16/05/2010

SOCIALISER LES BANQUES

Socialiser les banques

Les plus anciens lecteurs de ce blog savent bien que, depuis octobre 2007, on y trouve presque tout sur le sujet : des turpitudes de KBC à Dexia en Belgique, De Baudouin Prot (le pro ?) à celles de la Caisse des Dépôts en France ; du feuilleton Fortis au feuilleton Natixis, des errements de la Bancassurance américaine dans l’affaires des subprimes à la faillite islandaise …

Quand on a mené toutes ces analyses, il vient un moment où l’on ne peut s’empêcher de ce poser une question évidente : que faire des banques ?

Faut-il les soutenir ? Les réformer ? Les laisser crever quand ça va mal ? Ou même, comme nous l’avons emprunté à Siné, les pendre par leurs couilles en or ?

Rien de tout cela à mon avis. Pourtant les propositions ne manquent pas ! Certains veulent « déprivatiser » les banques et ajoutent : « nationaliser d’abord puis socialiser ».

N’avons-nous donc rien compris, rien appris de notre passé bancaire ?

En France, les banques furent privatisées à partir de 1981, elles ne furent jamais socialisées ! Dire cela, c’est donc en revenir à un marxisme mal digéré qui pense qu’il suffit de remettre en cause la propriété pour qu’enfin tout s’arrangeât ! Ou c’est revenir superficiellement à Proudhon et gueuler en chœur : « La propriété c’est le vol » !! Nous devons savoir dépasser la colère légitime inspirée par les agissements du système bancaire et REFLECHIR. Si possible en voyant plus loin que le bout de notre nez.

REFLECHIR, c’est d’abord tenir compte des enseignements du passé ! La nationalisation ne mène à rien d’autre qu’au transfert de la propriété privée vers le pouvoir d’une technostructure irresponsable !

Notre réflexion ne peut non plus rester coincée entre deux impératifs contradictoires :

-      Le premier, qui démontre tous les jours, que ce qui touche à nos intérêts communs ne peut être laissé à des intérêts privés,

-      Le second qui, dans le discours dominant, explique que la nationalisation, c’est la catastrophe !

I – PAS DE SOUMISSION AUX INTÉRÊTS PRIVES :

Ce que démontre surabondamment la période actuelle c’est que la soumission aux intérêts privés ne peut durer.

-      Cette soumission permet tous les chantages : « Sauvez-moi ou vous allez beaucoup souffrir» disent les banques quand elles vont mal !

-      « Une taxe réduirait les fonds propres dont le niveau conditionne la solidité et la capacité à accorder des prêts des banquesSi l’on va trop loin, on va rendre le crédit plus rare et plus cher » claironne à tous les vents (et à ses « Echos ») Baudouin Prot Président à la fois de BNP-Paribas et de la Fédération bancaire française.

-      Et, bien sûr, nos « pouvoirs publics » cèdent ou cèderont.

-      Il ressort de tout ceci que ce système n’est pas amendable et qu’il faut en changer.

CAR POURTANT :

-      Nous savons tout maintenant de la crise des CDO. Les CDO, ce sont les collateralized debt obligation, en français : « obligation adossée à des actifs »). Ils sont l’un des aspects les plus importants de la « libéralisation des échanges » initiée dans le cadre de la Mondialisation et de la Globalisation financière qui l’a accompagnée. Le CDO est donc une structure de titrisation d’actifs financiers de nature diverse. En l’occurrence, en 2008, il s’agissait de crédits hypothécaires, les « subprimes ».

  • Nous savons que les banques ont menti, à commencer par Lehmann Brothers qui a fini par en crever, par elle-même d’abord et par l’aveuglement néolibéral de G.W Bush.

  • Nous savons que les agences de notation qui font encore la pluie et le beau temps aujourd’hui ont été en-dessous de tout ! Les agences de notation financière ( Moody’s, Standard & Poor’s, Fitch, etc.) ont pendant plusieurs années donné la meilleure notation financière (AAA) aux placements de type CDO avant de se rendre compte subitement qu’il fallait brutalement l’abaisser. Des années durant, ces agences de notation financière se sont contentées de collecter les données communiquées par les créateurs des titres financiers: les organismes de crédit immobilier dans le cas des ABS (asset-backed security , ou « valeur mobilière adossée à des actifs » en français), les rehausseurs de crédit pour l’émission des CDO, et les banques dans le cas des contrats d’échanges censés protéger contre le risque de non remboursement, appelés CDS (Credit default swaps).

  • Nous connaissons les conséquences :

  • les marchés boursiers européens avaient tous perdu plus de 20%. La crainte d’une sous-capitalisation globale et durable du système bancaire, néfaste à l’économie, avait entraîné dès l’été 2008 une crise de solvabilité, suivie à partir du 6 octobre d’un krach boursier d’autant plus profond qu’il intervenait après un an de baisse régulière de la bourse. En France, l’indice CAC 40 avait perdu 22% de sa valeur en une seule semaine, du 6 au 10 octobre.

  • La crise avait entraîné depuis le début 2008 une raréfaction progressive et de plus en plus importante du crédit bancaire à travers le monde, ce qui avait aggravé le ralentissement économique en cours. Le krach boursier de la semaine du 6 au 10 octobre avait accompagné de très mauvais indicateurs économiques pour le mois de septembre, en Europe comme aux États-Unis.

  • Tout le monde avait réagi pour éviter le « credit crunch » et, contrairement à 1929, cela avait marché car il existait un élément nouveau dans le paysage, un élément capital : les banques centrales.

MAIS A QUEL PRIX ?

Aux États-Unis, l’État s’est résolu, contre tous ses principes, à procéder à la nationalisation au cas par cas d’établissements en difficultés, après avoir fait voter en deux temps début octobre 2008 le plan Paulson, avec un succès, disons d’estime pour être poli ! Ce plan prévoyait que l’État rachète 700 milliards de dollars américains d’actifs à risque. Mais ça n’avait pas suffi, loin s’en faut !

En Europe, les différents plans nationaux annoncés autour du week-end des 11-12 octobre se chiffraient à 1 700 milliards d’euros, comprenant des garanties de refinancement, mais aussi des mesures de recapitalisation-nationalisation, dont le détail était annoncé au Royaume-Uni fin d’octobre 2008.

Au total, ce sont des milliers de milliards de dollars qui ont été claqués dans l’affaire.

-      POLITIQUEMENT CELA SIGNIFIE :

  • Que le monde entier a socialisé les pertes,

  • Que, maintenant, on nous redemande de privatiser les profits, n’est-ce pas Monsieur Prot !

  • Que les enseignements de cette crise, c’est aussi que, face à la nécessité, il n’y a pas de tabou.

  • Or, nous sommes dans une situation de NECESSITE ABSOLUE ! BRISONS DONC LE TABOU !

II – SOCIALISER LES BANQUES :

-      Je les entends bien leurs cris d’orfraie ! « Sauvez moi ou je vous fais mourir » ! « Ne me touchez pas ou vous allez en pâtir » ! Ces menaces ne sont pas des menaces en l’air : elles sont réelles et vraies. Faut-il « désespérer Billancourt » pour autant ? NON ! Il faut et il suffit d’admettre une bonne fois pour toutes que, en économie capitaliste, le secteur bancaire détient de facto une partie des intérêts supérieurs de la communauté des citoyens, qu’il a les moyens objectifs d’obliger cette communauté à lui accorder tout ce qu’il demande : la conclusion simple, logique et sans tabou, c’est qu’il doit REVENIR A LA COMMUNAUTE DES CITOYENS !

-      Il suffit, pour s’en convaincre, de voir où mène le système actuel : les plans de rigueur pour les citoyens, 750 milliards d’euros pour ceux qui ont spéculé sur la Grèce. Si c’est l’hiver pour la grande masse, c’est Noël pour d’autres !

-      Et cela va continuer !

  • Avec les retraites, par exemple ! Intéressant le parallèle entre la question de retraites et la crise actuelle ! Selon les prévisions communément admises, le problème se chiffre à 30 milliards d’euros dans vingt ans ! Oui, est alors ??

  • Nous réduirions les retraites de plus pauvres en les contraignant à bosser jusqu’à la mort, nous augmenterions les cotisations, nous ….STOP ! Tout ça pour ça ? Pour 30 misérables petits milliards d’euros alors que nous venons d’en trouver 750 sous le pas d’un cheval ?

  • ON SE FOUT DE QUI ? Un cheval de retour, oui !

Comment ne pas voir qu’il est urgent de mettre tout ce petit monde qui s’entend comme larrons en foire au pas une bonne fois pour toutes ?

-      SOCIALISER COMMENT ?

  • Evidemment sans indemniser ! Depuis le temps qu’ils nous volent, ça suffit !

  • Vous m’objecterez qu’il y a des « petits porteurs » ! Oui, et alors ? Il y a aussi des éléphants blancs mais cela ne constitue pas la majorité du genre ! Et puis, si « petit porteur » il y a, il est complice, le petit ! Alors, il est légitime qu’il trinque ! Mais surtout, il faut arrêter de légitimer les turpitudes des « gros » par l’existence, réelle ou suscité, de « petits ». Laissons cela à un antique PCF moribond !

  • Socialiser suppose une démarche citoyenne massive et c’est bien le plus difficile à réaliser, ne nous leurrons pas.

  • Socialiser suppose une démarche plus large qui englobe toute la vie de la société et qui se résume en un mot : AUTOGESTION.

Alors, je vous vois venir, les Cassandre ! Illusion, utopie, irréalisme…ben tiens ! Vous n’avez rien d’autre à m’opposer ?

Je n’ai qu’une réponse à vous faire : pour vous, pour vos enfants, pour vos petits enfants, le temps est venu de l’utopie ou de la mort sociale programmée !

Guy Dutron

10:37 Écrit par PD dans Economique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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