible est que la vie humaine et le monde ont un sens et sont orientés vers leur accomplissement qui se réalise en Jésus Christ. » Ensuite « Le Fils de Dieu crucifié est l'événement historique contre lequel se brise toute tentative de l'esprit pour construire sur des argumentations seulement humaines une justification suffisante du sens de l'existence. »Enfin, « La parole de Dieu révèle la fin dernière de l'homme et donne un sens global à son agir dans le monde. C'est pourquoi elle invite la philosophie à s'engager dans la recherche du fondement naturel de ce sens, qui est l'aspiration religieuse constitutive de toute personne. » Toute la philosophie n’a de justification que si elle épaule la religion !

  

Ces phrases ont été écrites non au moyen âge mais il y a quelques années.

  

2. LA QUESTION DU SENS DE LA VIE CHEZ NICOLAS SARKOZY

  

En droite filiation avec sa source religieuse, la « question du sens » est placée au centre du raisonnement dans le discours de Nicolas Sarkozy. Elle instituerait évidemment la tendance spontanée à se tourner vers la transcendance qui aurait donc de ce fait une valeur sociale. Pour lui, dans le discours de Latran, « le fait spirituel, c.est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance ». On ne peut l’entendre présenter cette affirmation comme allant de soi sans ressentir ce qu’elle a de consternant. Quand le président de la République estime que les idéologies et les philosophies « ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort » ou bien lorsqu’il évoque « l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse » il reproduit une banale vulgate cléricale. Ce point de vue ignore comment, depuis l’antiquité, la réponse a consisté, pour les courants essentiels de la pensée, à récuser cette façon simpliste de poser le problème de la difficulté de la condition humaine pour au contraire explorer des pistes plus concrètes que la fumée asphyxiante des tautologies religieuses. Ce rappel doit être fait car le président ne doit pas mesurer le caractère offensant de ses déclarations péremptoires. Ainsi lorsqu’il affirme qu’un point de vue libre de religiosité ne serait pas totalement sincère ni vraiment cohérent. Car, dès lors sa prétention à vouloir instituer la question du sens de la vie humaine sur une base religieuse tourne à l’intolérance puisque ce serait là selon lui « l’essentiel » dont la réalité serait indiscutable. « Ma conviction profonde, dit il en effet, (…) c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas, et ne sera jamais, entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. » Il reste à Nicolas Sarkozy à lire aussi Camus et à apprendre que dans un monde vide de dieu, « on doit imaginer Sisyphe heureux ».

  

3. LA LAICITE POSITIVE

  

Dans ces conditions, la description du monde selon Nicolas Sarkozy est condamnée à prendre ses distances avec la formulation républicaine de la laïcité.

  

De la laïcité indifférence de l’Etat vis à vis des religions il passe à la laïcité « neutralité ». Puis la neutralité est décrite comme l’égalité de traitement des religions ce qui est déjà tout autre chose que l’indifférence. Puis, de cette égalité de traitement on glisse à l’idée d’une égale valorisation des religions indispensables au bon fonctionnement de la société et à l’épanouissement des personnes. Bien sur cela n’a plus rien à voir avec la laïcité de la loi de 1905. On est alors dans un autre espace sémantique.

  

C’est celui que Nicolas Sarkozy appelle « la laïcité positive ». Ce concept serait une création intellectuelle du président de la République et sa contribution à l’histoire de la pensée sur cette question. Lui-même s’approprie ouvertement l’invention du mot : « c’est ce que j’appelle la laïcité positive » dit-il dans le discours de Latran.

  

« C’est pourquoi j’appelle de mes voeux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. » Demander aux pouvoirs publics de reconnaître que  les religions sont un atout, ce n’est évidemment  plus la loi de 1905 mais son contraire. C’est parce que la République ne reconnaît aucun culte qu’elle ne les subventionne pas qu’elle n’en salarie aucun membre. Les deux idées se tiennent étroitement. C’est bien pourquoi, sitôt fini d’énoncer ses soi disantes considérations sociologiques sur l’atout que seraient les religions, le président de la république en vient aussitôt à la nécessité de la réforme de la loi de 1905. : « Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d.avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer » naturellement le chef de l’Etat se garde bien de dire en quoi consiste selon lui les grands équilibres de la loi de 1905 et on est en droit de penser que c’est une difficulté compte tenu des définition que lui-même donne de la laïcité…cependant on aurait tort de croire que la « laïcité positive » serait une improvisation au fil d’un discours présidentiel. Le terme est trop ostensiblement avancé comme une nouveauté destinée à nommer de nouvelles réalités. En fait il s’agit d’une doctrine très construite. Elle décrit une méthode du retour du religieux dans tout l’espace public conformément à ce qu’en a dit le président au fil de ses discours. Mais ni l’idée ni le mot, ni l’enchaînement du raisonnement ne sont de lui. C’est un concept papal. Il a été a été produit par Benoit XVI. Celui-ci l’a résumé notamment dans son message 11 octobre 2005 au Président du Sénat italien Marcello Pera, à l’occasion du colloque « Laïcité et liberté » organisé les 15 et 16 octobre par les Fondations Magna Carta et Subsidiarité. « J’encourage une saine laïcité de l’Etat en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies par des normes propres, auxquelles appartiennent aussi ces instances éthiques qui trouvent leur fondement dans l’essence même de l’.homme. […] Parmi celles-ci le “sens religieux” a certainement une importance primordiale : là s’exprime l’ouverture de l’être humain à la Transcendance. Un Etat sainement laïc devra logiquement reconnaître un espace dans sa législation à cette dimension fondamentale de l’esprit humain. Il s’agit en réalité d’une “laïcité positive” qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public. […] Pour un renouveau culturel et spirituel de l’Italie et du continent européen, ajoute le pape, il faudra travailler afin que la laïcité ne soit pas interprétée comme hostile à la religion, mais, au contraire, comme un engagement à garantir à tous, aux individus et aux groupes, dans le respect des exigences du bien commun, la possibilité de vivre et de manifester ses convictions religieuses ». La laïcité ainsi présentée ne se limite pas comme on peut le voir à la liberté de conscience individuelle ni à la pratique du culte par les croyants. Il s’agit d’autre chose de plus. De ce que l’encyclique « Véhémenter Nos » contre la loi de 1905 proclamait avec force à propos de Dieu: « […] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » Ici, pour Benoit XVI, il ne s’agit pas seulement de « vivre » sa foi mais encore de la « manifester » « y compris dans le domaine public ». Nicolas Sarkozy s’était déjà hasardé à la frontière de la négation de la frontière entre la sphère publique et la conviction privée quand il avait demandé, faussement ingénu, en pleine campagne électorale présidentielle, dans le journal « La Croix » :« Vous ne pouvez pas cantonner l'aspect religieux au seul aspect cultuel. […] Et qu'est-ce que la sphère privée ? Quand Jacques Chirac va à la messe à Brégançon, le fait-il à titre privé ou public ? »

  

L’église catholique qui a bien compris l’impossibilité de reprendre ses arguments frontaux contre la loi de 1905 reprend sa campagne avec d’autres mots pour dire la même chose et viser les mêmes objectifs. La « laïcité positive » est cet avatar.

  

Elle est entourée d’un appareil de précision et de définition ou s’expose la grande habileté du procédé puisque pour finir c’est l’église catholique et les cléricaux qui s’approprient le concept de laïcité pour le redéfinir et l’opposer aux laïques eux-mêmes.

  La « laïcité positive » de Benoit XVI adopté par le président de la République française est le retour du religieux dans l’espace public, sous toutes les formes. C’est un retour à la situation antérieure à 1905. Cette régression est habilement présentée comme une formule de tolérance et de modération par rapport à la vision républicaine traditionnelle en la matière. Celle-ci reçoit un nom qui la déprécie. Ce serait du « laïcisme » comme l’a expliqué Benoit XVI dans son audience le 9 décembre 2006 aux participants du Congrès national d’études organisé par l’Union des Juristes catholiques italiens « […]Une vision a-religieuse de la vie, de la pensée et de la morale a donné lieu à une conception erronée de la laïcité, un terme qui semble être devenu l'emblème [...] de la démocratie moderne [...] La « saine laïcité » implique que l’Etat ne considère pas la religion comme un simple sentiment individuel, qui pourrait être limité au seul domaine privé. Au contraire, la religion, étant également organisée en structures visibles, comme cela a lieu pour l’Eglise, doit être reconnue comme présence communautaire publique.[…] » On ne saurait dire que le sens régressif de tels propos soit sollicité par un parti pris anticlérical. La volonté de reconfessionalisation de l’espace public est clairement énoncée : « A la lumière de ces considérations, dit le pape, l’hostilité à toute forme d’importance politique et culturelle accordée à la religion, et à la présence, en particulier, de tout symbole religieux dans les institutions publiques, n’est certainement pas une expression de la laïcité, mais de sa dégénérescence en laïcisme ». C’est ce projet auquel se réfère sans fard la « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy. Il s’agit bien d’un nouveau cléricalisme.   

˜      ˜      ˜      ˜      ˜

  

6. un projet concret de remise en cause de la loi de 1905

  

De même qu’on doit rattacher le concept de « Laïcité positive » adopté par le président de

UN AVIS ECLAIRE DE LA LAÏCITE SELON SARKO

LE DISCOURS DE LATRAN DU PRESIDENT DE LA  REPUBLIQUE FRANCAISE CONTRE LA LAïCITE REPUBLICAINE

   

Sommaire

  I. Le discours de Latran Un manifeste global  Une relecture orientée de l’Histoire de France  Une lecture cléricale de la Loi de 1905  Une amnistie de la violence cléricale  La haine des Lumières   II. Laïcité, choc des civilisations  Le choc des civilisations  Le monde post idéologique selon Nicolas Sarkozy   III. Lever le verrou de la laïcité française  Un discours pour l’actualité  Reconfessionaliser la société   IV. La laïcité républicaine en danger  L’ancrage intime du fait religieux  La question du sens de la vie chez Nicolas Sarkozy  La « laïcité positive »  V. Un projet concret de remise en cause de la Loi de 1905  Le rapport Machelon  Un moment de vérité    
 LE DISCOURS DE LATRAN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE CONTRE LA LAïCITE

REPUBLICAINE

  

« J’ai été invité à présenter récemment ce  travail sur le discours prononcé par le président de la  République au Vatican. Ce discours a en effet soulevé une grande émotion. Il a donné lieu à interpellations du gouvernement par l’opposition dans les deux assemblées. Il a provoqué une série d’interventions publiques du grand maitre du Grand Orient de France Jean Michel Quillardet. De nombreux intellectuels ont pris position.

  

En France, la laïcité de l’Etat est une question sensible. Car le pays a connu trois siècles de guerre civile religieuse, ouverte ou larvée. Les principaux courants qui en ont été protagonistes sont toujours présents et actifs. L’instauration de la laïcité comme principe organisateur et pacificateur de notre république est le résultat de cette histoire. Depuis la loi fondatrice de 1905 instituant la séparation des églises et de l’Etat, le débat a été ouvert à de nombreuses reprises sous des formes diverses et les citoyens s’y sont toujours engagés avec force. Le discours du président de la république, par la radicalité de sa rupture avec les principes constant de la République sur ce sujet, semble devoir ouvrir une nouvelle période de confrontation.

  

Le discours de Latran

  

1. UN MANIFESTE GLOBAL

  

Ce discours ne doit pas être lu comme l’expression de la sensibilité personnelle de Nicolas Sarkozy en matière religieuse.  Certes, le président est, selon ses propres termes, un « catholique de tradition et de coeur ». Personne ne lui en fait grief. C’est une conviction qui relève de la sphère privée. Au demeurant il n’est pas le premier président de la république française à être croyant et pratiquant.

  

Le discours du président de la République devant le chapitre de saint jean de Latran, est une parole officielle prononcée au nom de la République française. C’est celle du président de la République es qualité, représentant tous ses concitoyens français, au moment ou il accepte d’endosser une fonction honorifique liée par tradition folklorique à sa charge, celle de chanoine de Latran, paroisse de l’Etat du Vatican dans la ville de Rome. Sur le moment, puis à la suite de son allocution, le président a souligné à diverses occasions l’importance particulière de ce discours. Il s’agit bien d’une définition des principes et de la vision auxquels il entend se référer à propos de la place du fait religieux dans la vie des sociétés modernes en général et de la religion catholique en France en particulier. 

 

Les discours qu’il a ensuite prononcé à Ryad en Arabie saoudite, puis pour ses voeux devant le corps diplomatique ou à l’occasion de la réception des chefs religieux à l’Elysée ont confirmé l’importance du discours de Latran dans la définition de la politique que veut conduire le chef de l’Etat. Il existe ainsi une sorte de continuité entre ses différentes expressions qui se complètent de façon assumée. Elle dessine un tableau d’ensemble. Il se fonde sur une analyse du rapport de la société humaine au fait religieux. Il s’articule, par degré, avec une approche qui prétend ancrer la démonstration dans une prétendue aspiration irrépressible des individus pour la transcendance.

   

Le discours de Latran est assumé comme un discours de rupture avec les précédentes prises de position des présidents de la république française à propos des rapports avec l’église catholique. Mais cette rupture n’est pas seulement l’énoncé d’un nouveau cadre conceptuel. Elle fonctionne comme une transgression, c'est-à-dire comme une inversion du point de vue qui avait prévalu jusqu'à présent.

  

On constate en premier lieu que le président Nicolas Sarkozy a adopté l’angle sous lequel l’église catholique romaine se situe dans ses controverse avec la république française depuis sa fondation et même face à ses rois sous l’ancien régime. De bien des façons c’était le préalable à l’énoncé de la nouvelle politique.

  

2. Une relecture orientée de l’histoire de France.

  

Quand l’histoire de France cesse d’être une matière scientifique pour devenir un récit politique, deux lectures se présentent le plus souvent. La version républicaine traditionnelle raconte l’émergence progressive et douloureuse de la nation et de la souveraineté populaire au fil d’une histoire de conflits avec l’église et l’ancien régime monarchiste. L’autre raconte la supposée permanence chrétienne de l’histoire des français et positionne faits et jugements dans leur relation à cette fidélité.

  

C’est, pour faire simple, la « gesta deii per francos » de Grégoire de Tours, la «geste de dieu à travers les Francs ».

 Evidemment cette histoire est censée être construite en osmose étroite avec la papauté. Parmi tant d’autres cet état d’esprit est celui qu’évoque cette mise en garde du pape Léon XIII dans les années de la République française renaissante : « La France ne saurait oublier que sa providentielle destinée l'a unie au Saint-

Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu'elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et sa gloire la plus pure. Troubler cette union traditionnelle, serait enlevé à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde ». (Allocution aux pèlerins français, 13 avril 1888.)

  Cette vision se réfère volontiers à de supposées « racines » qui lieraient le présent au passé profond et dont l’amputation menacerait l’identité même du pays. Comme si chacun était uni au passé par cet organe mystérieux et comme si le passé était autre chose qu’une reconstruction opérée par chacun en fonction des préoccupations du présent ! Le président de la république a fait sienne cette seconde lecture de l’histoire de France. « Comme Benoît XVI, déclare le président, je considère qu„une nation qui ignore l„héritage éthique, spirituel, religieux

de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d„histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c„est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire ».

  Dés lors, à propos de son installation comme chanoine honoraire de saint jean de Latran il proclame. « J„assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise ». En effet… La démonstration va donc être un florilège de poncifs éculés. Rien n’est plus parlant que cette phrase d’accroche du début de son propos. « C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe.. C’est, collées l’une derrière l’autre, plusieurs légendes chère à l’historiographie catholique la plus désuète. Le fait, quoiqu’en dise le président, est très loin « d’être là »…En effet le baptême de Clovis n’est pas du tout  un fait historique avéré. Ses rares mentions sont extrêmement évasives dans les textes religieux de référence. En vérité le roi franc fut allié avec l’Église romaine au moment ou l’un et l’autre y avait un intérêt mutuel. Le roi franc pour entrer dans le sud gallo romain bien christianisé, l’église romaine pour réprimer la contagion de l’hérésie arienne qui menaçait son autorité dans le clergé. En fait de conversion et autre prodige spirituel c’est en réalité la première forme d’alliance entre Eglise et pouvoir politique en vue d’un objectif commun de domination mutuellement assistée. Le reste des évocations historiques ne vaut pas mieux. Clovis n’est pas du tout le premier souverain chrétien. Avant lui l’empereur Constantin et quelques autres ou bien l’empereur Théodose l’étaient déjà. De même nombre de

princes et princesses burgondes comme la propre épouse de Clovis l’étaient avant lui. On mesure aux erreurs flagrantes du récit historique sa vocation purement allégorique. Le Président fait sienne une légende pour suggérer l’évidence de la leçon qu’elle est censée porter. « Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière.

 

Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes »

 

Essentiellement, c'est-à-dire en ce qui concerne son essence même, sa nature intime. L’inné des français, pour Nicolas Sarkozy serait chrétien.

  

On doit s’attarder un peu sur le recours à l’histoire profonde du  pays pour comprendre que l’exercice n’est pas neutre en lui-même. Tant que le président cite des écrivains et des gens d’églises, il est dans son rôle d’évocation de la participation des français à une histoire religieuse qui a beaucoup compté pour eux. Mais quand ces évocations portent sur des personnages politiques il en va tout autrement. Notamment quand il s’agit d’évocation de personnage d’ancien régime. Entre l’ancien régime et la République, c’est la rupture qui fait sens, et non l’apparente impression de continuité que donnent la permanence des lieux et la suite des générations. La rupture est celles des principes, des valeurs, des mobiles d’action, des objectifs. Se référer à une histoire commune avec l’ancien régime pour un gouvernant républicain, c’est prendre le risque permanent du contre sens politique. Sans aucun doute le président ne le sait pas. Peut-être n’y a-t-il jamais réfléchi. Il n’empêche. La Référence à Louis IX, canonisé par l’église et connu sous le nom de « saint Louis » est particulièrement malheureuse. On comprend qu’il s’agit de montrer que le pouvoir lui-même en France a été si près du catholicisme qu’il a été reconnu par lui comme figure exemplaire de ses propres valeurs. C’est d’ailleurs un classique des admonestations des papes à tous les souverains français avec qui ils ont été en conflit : citer comme contre modèle « saint louis » leur ancêtre ! Le président veut donc en saluer la « contribution spirituelle » et la « signification morale de portée universelle ».

  

Rien n’est plus discutable. Les raisons qui ont valu au roi Louis IX d’être canonisé par l’église et l’expression de sa piété dans ses décisions politique ne méritent pas l’hommage d’un républicain. Et peu nombreux sont ceux qui voudraient s’en réclamer s’ils ne s’arrêtaient pas à la légende aimable du roi rendant la justice sous son chêne. En effet le roi Louis IX (1214-1270) fut l’initiateur des boucheries et du fiasco de la 7ème (1248-1254) et de la 8ème croisades (1270). Il s'illustra surtout dans des persécutions sans précédent contre les hérétiques et les juifs. C’est ainsi qu’il institutionnalisa une répression féroce du blasphème par le supplice du pilori et du percement de la langue au fer rouge. En 1242, il soutient une controverse théologique contre le Talmud et ordonne un autodafé de Talmuds à Paris. En 1254, il bannit de France les Juifs qui refusent la conversion. Le succès n’ayant pas été total, il revient à la charge en 1269 pour instaurer le port par les Juifs de signes vestimentaires distinctifs : la rouelle pour les hommes et un bonnet spécial pour les femmes. Le but, annoncé publiquement à l’époque, est de prévenir tout risque de mariage mixte en application d’une recommandation papale de 1215 qui n’avait jamais été appliquée jusqu’alors en France.

 

On voit que le maniement des références et des symboles d’osmose avec la papauté comporte le risque de prendre à son compte une histoire et des préoccupations qui sont précisément ce avec quoi la laïcité de l’Etat Républicain a voulu rompre. Le discernement serait tout aussi utile quand il s’agit d’évoquer une sainte figure comme celle de Bernard de Clairvaux (10901153) grand prédicateur de la 2ème croisade (1147-1149) qui s'était alors rendu célèbre par ses mots d'ordre radicaux « le baptême ou la mort » ou encore « conversion ou extermination »…

  

La pertinence des références louangeuses à l’ancien régime dans le discours d’un président de la République n’est pas seulement sujette à caution du point de vue des principes républicains. Elle ne l’est pas seulement à l’égard de l’exactitude des faits sur lesquels il pense pouvoir prendre appui. Elle l’est aussi du point de vue du choix partisan que le président opère à l’intérieur de cette histoire quand il résume les rapports des rois avec la papauté à une fidèle allégeance.

  

Ainsi quand il affirme qu’après le supposé baptême de Clovis, «à de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l„occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre ». Car les rapports des rois de France avec la papauté sont aussi une longue histoire de conflits très durs où l’une et l’autre des deux parties a cherché à se rendre maître de l’autre pour utiliser à son profit le pouvoir dont il disposait dans son domaine temporel ou spirituel. Le fait est que ce sont les papes qui ont été à l’initiative de ces tentatives de prises de contrôle et qu’ils ont échoué. Les rois de France ont été souvent beaucoup plus efficaces quand à leur tour ils se sont mêlés de vouloir contrôler la papauté.

  

Certes le pape Boniface VIII à tenté en 1300, d’imposer son autorité au roi de France Philippe le bel avec la bulle « Unam sanctam ». Sans succès. Mais les rois de France ont fabriqué la papauté d’Avignon…. Ils ont dénoncé dès 1418 les « abus » du pape et limité son pouvoir sur l’église de France. Ils ont instauré ou rétabli, à de multiples reprises, des mesures de contrôle ou de rétorsions contre les menées des « successeurs de Pierre ».

  

La vérité historique est donc très loin de la légende papale de rois humblement agenouillés à leurs pieds pour prendre conseil…. On ne peut oublier que deux rois de France, Henri III et Henri IV, furent assassinés par des « fous » sous influence directe des ligues catholiques. Enfin on sait que les papes condamnèrent toutes les législations royales de tolérance depuis les décrets du roi Henri II autorisant en France le séjour des juifs chassés d’Espagne jusqu’à l’édit de Nantes. On mesure mieux alors combien cette histoire concrète est loin de la légende que le président de la république a choisi de prendre à son compte.

  

3. UNE LECTURE CLERICALE DE LA LOI DE 1905

  

Le choix partisan des références prise dans l’histoire de l’ancien régime ne fait que préparer dans le discours de Latran un alignement du vocabulaire du président de la République bien plus spectaculaire et politiquement alarmant dans le jugement porté sur la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905.

  

Cette loi n’a jamais été analysée par l’Eglise de Rome comme une simple loi d’organisation de la vie commune d’un pays démocratique. Son opposition porte sur le fond de ce qu’implique la séparation des églises et de l’Etat.

  

Cette opposition est totale. Elle est constante. Elle a été rappelée jusqu’en 2005 par le pape Jean-Paul II. La citation de son propos est indispensable pour comprendre l’état d’esprit qui anime le Vatican à ce sujet et dont le vocabulaire choisi par ses porte parole rend compte. On sera alors d’autant plus stupéfait de retrouver les mêmes termes dans la bouche du président de la République française. Voici ce qu’écrit Jean-Paul II aux évêques de France le 11 février 2005 : « En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État fut un événement douloureux et traumatisant pour l.Église en France.» Retenons ces deux adjectifs : douloureux et traumatisant. Ce n’est pas de l’inventaire des biens d’église dont il est question ni du refus de la masse des français de répondre aux appels à la résistance que leur lançait le clergé dont il est question à propos de ce traumatisme. C’est du fond.

  

L’explication du pape est claire : c’est la rupture avec le modèle de la religion d’Etat qu’il dénonce. Voici comment il résume cette « souffrance » à propos de la loi de 1905: « Elle réglait la façon de vivre en France le principe de laïcité et, dans ce cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l’Institution ecclésiale une place au sein de la société. La démarche religieuse de l’homme n’était plus alors considérée que comme un simple sentiment personnel, méconnaissant de ce fait la nature profonde de l’homme, être à la fois personnel et social dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension spirituelle. » Chaque mot compte dans cette présentation.

  Ce que dit le président de la république n’en est que plus stupéfiant. « Je sais les souffrances que sa mise en oeuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. » C’est très exactement le point de vue clérical. Et le président poursuit de façon tout aussi

incroyable en donnant raison après coup aux rébellions de l’Eglise : « Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, une reconstruction rétrospective du passé. »

  

Enfin il conclut : « C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont  désarmé l„anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations » Tout est blessant dans cette déclaration. La stigmatisation de la loi au motif qu’elle n’aurait pas été à l’époque une loi de liberté, acquitte la papauté de l’époque de ses appels à la désobéissance à la loi.

  

La présentation du clergé comme la victime de la situation donne raison au refrain constant de la propagande cléricale. Et plus choquant encore l’évocation du rôle des prêtres dans la guerre de 14 non comme citoyens faisant leur devoir mais comme représentants d’un corps constitué. Sur ce sujet, si mal choisi, il reste à apprendre au président de la République que dans sa condamnation de la loi de 1905 le pape de l’époque protestait aussi contre le fait que l’on décide d’ « […] arracher les clercs à leurs études et à la discipline ecclésiastique pour les astreindre au service militaire ». Comme si c’était l’anticléricalisme qu’il fallait désarmer alors et non plutôt le cléricalisme forcené qui se déchaîna contre la loi de 1905. Le Président aurait du lire, avant de parler, le texte de l’encyclique « Véhementer nos » publiée en 1906. La violence du ton rappelle assez bien le niveau de tensions que l’église s’est efforcé de créer à l’époque. Jugeons sur pièce. « Qu'il faille séparer l'Etat de l'Eglise, dit l’encyclique, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l'Etat ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu, […] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » «En vertu de l'autorité suprême que Dieu nous a conférée, déclare le pape, nous réprouvons et nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu'elle renie officiellement, en posant en principe que la République ne reconnaît aucun culte. » Et l’encyclique appelait ouvertement à l’insoumission à la loi: « En conséquence, nous protestons solennellement de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu'elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de l'Eglise pour les infirmer. » Le Vatican mènera ensuite une politique de provocation systématique contre la loi de 1905 et son application. Ainsi Pie X interdit aux catholiques d’organiser les associations cultuelles sur lequel reposait le système d’attribution des locaux religieux prévus par la loi de 1905. L’interdit ne sera officiellement levé par le Vatican qu’en 1924.

  

Pendant 20 ans donc, le Vatican incita donc au sabotage de la loi et contribua directement aux conditions difficiles de son application.

  

Ce qui était en cause, pour l’église catholique, ce n’était pas seulement la séparation de l’Eglise et de l’Etat mais toutes les mesures de laïcisation de la société. Le pape dénonçait en effet que les lois républicaines prévoient de « violer la sainteté et l'inviolabilité du mariage chrétien par des dispositions législatives en contradiction formelle avec elles […] laïciser les écoles et les hôpitaux […] On a abrogé la loi qui ordonnait des prières publiques au début de chaque session parlementaire et à la rentrée des tribunaux […] supprimé les signes traditionnels à bord des navires le Vendredi Saint […] effacé du serment judiciaire ce qui en faisait le caractère religieux […] banni des tribunaux, des écoles, de l'armée, de la marine, de tous les établissements publics enfin, tout acte ou tout emblème qui pouvait, d'une façon quelconque, rappeler la religion. » Cette indignation, nous nous contentions de la trouver risible, rétrospectivement. Mais s’il faut entendre le président de la République la justifier après coup comme une « souffrance » et plaider que la loi ait été à l’époque moins tolérante et soucieuse de liberté qu’il y parait, on doit alors rappeler au nom quelle conception obscurantiste de la tolérance et de la liberté le pape condamnait la loi dans son encyclique ! Voici ce qui serait en cause selon lui : « Les dispositions de la nouvelle loi sont, en effet, contraires à la Constitution suivant laquelle l'Eglise a été fondée par Jésus-Christ. Il en résulte que cette Eglise est par essence une société inégale […] dans le corps pastoral seul, résident le droit et l'autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société. Quant à la multitude, elle n'a pas d'autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. (…) la religion est la règle suprême et la souveraine maîtresse quand il s’agit des droits de l’homme et de ses devoirs »

  

4. Une amnistie de la violence cléricale

  Ce rappel du point de vue réel de la papauté face à la loi de 1905 montre à quel point son vote et son application a été un rapport de force et non un compromis, du fait de l’église et d’elle seule. Ce qui est une reconstruction du passé c’est de passer sous silence les motifs dogmatiques qui sont à l’origine du comportement politique agressif du pape à l’époque et de ses successeurs depuis. Les extraits de leur expression officielle, cités précédemment, le montrent. Mais on pourrait aussi bien rappeler le contexte politique d’alors qui vit, par exemple, le pape refuser de recevoir le président de la République française de l’époque parce que celui-ci avait rencontré le président de la république italienne à Rome, ville sur laquelle le pape maintenait une revendication territoriale ! Surtout on devrait, pour bien comprendre la tension du moment, rappeler quels avaient été les plus récents rappels officiels de la doctrine catholique, car c’est eux qui ont aussi fortement contribué à la réaction de bons sens qu’a été la loi de 1905. Les papes les avaient opposés de façon constante aux revendications et aux avancées républicaines. L’étroitesse et la violence du ton et des énoncés sont stupéfiante. Elles rappellent pourquoi le modéré Aristide Briand avait pu conclure à une « incompatibilité fondamentale » entre l’église

traditionnelle et la démocratie. Ainsi l’encyclique « Mirari Vos » de 1832 dénonce de la liberté d’opinion et de conscience : « De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses (…) » Ou la dénonciation de la liberté de la presse : « À cela se rattache la liberté de la presse, liberté la plus funeste, liberté exécrable, pour laquelle on n’aura jamais assez d’horreur et que certains hommes osent avec tant de bruit et tant d’insistance, demander et étendre partout. » Puis l’encyclique « Quanta Cura » de 1865 fait l’inventaire des « principales erreurs de notre bien triste époque, comme idées fausses et opinions trompeuses et perverses ». Par exemple l’idée que « la volonté du peuple constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin ». C'est la légitimité du suffrage universel et des travaux parlementaires qui sont ainsi niées! Il y a aussi la condamnation de la « liberté de manifester hautement et publiquement les opinions » présentée comme « liberté de perdition ». Et, plus peccamineux si cela est possible, « le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jette plus facilement les peuples dans la corruption des moeurs et de l'esprit, et propagent le fléau de l'indifférentisme »

  

Quand les débats qui vont conduire à la loi de 1905 se nouent de longue main dans les sociétés progressistes et les loges maçonniques le discours de l’église de l’époque est celui de cette incroyable dogmatisme. Peut-être a-t-on oublié qu’il va jusqu'à contester l’idée même d’une autonomie de la raison et de la morale. L’encyclique « Quanta Cura » (1865) en dénonce « le principe impie et absurde du naturalisme » qui voudrait « que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la Religion ». Elle théorise le cléricalisme en affirmant que « la puissance de salut de l’Eglise catholique doit s’exercer librement, non moins à l'égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs » et réaffirme la nécessité « que la religion catholique soit considérée comme l'unique religion de l'État ». Telle est l’ambiance intellectuelle qu’organise à l’époque la papauté en face des doctrines républicaine de souveraineté populaire pleine et entière dans tous les domaines de la vie en société.

  

Comment comprendre que le président de la République, dont la fonction est l’héritière de cette lutte davantage que de mythique baptême de roitelet francs ou de prédicateurs de croisades puisse, quand il l’évoque, ne puisse retenir que les « souffrances » du clergé sectaire et violent qui s’y est opposé de toutes ses forces ?

  5. LA HAINE DES LUMIERES   Cette interrogation n’est pas de pure forme polémique. Le discours de Latran répond sur ce plan spécifique. Le Président considère que le processus dont le siècle et le courant des Lumières sont l’apothéose n’est pas le mouvement qui compte à ses yeux, quand bien même a-t-il fait « naître l’ère moderne » selon le mot de Goethe à propos de la grande révolution française. Au contraire. Pour Nicolas Sarkozy, le président de la République, les lumières appartiennent à un espace intellectuel auto limité. De ce fait même elles sont intrinsèquement dangereuses. Son analyse à ce sujet, telle qu’elle est formulée dans le discours de Latran, sert de matrice pour d’autres discours et interviews de presse. Son importance n’a d’égal que sa gravité.« Depuis le siècle des Lumières, déclare le président, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies ! Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives -que je ne mets évidemment pas sur le même plan –n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence. » Ce serait assez que ces mot aient été prononcés pour que n’importe quelle conscience républicaine se sentent profondément blessée par la violence de l’injure qui est ainsi faite. Mais ce qui sans doute est le plus affligeant et consternant est que ces mots aient été empruntés quasi littéralement au pape Jean-Paul II lui-même pour qui le rejet des lumières est un élément central de la construction dogmatique du catholicisme. Pour ce dernier en effet, les Lumières sont le terreau des crimes et tragédies politiques du vingtième siècle. Dans le texte intégral du chapitre « Lumières et idéologies du mal » du document intitulé « Mémoire et Identité » paru en mars 2005, Jean-Paul II étend sa condamnation à la Renaissance elle-même. La raison de fond est parfaitement cohérente. C’est la négation de toute part de vérité pour tout ce qui ne procède pas de la révélation. Ces prémices sont d’ailleurs rappelées avec force en conclusion des raisonnements exposés par le pape : « « Le code moral provenant de Dieu est la base intangible de toute législation humaine dans n’importe quel système, en particulier dans le système démocratique. La loi établie par l’homme, par les parlements et par toute autre instance législative humaine, ne peut être en contradiction avec la loi naturelle, c'est-à-dire, en définitive, avec la loi éternelle de Dieu. » Cette conclusion doit être connue pour bien mesurer toute la portée du raisonnement papal et comprendre la radicale incongruité du ralliement qu’y proclame le président de la République. Le moment est donc venu de citer ce qui se rapporte à l’analyse des lumières dans le texte de Jean-Paul II pour mesure quel « copié/collé » est le discours du président sur ce point ! « Les idéologies du mal sont profondément enracinées dans l’histoire de la pensée philosophique européenne, écrit le pape ! […] Dans la mentalité des Lumières, le grand drame de l’Histoire du Salut, le fait que l’homme a été racheté et est devenu participant de la vie même de Dieu par l’action du Christ, tout cela avait disparu. L’homme était resté seul : seul comme créateur de sa propre histoire et de sa propre civilisation ; seul comme celui qui décide de ce qui est bon et mauvais, comme celui qui existerait et agirait même si Dieu n’existait pas. Et si l’homme peut décider par lui-même,

sans Dieu, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, il peut aussi disposer qu’un groupe d’hommes soit anéanti. Des décisions de ce genre furent prises sous le IIIème Reich. […] Des décisions analogues furent prises par le parti communiste de l’Union soviétique et des pays soumis à l’idéologie marxiste.

  […] Cela est arrivé parce que Dieu en tant que Créateur a été rejeté, et du même coup la source de détermination de ce qui  est bien et de ce qui est mal. » Les lumières « drame dans l’histoire du salut », c'est-à-dire dans la relation de Dieu à sa création, à l’origine des crimes nazis ! On apprécie mieux après cela toute l’impudence hypocrite de l’accusation mille fois répétées par les cléricaux quand ils dénoncent le « sectarisme » et « l’intolérance » des laïques.   ˜      ˜      ˜      ˜      ˜ 

2. Laïcité et choc des civilisations.

  

Cependant, l’outrance de ce point de vue a son mérite. Elle signale avec force la piste par laquelle le « raisonnement »  religieux fournit une passerelle conceptuelle efficace vers un autre corps de doctrine plus trivialement préoccupé de réalité géopolitique. Il s’agit de la théorie du « choc des civilisations » formulée par Samuel Huntington. Elle est au coeur de la pensée du président Sarkozy à propos de la réalité mondiale de notre époque. Il y a exprimé à de très nombreuses reprises son adhésion intellectuelle. C’est au point que l’on peut se demander si les manifestations d’enthousiasme religieux du président ne sont pas la conséquence de son adhésion à cette théorie plutôt que l’inverse. Le raisonnement de politique étrangère serait premier, l’intime conviction religieuse serait seconde. On pourrait être conduit vers cette conclusion par l’écart remarquable qui apparaît entre la vie réelle du président et ses déclarations de foi religieuse et d’adhésion à la morale catholique.

  

Sans entrer dans les détails qui nous égareraient dans les colonnes de la presse people, on retiendra seulement combien il est étrange qu’une personne excommuniée du fait de ses divorces puisse accepter d’être « chanoine honoraire » de la paroisse du Vatican lui-même. Mais il faudrait alors s’étonner que ceux qui l’ont excommunié n’y voient eux mêmes aucun obstacle, alors même que leur intransigeance doctrinale peut-être aussi violente que les citations précédentes l’ont rappelé…

  

1. Le choc des civilisations

  

La théorie du choc des civilisations a été exposée par Samuel Huntington professeur à l’université de Harvard aux Etats-Unis. Son texte a été publié en français en 1997.

  

En voici un résumé sommaire. Selon lui l’histoire des conflits humains dans le monde occidental a connu trois âges. D’abord quand les princes voulaient étendre leurs territoires (de 1648 à 1789). Puis quand les nations et les peuples ont voulu bâtir leurs empires (1789 à 1918). Enfin quand les idéologies se sont confrontées sur toute la surface du globe (1918 à 1989). Commence désormais l’âge des conflits de civilisations. La civilisation est le niveau concret le plus large auquel un individu s’identifie. Elle est un donné qu’on ne choisit pas mais qui s’impose à soi. Il délimite en même temps un espace politique pertinent : eux et nous, ami ennemi. Pour l’essentiel les lignes de fracture entre civilisations sont religieuses. Elles dessinent la géographie politique réelle puisque chaque appartenance religieuse recherche l’appui des siens. Ainsi les tchétchènes musulmans avec les nations musulmanes, les arméniens avec les chrétiens et ainsi de suite. Dans ce paysage la civilisation musulmane n’aurait que des frontières sanglantes, avec les autres blocs civilisationnels et il en irait de même entre nations musulmanes. Cet état de fait résulte du contenu culturel qui est le sien. Dans ce contexte l’Occident dont la population est minoritaire, depuis qu’elle est passée de 44 % du total mondial à 13%, est menacé de déclin et de submergement. Elle doit donc faire face. Et pour cela elle doit commencer par s’assumer.

  

Il est important de rappeler que la cohérence interne de cette présentation ne valide pas pour autant l’objectivité de ses énoncés. Nombreux sont les chercheurs qui ont aussitôt démontré le caractère très relatif de chacun des idées pourtant proposées comme des certitudes. Par exemple, le concept de civilisation est moins étanche que ne l’affirme Samuel Huntington. La description d’une civilisation à partir du fondement religieux est un réductionnisme. Elle n’est donc pas pertinente. Enfin la filiation de cette théorie et ses emprunts aux penseurs du déclin de l’occident d’avant la deuxième guerre mondiale l’expose aux suspicions que ces sources ont déjà méritées dans le contexte des années trente.

  

Une remarque enfin a de l’importance pour comprendre le positionnement de Samuel Huntington après l’énoncé de sa thèse. Il ne milite pas pour le choc annoncé. Au contraire. Son travail se présente comme un outil pour éviter le conflit qui menace. C’est une habileté de méthode que le président de la république fait également sienne au fil de ses discours. Il n’en reste pas moins que du seul fait de son énoncé, la théorie du choc des civilisations formule une lecture globale de la réalité qui génère ses propres prescriptions implicites.

  

2. Le monde post idéologique selon Nicolas Sarkozy

  C’est elles que les discours de Nicolas Sarkozy reprennent à leur compte à tout propos. La « politique de civilisation » est son leitmotiv, déclinaison en français de l’argumentaire de Huntington. Ainsi, quand il a présenté ses voeux au corps diplomatique. Il a affiché sans détours, à la fois sa vision de l’ordre du monde et le positionnement qu’il en déduit. « Deux défis contribueront à structurer la société internationale du XXIème siècle, peut-être plus profondément que les idéologies ne l’ont fait au XXème siècle. Le premier défi est celui du changement climatique […] Le deuxième défi est celui des conditions du retour du religieux dans la plupart de nos sociétés. C’est une réalité, seuls les sectaires ne le voient pas. C’est une réalité incontournable qui avait, en son temps, été prévue par Malraux. Dans mon discours de Saint Jean de Latran, discours auquel j’attache beaucoup de prix, j’ai précisé ma conception d’une laïcité où la place de la religion serait définie en termes plus positifs. » On notera le lien fait d’un seul mouvement entre l’affirmation de la centralité du fait religieux, la dénonciation des « sectaires » qui le nieraient et la remise en cause du modèle laïque en vigueur en France ! Rien ne souligne mieux que cet enchaînement le caractère étroitement  idéologique de cette analyse de la réalité du monde…De cette vision du monde il déclare déduire une stratégie globale. Elle suit exactement la recommandation de Samuel Huntington. « J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. » On relèvera d’abord comment cette appartenance vient en écho de son analyse devant les ambassadeurs de France en août 2007 au cours de laquelle il avait diagnostiqué que le « Premier défi, sans doute l’un des plus importants » pour le monde serait : « comment prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident » Puis on soulignera comment cette référence à la « famille » exprime la force quasi biologique du lien de civilisation. Ce positionnement est présenté comme une rupture et cette rupture située par rapport au contenu du discours de Latran. C’est un tout en effet. La référence à la « famille occidentale » de la France se poursuit dans tout le reste du discours, les pays de l’Est étant qualifiés de « derniers arrivés dans la famille » et le reste du monde étant qualifié d’ « extérieur de la famille occidentale ». Il est très frappant d’observer que pour le président, cette appartenance à une civilisation lui crée un devoir égal à celui qu’il reçoit de son mandat de gardien des institutions de son pays. Le balancement d’une séquence du discours de Ryad le souligne

avec force : » J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines. Mais j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation ». Cette construction intellectuelle est déclinée de façon très détaillée dans l’organisation du discours que le président a prononcé peu avant à Ryad, en Arabie saoudite.

  Tous les paramètres de la théorie du choc des civilisations y sont repris. Et d’abord la centralité du fait religieux comme fondement dorénavant explicatif de l’histoire humaine. « Je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient pas de racines religieuses. » déclare Nicolas Sarkozy devant le roi wahhabite. Il enfonce le clou : « Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale, même si elle incorpore bien d’autres influences philosophiques, n’ait un tant soit peu une origine religieuse. (…) Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. » En fait la religion est à l’origine de la civilisation elle-même. « Ce sont les religions, proclame-t-il, malgré tous les forfaits qui ont pu être perpétrés en leur nom, qui nous ont les premières appris les principes de la morale universelle, l’idée universelle de la dignité humaine, la valeur universelle de la liberté et de la responsabilité, de l’honnêteté et de la droiture. » La religion est surtout à la racine de l’universalité. Elle est l’universel concret. « C’est peut-être dans le religieux explique Nicolas Sarkozy, que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort. » Et cela jusqu'au point où la religion est déclarée comme le vecteur par lequel la nature humaine elle-même est rendue possible. Le président proclame en effet «cette vérité qu’il y a dans toutes les religions, les croyances et les cultures quelque chose d’universel qui permet à tous les hommes de se reconnaître comme faisant partie de l’Humanité, de se parler, de se comprendre, de se respecter, de s’aimer ». Dans ces conditions le dialogue des religions est le ressort le plus efficace de la constitution d’une communauté internationale apaisée. « Quand Sa Majesté le Roi Abdallah rencontre le Pape, ce geste a plus d’importance pour la paix et pour l’avenir de la civilisation que bien des conférences internationales » explique le chef du deuxième réseau diplomatique du monde ! Tout se tient. Si les lumières sont la source des crimes du précédent siècle, les religions sont le gage de la paix à l’époque contemporaine ! La religion est bien le futur post idéologique de l’ordre du monde.

La coalition des religions est alors l’avenir souhaitable et utile.

  

C’est ainsi, à propos de cette rencontre du pape et du sultan, que le président de la République est conduit a prononcer cet exorde incroyable dans la bouche d’ un chef d’Etat laïque : «En faisant ce geste d’une portée immense, d’une portée symbolique, il signifie au monde, ce geste, qu’aux yeux du Roi, le temps n’est plus pour les religions à se combattre entre elles, mais à combattre ensemble contre le recul des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme, contre les excès de l’individualisme. »

   

˜      ˜      ˜      ˜      ˜

 

3. Lever le verrou de la Laïcité française

  

1. UN DISCOURS POUR L’ACTUALITE

  

Dans ces conditions, le discours prononcé à Latran n’est pas le règlement compte d’un homme de droite décomplexé avec le récit républicain traditionnel marqué par la domination intellectuelle du courant issu des Lumières. C’est un discours pour l’actualité et à propos de l’actualité telle que la voit le président et dans laquelle il pense que la France doit prendre place. Mais elle ne peut le faire en tant qu’Etat républicain construit sur les bases laïques telles qu’elles sont constituées par son histoire et en particulier celle de la loi de 1905. La République laïque ne peut connaître ni s’intégrer dans la logique du choc des civilisations. Cette impossibilité a éclaté dès son discours sur la politique étrangère de la France prononcé en novembre 2007. Il y affirmait que « le premier défi » que le monde aurait à relever ce serait « le risque de confrontation entre l’islam et l’occident ».

  

Cette lecture de l’état du monde à partir du fait religieux plutôt qu’en partant des politiques pratiquées par les états marquait une rupture du discours de politique étrangère de la France. Mais surtout il implique une conséquence inacceptable pour la France elle-même. Car les citoyens français de confession musulmane s’y trouvent immédiatement placés en situation d’impasse et de soupçon. La tension que cette vision du monde déclenche pour notre pays lui-même montre l’obstacle que représente pour cette vision la définition laïque de l’identité de la République française. On ne doit pas perdre de vue qu’il s’agit d’une opposition des principes fondamentaux mis en oeuvre. Laïcité et politique du choc des civilisations s’opposent point par point sur le plan des principes sur lesquels elles reposent. Coté choc des civilisations, la diversité est la donnée indépassable, côté laïcité c’est l’unité en soi de l’espèce humaine qui est le point d’appui. Là où la politique de civilisation prône la coexistence d’intérêts intrinsèquement différents, la vision laïque postule qu’il existe un intérêt général que la raison des citoyens peut discerner et promouvoir. Là où la politique de civilisation vise une identification à une « famille », la laïcité prône l’indifférence au religieux en politique pour rendre possible l’unité et l’indivisibilité de la communauté civique. C’est pourquoi, point pour point le président est aussi méthodique dans l’affirmation et la mise en oeuvre de sa vision du monde. Globalement son projet avéré est la reconfessionalisation de la société.

  

2. Reconfessionaliser la société.

  

La volonté de reconfessionalisation de la société française s’appuie dans le discours du président de nombreuses évocations de l’évidence de l’utilité sociale de la religion. Curieusement cette vision utilitariste n’est jamais contestée par les religieux eux-mêmes qui devraient pourtant en être les premiers offensés. « La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n.ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence », déclare le président dans son discours de Latran. Cette formule se retrouve dans quasiment chacun de ses discours à propos de la place des religions dans les sociétés contemporaines. L’idée est assez constante chez lui. En 2005, à Neuilly, devant l’association Bible, il déclare : « Lorsqu’il y a un prêtre ou un pasteur, dans un village ou un quartier, pour s’occuper des jeunes, il y a moins de laisser-aller, de désespérance, et finalement moins de délinquance. Aujourd’hui, nos quartiers sont devenus des déserts spirituels ! […] Les religions sont un plus pour la République ». Cette façon de voir le conduit à afficher un  soutien présidentiel en contradiction ouverte avec les dispositions de la loi de 1905 : « Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance ». Il en rajoute même dans un style oratoire très éloigné du mode d’expression traditionnel des responsables politiques en France : « En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention ».

  

Cet utilitarisme religieux a une racine idéologique qui va au-delà de l’incantation flatteuse du moment. A la suite du discours clérical, pour le président, une morale publique n’est pas sérieusement établie hors du religieux et de ses références. Dans le droit fil de la dénonciation des lumières et de l’impuissance de la République à dire le bien et le mal selon la formule utilisée par Nicolas Sarkozy, et en complète harmonie au mot près avec les prédications de Jean-Paul II, le président de la République n’a pas craint de s’avancer fort loin au delà de son rôle. Il explique à Latran : « S’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses.

  

D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.

  

Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. » Dés lors il passe de l’appui à l’action des religieux à la sollicitation la plus vive. Son discours lance un appel à une présence forte de la parole religieuse dans la vie de la société. « Mais ce que j’ai le plus à coeur de vous dire, lance t-il, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient ». Et le président se fait encore plus pressent dans l’interview qu’il donne juste après son discours du Latran au journal papal l’Osservatore romano : «Ça manque les intellectuels chrétiens, ça manque les grandes voix qui portent dans les débats pour faire avancer une société et lui donner du sens et montrer que la vie n’est pas un bien de consommation comme les autres. » Dés lors, la parole présidentielle ne peut que se placer à la frontière de ce qu’elle souhaite c'est-à-dire de la prédication. C’est clairement ce qui se passe dans cette interview quand le président explique dans le style d’un prêche : « Le message du Christ, c’est un message très audacieux puisqu’il annonce un Dieu fait de pardon et une vie après la mort. Je ne pense pas que ce message d’audace extrême et d’espérance totale puisse être porté de façon mitigée. Il nécessite une grande affirmation, une grande confiance et je suis de ceux qui pensent que dans les débats d’aujourd’hui, les grandes voix spirituelles doivent s’exprimer plus fortement » .

  

Cette confusion des genres rhétorique est spectaculaire dans le discours de Ryad. Est-ce vraiment le ton d’un président de la République française de se lancer dans une litanie qui affirme : « L’.Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. L’homme n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. L’homme n.est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu’il n’a reçu mais davantage. C’.est au fond ce qu’enseignent toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies. C’est l’essence de toute culture et de toute civilisation. »

  

Tous les observateurs ont été sidérés par le glissement vers la forme et le ton du prédicateur quand le président est passé à l’évocation de Dieu comme d’une entité présente et indubitable. Il l’a fait sur le mode d’une prière au contenu d’ailleurs assez significatif d’un certain aveuglement devant la réalité de l’action religieuse dans le monde: « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme. Dieu qui n’.asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect ». Dans l’élan de ce discours, la confusion des genres a été portée jusqu’au point où le président s’est institué commentateur et source de théologie à propos du contenu des religions. Est-ce bien à un chef d’Etat laïque de s’engager sur de tels contenus ? Il n’est pas sur que le monarque wahhabite à qui le discours était censé s’adresser ait vraiment adhéré à l’oecuménisme du président prédicateur.

  

Etait –il dans son rôle quand il lui a affirmé : « Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon. Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ?

 

Finalement, le Dieu unique des religions du livre. »

  La confusion des genres dans une parole qui passe du politique au registre religieux a connu des éveloppements inouïs dans les discours du président. Après la captation de la parole religieuse dans la forme du discours de prédicateur sont venus des confusions de genre entre l’activité religieuse et le mandat politique puis dans la hiérarchie des valeurs sociales. Ainsi quand il a comparé la vocation des prêtres et celle d’un président de la république. Qu’il s’agisse de la façon de parler des prêtres ou de lui-même tout dans ce moment de parole est hors norme de la part d’un chef d’Etat républicain. Jugeons plutôt sur pièce : « Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves. » Puis il vient à ce qu’il appelle sa vocation avec des mots qui ne sont plus ceux d’un homme qui porte un mandat électif confié par le peuple mais plutôt celui d’une onction de caractère mystique :

«  Sachez, dit-il, que nous avons au moins une chose en commun: c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne. »

  En faisant du sacré la mesure de l’authentique, le président a franchi un seuil inacceptable. Il a repris à son compte l’accusation injurieuse des ennemis de la République qui dénonçaient l’amoralisme de «l’école sans dieu » ». Entre le prêtre et l’instituteur le président a établi une hiérarchie odieuse que seuls les cléricaux les plus fossilisés pouvaient avoir à l’esprit : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »  ˜      ˜      ˜      ˜      ˜ 

5. La Laïcité républicaine en danger.

  

Ces phrases ont suscité l’indignation. Leur caractère provocateur ne doit pas détourner du devoir de contextualisation. Car le discours de Nicolas Sarkozy au sens large n’est pas un simple collage de slogans cléricaux éculés. Il dessine au contraire une vision globale cohérente où chaque énoncé épaule le précédent. Récapitulons. La centralité du fait religieux installe le paysage du monde des civilisations antagoniques. De là il suit qu’il y a un impérieux devoir de s’identifier à sa famille civilisationnelle et donc à ses racines religieuses pour être soi-même et rendre le dialogue avec les autres possible. Ce travail d’ancrage exige la présence forte du discours religieux dans la société et même sa prise en charge en tant que parole officielle par le pouvoir politique.

 

Dans ce cadre le sacré fourni l’échelle des valeurs dans tous les compartiments et entre toutes les fonctions. Ce résumé sommaire est forcément dressé à gros traits. Il permet cependant de souligner la cohérence de la construction intellectuelle mise en oeuvre.

  

1. L’ANCRAGE INTIME DU FAIT RELIGIEUX

  

Car ce discours prend une dimension ontologique quand il finit par proposer une description de la nature nécessairement croyante de l’homme. Dans le contexte politique français, en plein débat sur la baisse du pouvoir d’achat et alors que sa propre propension aux consommations ostentatoires est mise en cause, il est presque savoureux de lire que pour le président de la République, la « question du sens de la vie» se poserait à chaque conscience en réaction avec la frénésie de consommations matérielles…Pourtant, il n’hésite pas : « Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l„accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ». A Ryad, dans l’ambiance que l’on imagine, il reprend aussi cette antienne : « La vie de l’Homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas à l’Homme de consommer pour être heureux. ». Reste que cette aspiration spontanée à la foi religieuse serait spécifique à l’humanité et elle serait même sa caractéristique fondatrice. Le plus stupéfiant est que le chef de l’état, à Ryad, ai eu l’idée d’emprunter au roi Abdallah d’Arabie saoudite, dont il avait été auparavant magnifié le rôle de gardien des lieux saint de l’islam, une citation à propos des enseignements que portent les religions : « ces valeurs font dans leur ensemble l’esprit d’humanité et distinguent l’Homme des autres créatures. ». Ce serait là, selon le commentaire du président de la République, des « paroles magnifiques de vérité et de sagesse » .

  

Pour finir, cette convergence de perspectives sur laquelle le président s’étend longuement le conduit à conclure d’une façon ébahissante si l’on se souvient du lieu et du régime politique de l’Arabie Saoudite : « l’.Arabie Saoudite et la France n’ont pas seulement des intérêts en commun. Elles ont aussi un idéal commun. »»

  

Bien sur, cet ancrage du fait religieux comme trait identifiant de l’humain est mille fois replacé au centre des discours des pontifes romains. C’est même un point de départ. On le comprend. Il trouverait sa source dans l’aspiration des être humains qui seraient spontanément en recherche du sens de leur vie. Jean-Paul II s’est spécialement référé à cette question de la recherche du sens comme origine du fait religieux dans chaque être humain. Ainsi dans l’Encyclique « Fides et ratio » (1998), il y revient 63 fois sous diverses appellations : « sens ultime et plénier de la vie », « sens de l’existence », « sens dernier de la vie », « sens ultime et définitif de l’existence », « sens de la souffrance et du sacrifice, de la vie et de la mort ».

  

D’abord est posé ce fait que la question du sens est incontournable. L’encyclique déclare ainsi : « la quête de sens qui depuis toujours est pressante dans le coeur de l'homme » et «la vérité se présente initialement à l'homme sous une forme interrogative: la vie a-t-elle un sens? Quel est son but? » Puis elle complète : « plus l'homme connaît la réalité et le monde […] plus devient pressante pour lui la question du sens des choses et de son existence même. » et l'homme cherche un absolu qui soit capable de donner réponse et sens à toute sa recherche: quelque chose d'ultime, qui se place comme fondement de toute chose. » Après cela vient l’affirmation que la philosophie et les idéologies échouent à répondre à la question du sens. On se souvient de ce qui a été dit à ce propos par le pape comme par le président de la République contre le courant des Lumières et le matérialisme en général. On pourrait croire que ce serait là seulement en quelque sorte une extension du débat politique. Mais l’objectif de cette dénonciation est entendu à toute la philosophie d’une manière générale. Il s’agit pour l’Eglise de disqualifier toute tentative philosophique de nier la pertinence de « la question du sens ».

  

« On doit noter, explique l’encyclique, que l'un des aspects les plus marquants de notre condition actuelle est la crise du sens. […] plus d'un se demande si cela a encore un sens de s'interroger sur le sens. […] Et de montrer que cette négation conduit toujours au pire. « De nombreuses philosophies ont renoncé au sens de l'être » reproche le pape avant de stigmatiser cette attitude : « Une philosophie qui voudrait refuser la possibilité d'un sens dernier et global serait non seulement inappropriée, mais erronée. » avant de conclure : « Une philosophie qui ne poserait pas la question du sens de l'existence courrait le grave risque de réduire la raison à des fonctions purement instrumentales, sans aucune passion authentique pour la recherche de la vérité. »Dans ces conditions comme on s’y attend la religion serait la seule réponse naturelle à la question du sens. « L'homme atteint la vérité par la raison, parce que, éclairé par la foi, il découvre le sens profond de toute chose, en particulier de sa propre existence. ». Un raisonnement est alors proposé pour décrire cette démarche. D’abord, « a conviction fondamentale de la « philosophie » contenue dans la Bible est que la vie humaine et le monde ont un sens et sont orientés vers leur accomplissement qui se réalise en Jésus Christ. » Ensuite « Le Fils de Dieu crucifié est l'événement historique contre lequel se brise toute tentative de l'esprit pour construire sur des argumentations seulement humaines une justification suffisante du sens de l'existence. »Enfin, « La parole de Dieu révèle la fin dernière de l'homme et donne un sens global à son agir dans le monde. C'est pourquoi elle invite la philosophie à s'engager dans la recherche du fondement naturel de ce sens, qui est l'aspiration religieuse constitutive de toute personne. » Toute la philosophie n’a de justification que si elle épaule la religion !

  

Ces phrases ont été écrites non au moyen âge mais il y a quelques années.

  

2. LA QUESTION DU SENS DE LA VIE CHEZ NICOLAS SARKOZY

  

En droite filiation avec sa source religieuse, la « question du sens » est placée au centre du raisonnement dans le discours de Nicolas Sarkozy. Elle instituerait évidemment la tendance spontanée à se tourner vers la transcendance qui aurait donc de ce fait une valeur sociale. Pour lui, dans le discours de Latran, « le fait spirituel, c.est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance ». On ne peut l’entendre présenter cette affirmation comme allant de soi sans ressentir ce qu’elle a de consternant. Quand le président de la République estime que les idéologies et les philosophies « ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort » ou bien lorsqu’il évoque « l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse » il reproduit une banale vulgate cléricale. Ce point de vue ignore comment, depuis l’antiquité, la réponse a consisté, pour les courants essentiels de la pensée, à récuser cette façon simpliste de poser le problème de la difficulté de la condition humaine pour au contraire explorer des pistes plus concrètes que la fumée asphyxiante des tautologies religieuses. Ce rappel doit être fait car le président ne doit pas mesurer le caractère offensant de ses déclarations péremptoires. Ainsi lorsqu’il affirme qu’un point de vue libre de religiosité ne serait pas totalement sincère ni vraiment cohérent. Car, dès lors sa prétention à vouloir instituer la question du sens de la vie humaine sur une base religieuse tourne à l’intolérance puisque ce serait là selon lui « l’essentiel » dont la réalité serait indiscutable. « Ma conviction profonde, dit il en effet, (…) c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas, et ne sera jamais, entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. » Il reste à Nicolas Sarkozy à lire aussi Camus et à apprendre que dans un monde vide de dieu, « on doit imaginer Sisyphe heureux ».

  

3. LA LAICITE POSITIVE

  

Dans ces conditions, la description du monde selon Nicolas Sarkozy est condamnée à prendre ses distances avec la formulation républicaine de la laïcité.

  

De la laïcité indifférence de l’Etat vis à vis des religions il passe à la laïcité « neutralité ». Puis la neutralité est décrite comme l’égalité de traitement des religions ce qui est déjà tout autre chose que l’indifférence. Puis, de cette égalité de traitement on glisse à l’idée d’une égale valorisation des religions indispensables au bon fonctionnement de la société et à l’épanouissement des personnes. Bien sur cela n’a plus rien à voir avec la laïcité de la loi de 1905. On est alors dans un autre espace sémantique.

  

C’est celui que Nicolas Sarkozy appelle « la laïcité positive ». Ce concept serait une création intellectuelle du président de la République et sa contribution à l’histoire de la pensée sur cette question. Lui-même s’approprie ouvertement l’invention du mot : « c’est ce que j’appelle la laïcité positive » dit-il dans le discours de Latran.

  

« C’est pourquoi j’appelle de mes voeux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. » Demander aux pouvoirs publics de reconnaître que  les religions sont un atout, ce n’est évidemment  plus la loi de 1905 mais son contraire. C’est parce que la République ne reconnaît aucun culte qu’elle ne les subventionne pas qu’elle n’en salarie aucun membre. Les deux idées se tiennent étroitement. C’est bien pourquoi, sitôt fini d’énoncer ses soi disantes considérations sociologiques sur l’atout que seraient les religions, le président de la république en vient aussitôt à la nécessité de la réforme de la loi de 1905. : « Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d.avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer » naturellement le chef de l’Etat se garde bien de dire en quoi consiste selon lui les grands équilibres de la loi de 1905 et on est en droit de penser que c’est une difficulté compte tenu des définition que lui-même donne de la laïcité…cependant on aurait tort de croire que la « laïcité positive » serait une improvisation au fil d’un discours présidentiel. Le terme est trop ostensiblement avancé comme une nouveauté destinée à nommer de nouvelles réalités. En fait il s’agit d’une doctrine très construite. Elle décrit une méthode du retour du religieux dans tout l’espace public conformément à ce qu’en a dit le président au fil de ses discours. Mais ni l’idée ni le mot, ni l’enchaînement du raisonnement ne sont de lui. C’est un concept papal. Il a été a été produit par Benoit XVI. Celui-ci l’a résumé notamment dans son message 11 octobre 2005 au Président du Sénat italien Marcello Pera, à l’occasion du colloque « Laïcité et liberté » organisé les 15 et 16 octobre par les Fondations Magna Carta et Subsidiarité. « J’encourage une saine laïcité de l’Etat en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies par des normes propres, auxquelles appartiennent aussi ces instances éthiques qui trouvent leur fondement dans l’essence même de l’.homme. […] Parmi celles-ci le “sens religieux” a certainement une importance primordiale : là s’exprime l’ouverture de l’être humain à la Transcendance. Un Etat sainement laïc devra logiquement reconnaître un espace dans sa législation à cette dimension fondamentale de l’esprit humain. Il s’agit en réalité d’une “laïcité positive” qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public. […] Pour un renouveau culturel et spirituel de l’Italie et du continent européen, ajoute le pape, il faudra travailler afin que la laïcité ne soit pas interprétée comme hostile à la religion, mais, au contraire, comme un engagement à garantir à tous, aux individus et aux groupes, dans le respect des exigences du bien commun, la possibilité de vivre et de manifester ses convictions religieuses ». La laïcité ainsi présentée ne se limite pas comme on peut le voir à la liberté de conscience individuelle ni à la pratique du culte par les croyants. Il s’agit d’autre chose de plus. De ce que l’encyclique « Véhémenter Nos » contre la loi de 1905 proclamait avec force à propos de Dieu: « […] Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l'honorer. » Ici, pour Benoit XVI, il ne s’agit pas seulement de « vivre » sa foi mais encore de la « manifester » « y compris dans le domaine public ». Nicolas Sarkozy s’était déjà hasardé à la frontière de la négation de la frontière entre la sphère publique et la conviction privée quand il avait demandé, faussement ingénu, en pleine campagne électorale présidentielle, dans le journal « La Croix » :« Vous ne pouvez pas cantonner l'aspect religieux au seul aspect cultuel. […] Et qu'est-ce que la sphère privée ? Quand Jacques Chirac va à la messe à Brégançon, le fait-il à titre privé ou public ? »

  

L’église catholique qui a bien compris l’impossibilité de reprendre ses arguments frontaux contre la loi de 1905 reprend sa campagne avec d’autres mots pour dire la même chose et viser les mêmes objectifs. La « laïcité positive » est cet avatar.

  

Elle est entourée d’un appareil de précision et de définition ou s’expose la grande habileté du procédé puisque pour finir c’est l’église catholique et les cléricaux qui s’approprient le concept de laïcité pour le redéfinir et l’opposer aux laïques eux-mêmes.

  La « laïcité positive » de Benoit XVI adopté par le président de la République française est le retour du religieux dans l’espace public, sous toutes les formes. C’est un retour à la situation antérieure à 1905. Cette régression est habilement présentée comme une formule de tolérance et de modération par rapport à la vision républicaine traditionnelle en la matière. Celle-ci reçoit un nom qui la déprécie. Ce serait du « laïcisme » comme l’a expliqué Benoit XVI dans son audience le 9 décembre 2006 aux participants du Congrès national d’études organisé par l’Union des Juristes catholiques italiens « […]Une vision a-religieuse de la vie, de la pensée et de la morale a donné lieu à une conception erronée de la laïcité, un terme qui semble être devenu l'emblème [...] de la démocratie moderne [...] La « saine laïcité » implique que l’Etat ne considère pas la religion comme un simple sentiment individuel, qui pourrait être limité au seul domaine privé. Au contraire, la religion, étant également organisée en structures visibles, comme cela a lieu pour l’Eglise, doit être reconnue comme présence communautaire publique.[…] » On ne saurait dire que le sens régressif de tels propos soit sollicité par un parti pris anticlérical. La volonté de reconfessionalisation de l’espace public est clairement énoncée : « A la lumière de ces considérations, dit le pape, l’hostilité à toute forme d’importance politique et culturelle accordée à la religion, et à la présence, en particulier, de tout symbole religieux dans les institutions publiques, n’est certainement pas une expression de la laïcité, mais de sa dégénérescence en laïcisme ». C’est ce projet auquel se réfère sans fard la « laïcité positive » de Nicolas Sarkozy. Il s’agit bien d’un nouveau cléricalisme.   

˜      ˜      ˜      ˜      ˜

  

6. un projet concret de remise en cause de la loi de 1905

  

De même qu’on doit rattacher le concept de « Laïcité positive » adopté par le président de

30.01.2008

PROGRAMME DU CARNAVAL DE BINCHE

40132_40132thudinie[1]soumonces

binche HDVbinchoise 001
                        gilles1[1]

BINCHE

   3, 4 et 5

février

2008

Dimanche gras

9 h : Travestis, violes et tambours

15 h Place Eugène Derbaix : Départ du cortège carnavalesque.

 

 

Lundi gras

10 h : Sortie des jeunesses à la viole

 

16 h Grand-Place : Rondeau de l’Amitié

 

19 h Place Eugène Derbaix : Feu d’artifice

 

 

Mardi gras

 

 

Dès l’aube : Gilles, Paysans, Pierrots et Arlequins animent la Ville

 

 

10 h : Port du masque de cire et réception à l’Hôtel de Ville

 

 

15 h : Cortège et rondeau Grand-Place

 

 

19h30 : Cortège aux Lumières et rondeau final

 

 

 

 

 

 

 

 

"PLUS  OULTRE"

 

29.01.2008

DU FOND DU COEUR MERCI

nidieunimaître

6000

VISITES

DESPU EL

30 AOUT 2007

MERCI

1200

VISITEUX

PAR MOIS...

V'LA 6 MOIS DJE N'LAREU NIN CREU